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Le sang et son histoire

 
Vase à sacrifice Heresie.com

Vase de sacrifice.
“ Il me semble parfois que mon sang coule à flots,
Ainsi qu'une fontaine au rythmiques sanglots,
Je l'entends bien qui coule avec un long murmure,
Mais je me tâte en vain pour trouver la blessure.
A travers la cité, comme dans un champs clos,
Il s'en va, transformant les pavés en îlots,
Désaltérant la soif de chaque créatures,
Et partout colorant en rouge la nature”.
Baudelaire

Chaud, stimulant, excitant, puissant, fascinant, ... nombreux sont les qualificatifs qui peuvent définir le sang, ce liquide vital rouge comme le feu, symbole de la vie, et qui d'après certains de nos ancêtres serait le véhicule de l'âme. Ils ne se comptent plus tout au long de l'histoire et par le monde , les rituels, les sacrifices et les crimes commis en son nom, transformant ainsi notre terre en immense autel afin que les hommes puissent s'abreuver de cette chaude boisson stimulante. Sang animal, sang humain ou vin mêlé de sang, peut importe tant que la soif est apaisée et les Dieux repus. Les trois utilisations rituelles du sang sont le barbouillage, la boisson et l'aspersion. Les idoles primitives sont représentées par des morceaux de bois barbouillés de sang. Le sang des animaux servaient à peindre des masques dont ils étaient la représentation.

Dans les pays nordiques, les statues des dieux étaient enduites de sang humain, et pour cette raison elles étaient appelées Oeden (Oda signifie détruire, Ode signifie mort), racine du nom d'Odin. A Sparte, les adolescents subissaient une terrible flagellation dont le but était d'arroser l'autel de la déesse Orthia (Artémis). Les parents assistaient à cette torture, Plutarque affirma qu'il a vu des garçons mourir sous les coups, ce genre de mort glorieuse remplaçait le meurtre rituel. Tant l'idée de boire aux sources de la vie que celle d'offrir des sacrifices pour rendre le ciel propice ou appaiser son courroux sont des notions essentielles qui se rencontrent dans toutes les coutumes, Hérodote nous raconte au sujet des Scythes : “Ils concluent des traités de la façon suivante : ils versent le vin dans un grand vase de terre, le mélange avec du sang des contractant que ceux-ci donnent en se faisant une éraflure avec une alène ou avec un couteau, et trempent ensuite leur épée, leurs flèches, leur hache d'armes et leur javelot dans la coupe. Puis les contractants eux-mêmes, aussi bien que les plus nobles de leur suite boivent”.

En Egypte à Héliopolis, on tuait chaque jour trois hommes, quant à Eusébe, il nous raconte qu'en Phénicie, on tirait au sort chaque année le nom des enfants qui devaient être offerts à Baal, ce dieu cruel, qui ne se satisfaisait qu'au spectacle d'un brasier emplit de petits corps innocents.

Les Mystes, prêtres ou dévots du culte de Mithra déchiraient un taureau et en buvaient le sang, par la suite, ils pratiquèrent de cette façon : le Myste était couché dans un trou. Il recevait le sang du taureau égorgé au-dessus de lui sur un plancher à claire-voie. A travers les fentes de bois, le sang coulait dans la fosse. L'initié présentait sa tête à toutes les gouttes qui tombaient, y exposait ses vêtements et son corps. Il se renversait en arrière pour que soient arrosés ses joues, ses oreilles, ses lèvres, ses narines, ses yeux, il humectait sa langue de sang.

Ensuite, il s'offrait à la vénération de la foule.

Dans la Rome antique, on égorgeait des enfants dont le sang était considéré comme plus pur, à l' occasion de la fête de plusieurs dieux Lares, ensuite, on lançait dans le Tibre des hommes et des femmes pour conjurer les fléaux. En 1486, à l'occasion de l'inauguration du temple dédié au dieu de la guerre, Montezuma décida d'égorger des centaines de victimes afin de faire couler un flot de sang. On estima que rien qu'en une année à cette époque, le nombre des sacrifiés s'élevait à 20 000 individus.

