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Joël-Peter Witkin - La beauté du Diable

 
"Quand les gens vous prennent pour un monstre, il n'y a qu'une chose à faire : dépasser leurs attentes."

C’est à Brooklyn, le 13 septembre 1939 que Witkin poussa son premier cri dans le monde. Il vécut les premières années de sa jeunesse dans une famille ouvrière entouré d’un père juif et d’une mère très catholique, ceux-ci ne pouvant assumer la différence de ses deux religions en contradiction finirent par vivre dans un climat de conflits fréquents, qui engendra une séparation au sein du couple et Joel-Peter ainsi que son frère se retrouvèrent très jeunes à la charge de leur mère.

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Woman once a Bird (La femme qui fut oiseau), Los Angeles, 1990.

C’est très tôt, alors qu’il n’avait que six ans que le visage de la mort se présenta à Witkin, voici d’après son propre témoignage son entrée dans un monde obscur : « A six ans, j’ai assisté avec ma mère et mon frère à un carambolage impliquant plusieurs voitures à Brooklyn. De l’ombre des véhicules retournés, a roulé vers moi ce que j’ai pris pour un ballon, mais comme il roulait plus près et finissait par s’arrêter contre le trottoir où je me trouvais, j’ai pu voir qu’il s’agissait de la tête d’une petite fille. Cette expérience m’a fait tomber amoureux, non seulement d’elle, mais de la vie en général. Plus tard, lorsque pour la première fois j’ai tenu en main un appareil photo, c’était comme si je tenais la tête de cette petite fille. » Son père passionné par les revues d’actualités de l’époque, lui montra des photos illustrant certains articles, Witkin fut dès lors influencé par Wegee, le célèbre photographe de crime urbain.

Le jeune Witkin entreprit des études au collège Saint- Cecilia à Brooklyn, ensuite il poursuivit au lycée Grover de Cleveland étouffé par un climat très strict tant au niveau familial que scolaire, ambiance qui ne l’empêcha pas d’être de plus en plus obsédé par la mort sa complice. Ses premiers essais photographiques s’effectuèrent à l’âge de seize ans, son modèle du moment ; un rabbin qui certifiait avoir vu Dieu. Ce fut à la même époque qu’Edouard Steichen choisi une de ses photographies pour l’exposer dans la collection du musée d’art moderne de New York. Cette reconnaissance marqua le début d’une vie consacrée à la photographie. Après le lycée, il travailla dans des professions touchant à sa passion, fut entre autre enrôlé à l’armée comme reporter des accidents militaires. Dès sa démobilisation il retourna à New York où il entreprit des études de sculpture, mais c’est la photographie qui demeura son domaine de prédilection.

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Harvest (Death Mask).

Par contre, c’est dans la peinture de Goya et de Bosch que nous pouvons trouver les profondes racines de son art, « Goya et Bosch, mes héros suprêmes, se sont transcendés à travers leur travail. Leur esprit vit toujours dans leurs réalisations. C’est pour moi le véritable but de l’art, mais peu de gens l’ont atteint. Voilà pourquoi je pense que l’art n’est pas fait pour la distraction, ni pour l’amusement, même s’il peut contenir parfois une dimension amusante. L’artiste se doit d’être aussi pur qu’un saint, son rôle est de sublimer notre conscience. La création est comme un acte de purification, une forme de sanctification. » Afin de perfectionner ses connaissances, il se retrouve dès 1976 étudiant à l’université d’Albuquerque, où il s’établit et se marie en 1978 avec une artiste en tatouage prénommée Cynthia. Il finit par se retrouver lui-même professeur de photographie à l’université du Nouveau-Mexique. Pendant toute cette période, on lui attribua des subventions afin de l’aider à continuer une œuvre de plus en plus controversée par les uns et de plus en plus adulée par les autres, il est vrai qu’il est impossible de rester indifférent devant une photo de Witkin, soit on aime, soit on exècre. Que de scandales autour de ses photos, tapages dus entre autre aux sujets et aux modèles, Witkin trouva sa voie parmi les monstres, les cadavres, les perversions de tous acabits, le tout mis en scène très habilement et méticuleusement. « Je ne suis plus l’observateur impuissant, mais l’objectif qui veut partager l’enfer ».

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Joel-Peter Witkin’s Glassman, 1990.

Toujours à la recherche de modèles, il passe des annonces pour les solliciter , voici un exemple qui résume très bien une partie de ses travaux : « Cherche têtes d’épingles, nains, géants, ailés, mains ou pieds changés, quelqu’un né sans bras, pieds, yeux, seins, organes génitaux, oreilles, nez, lèvres, hermaphrodites et teratoïds (vivant ou mort), quelqu’un portant les stigmates du Christ , il finit par ajouter à cette demande des femmes dont les visages sont couverts de cheveux ou de grandes lésions de peau, désirant poser dans des robes du soir, des personnes qui vivent comme des personnages de bandes dessinées, des corsets, des fétichistes et des esclaves, et pour finir quelqu’un qui revendique être Dieu ». Alors que tout désigne un blasphémateur, Witkin se revendique catholique, « Je suis catholique romain. Avant de pouvoir affirmer cela, je suis passé par un grand nombre d’épreuves et de recherches concernant l’essence de cette croyance. Je suis frappé par le fait que beaucoup de gens souffrent d’un déséquilibre moral car ils ne peuvent trouver aucune raison à leur présence en ce monde. Comment peut-on exister de cette manière ? ». Les morgues proches de son habitation, lui fournissent la matière première de ses travaux, cadavres, squelettes, fœtus, restes humains ou animaux font partie de ses décors pour des préparations presque initiatiques crées dans des conditions parfois précaires.

Dés que la prise de vue est terminée, vient le reste du travail, sa technique : Witkin gratte les négatifs avec des rasoirs, les impriment sur des papiers tissus, les maculent avec des piments, du café, du thé, les traitent à la cire d’abeille et les réchauffent, le tout peut prendre une semaine d’essais. Witkin, le poète sombre de la photographie, comme il se définit lui-même, ne se montre plus qu’à de très rares occasions, son travail se limite maintenant à une dizaine de photographies sur l’année. Après de nombreux déboires et d’abondantes contestations, ses œuvres sont maintenant exposées dans les plus grandes villes du monde, sa technique est enseignée dans toutes les institutions d’art.

Rédaction et recherche : Elisandre
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