Nombreux sont aussi les récits des missionnaires revenus d'Afrique, où le culte du sang était très développé. Les témoignages relatant les rituels afin de rendre les génies favorables nous donnent une idée de la façon dont on traitait les esclaves ainsi que les prisonniers. “Lors du décés d'un chef de tribu, on amena treize victimes, escortées d'éxécuteurs vêtus de noir, une décharge de mousqueterie retentit...les bourreaux se disposèrent à remplir leur fonction. Nous fûmes frappés par l'air impassible avec laquelle la première des victimes supporta la torture, lorsque la lame acérée d'un long couteau lui perfora les joues. Ensuite, l'éxécuteur, saisissant un sabre, en abattit la main droite du malheureux, qui tomba à terre, enfin, de son glaive, il lui coupa le cou. Successivement les douzes infortunés subirent leur supplice. Les femmes étant immolées sur le lieu même de la sépulture, l'usage étant d'arroser de sang la fosse en l'honneur du génie de la Terre. Après que l'on eut aligné au fond du trou des têtes humaines formant un pavage funèbre, un esclave étourdit l'un des porteurs du défunt, en lui assénant par derrière un violent coup sur la nuque ; le malheureux tomba sur le cadavre et la fosse fut comblée”.

A Bonga dans le Dahomey, si le chef voulait aller à la chasse, il réunissait les amis qui l'accompagnaient, mais pour le succès de l'expédition, il fallait du sang, avant de partir, on faisait venir un enfant de dix à douze ans, et on lui sciait la gorge avec un vulgaire couteau, chez les nègres de Guinée, les rites de ce genre se célèbraient surtout la nuit, les fêticheurs après avoir baillonnés leur victime s'arrangeaient afin que de la tête tranchée le sang jaillisse immédiatement sur l'idôle.

La colonisation fut aussi le théatre de nombreux pactes occultes réputés jusqu'à notre époque indissoluble : “le pacte de sang ou échange de sang”, ainsi, voici la description que nous en a fait en 1895 le Duc d'Uzès, “si deux personnes veulent s'unir par les liens d'une amitié éternelle, elles se placent côte à côte : un fêticheur, à la fois prêtre, médecin et chirurgien s'avance au milieu de la foule assemblée, et fait une petite incision avec un couteau, à l'avant-bras de chaque contractant. Tous deux mettent alors en présence les lèvres de leurs plaies, de façon que le frottement opère le mélange de sang... Le chef du village portait environ 120 cicatrices de ce genre”.

Au Dahomey, certaines sectes de fêticheurs afin de se rendre clairvoyants et de deviner l'avenir, recherchaient avidement l'occasion de boire du sang humain. Dans ce but, ils assistaient aux nombreuses éxécutions et munis d'une calebasse, dès que la tête tombait, ils la remplissait de sang et la vidait à long traits. En 1862, on ramassa dans les rues de Port-au-Prince un jeune homme poignardé, un bambou, qui avait servi à sucer le sang, plongeait dans la blessure, c'était le mobile du crime.

Plus près de nous, en URSS existaient des sectes mystiques dont les khystys (flagellants) et les skoptsy (châtrés), ceux-ci avaient la réputation de se procurer la matière première necessaire à la communion de manière assez brutale : “Après avoir décidé une vierge de 15 ans par forces promesses, on lui extirpe le sein gauche pendant son immersion dans un bain d'eau chaude. Cette chair est alors découpée sur un plat en menus morceaux que les assistants consomment. Ensuite, la jeune fille est retirée du bain et on la pose sur un autel à proximité. Toute la communauté exécute autour d'elle une danse folle et sauvage et entonne des cantiques...”

Ovide quant à lui, nous évoque dans ses métamorphoses un procédé primitif de rajeunissement ; “que je remplisse vos veines d'un sang nouveaux”, mais il fallut attendre 1657 pour que cette idée aboutisse, date à laquelle l'anglais Clark ranima un chien avec le sang d'un autre chien, s'ensuivit après quelques années une des premières transfusion sanguine faites à un homme pratiquée par Jean Denys et le chirurgien Emmeretz qui transfusèrent du sang d'agneau à un garçon, qui y survécut.

Ce besoin de sang auxquels furent confrontés toutes les sociétés n'inspirèrent pas l'horreur, au contraire, cela ne fit qu'exciter l'imagination, tant en europe que dans le reste du monde. Il subsistait il y a encore trés peu de temps des coutumes qui affirmaient que le sang des autres est un remède efficace. Cette médication se retrouvait déjà dans les écrits de Pline : “Ainsi, les épileptiques boivent même le sang des gladiateurs comme si ceux-ci étaient des coupes vivantes....Ils considèrent comme le moyen le plus efficace de humer le sang encore chaud, encore bouillonnant, de l'homme lui-même, et de humer ainsi à l'orifice de la plaie le souffle même de la vie”.

La superstition médicale populaire, s'attachait beaucoup au sang menstruel, la preuve se trouve dans de nombreux écrits composés dès les années 600, nous retrouvons aussi dans les “Libri subilitatum diversarum natur.creatar”, (les plus anciens ouvrages de médecines monacales fait en Allemagne), des renseignements sur certaines médecines populaires. Une compresse de sang utérin chaud appliquée sur les membres goutteux calme une douleur très aigüe. Une chemise tachée de sang rend réfractaire à toute contusion et à toute piqûre et jetée dans les flammes, éteint un incendie.

Mais, le sang d'homme peut aussi servir, ainsi dans une gazette allemande datée de 1892, on peut lire ceci : ”Pour gagner les faveurs de la jeune fille aimée à l'aide de son sang, le moyen le plus fréquemment employé est d'administrer à l'autre personne...quelque chose de son propre corps, par exemple, trois gouttes de son sang dans un verre de vin ou dans le café”. Il n'était pas seulement conseillé d'utiliser le sang d'autrui puisqu'il était prouvé que l'emploi de son propre sang pouvait être aussi bénéfique comme remède, ainsi à Nuremberg l'on s'égratinait la partie malade jusqu'au sang, et l'on enfermait dans un arbre, avec un tampon, un peu de coton trempé dans ce sang. En Bavière, dans le cas d'une hémorragie, on prenait deux grandes grenouilles vertes, on les séchaient, on les pilaient, ensuite on les administraient dans du vin rouge, avec de l'écorce de grenade et du sang humain de sa propre saignée. En Pologne, lorsque l'on saignait du nez, on écrivait son nom avec son propre sang sur un linge et on le posait sur ses yeux, le sang s'arrêtait aussitôt.

Le sang considéré comme le plus efficace de tous, est celui de personnes décédées de mort violente, en particulier les suppliciés. D'une façon générale, tout ce qui a rapport à eux était censé produire de l'effet. Antée faisait du crâne des pendus des pilules contre les morsures de chiens enragés, Buck affirmait que le sang des pêcheurs exécutés, bu chaud, fait du bien aux épileptiques. Carl Lehmann qui relata l'éxécution de l'assassin Karl Henri Friedrich, qui eut lieu à Zwickau, le 15 décembre 1823 écrivit : “Et nous avons vu de nos propres yeux des personnes vider tout un pot de sang de l'éxécuté et comment on donnait des coups de fouet à ces personnes, pour la plupart des enfants, afin de les faire détaler à travers champs”. Nombreuses légendes concernent également le sang animal, ainsi ces vieux remèdes polonais pour surmonter la peur et rendre la bravoure : prendre trois gouttes de sang derrière l'oreille d'un âne, en imbiber un linge que l'on plonge dans l'eau de puits et boire cette eau. Se mettre du sang de chauve-souris sur les yeux, permettrait de voir aussi bien la nuit que le jour...et porter sur soi ce même sang, serait la meilleure façon de se faire aimer.

Les croyances aux vertus du sang déterminèrent un certains nombres de crimes tout en long de l'histoire, ainsi Gilles de Ray, Elizabeth Bathory, Elagabal, et bien d'autres. Les annales judiciaires regorgent de délits commis au nom de certaines croyances qui engendrèrent des préjudices aux principaux intéressés. oici un résumé d'un fait divers survenu il y a plus de cent ans en Allemagne : “Un paysan se casse une jambe en charriant du bois. Il néglige de se faire soigner...et ensuite se trouve par surcroît atteint de fièvre typhoïde. Des voisins venant le voir lui firent croire qu'il était ensorcelé par une femme du village qui lui avait mis à dos son vingt-cinquième diable du nom de Pierre. On mande la sorcière, là, les assistants l'invitent à donner de son sang à boire au possédé, car ce n'est qu'alors que le diable Pierre l'évacuera...Deux hommes la forcent à saigner du nez par des coups de poings. On essaie sans succès. Un des assistants sort alors dans la cour, barbouille ses mains d'excréments, en y dessinant trois croix. De nouveaux coups de poings portés par ses mains ainsi bénites, finissent par produire un résultat. La sorcière dut alors se mettre sur le lit du possédé et abreuver de son sang la bouche de celui-ci. Le diable a dû se décider à partir, car le possédé ne tarda pas à articuler ces mots :”Ca commence à bien faire”, le sang qui coulait encore fut recueilli dans une tasse en prévision d'une rechute. Sur réquisitoire du procureur, les deux exorcistes furent condamnés à trois mois de prison.”

Puissant est le sang, quant il est utilisé lors des rites magiques où il est l'élément essentiel à l'obtention d'un résultat positif, d'ailleurs, le diable ne réclame t-il pas une signature rédigée avec notre sang afin de conclure le contrat qui nous lie aux forces du mal. Il ne reste malheureusement que quelques témoignages qui ont survécus à l'inquisition, mais voici le compte-rendu de l'audition d'une sorcière belge jugée en 1603, Claire Goossen, “Satan rédigea lui-même le pacte sur une feuille de papier avec le sang pris à une égratignure que dans ce but elle s'était faite avec une épingle au pouce de la main gauche et la prisonnière signa le pacte de son sang”. Voici une succulente petite histoire recueillie par Claude Seignolle pour ses évangiles du Diable : “Lorsque le sire de Changé s'ouvrit la veine pour signer un pacte avec le diable, sa chemise fut tachée de sang, il paya une sage-femme pour la faire disparaître en la lavant à la nuit noire. Elle n'a pu y réussir, et, depuis des siècles, on entend à minuit, le bruit de son battoir quand on passe aux environs du doué du château du Plessix-Pillet”. Puissant est aussi le sang utilisé lors des messes noires, Boullan, Crowley et tant d'autres l'ont utilisé comme élément premier de certains leurs rites, les SS utilisaient de nombreux rites sanguinaires lors de leur instruction. N'est-il pas voluptueux le sang décrit dans de nombreuses oeuvres littéraires,”J'entendis le bruit un peu semblable à un clapotis que faisait sa langue en léchant encore ses dents et ses lèvres, tandis que je sentais le souffle chaud passer sur mon cou. Alors, la peau de ma gorge réagit comme si une main approchait de plus en plus pour la chatouiller, et ce que je sentis, ce fut la caresse tremblante des lèvres sur ma gorge, et la légère morsure de deux dents pointues”. Festin onctueux de troublants vampires, Maldoror, Lestat, Dracula, Carmilla, parce que l'âme de la chair est dans le sang, vous resterez à jamais immortels.

    Bibliographie :


  • BAUDELAIRE Charles : Les Fleurs du Mal – Paris – 1931
  • BRAM STOCKER : Dracula
  • DE MAISTRE Joseph : Les Soirées de Saint-Pétersbourg (Traité sur les sacrifices) – Bruxelles – 1838
  • MARCIREAU Jacques : Rites étranges dans le Monde – Laffont - 1974
  • NICOLAY Fernand : Histoires des Croyances, superstitions, moeurs, usages et coutumes – Paris-1900
  • Seignolle Claude : Les Evangiles du Diable – Belfond Pierre - 1963
  • STRACK Hermann : Le Sang – Paris – 1900
  • VILLENEUVE Roland et DEGAUDENZI Jean-Louis – Le Musée des Vampires – Henri Veyrier - 1976
Rédaction et recherche : Elisandre
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