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Cruautés à l'Ile Espagnole (Haïti) par le père Bartélemy de Las Casas. 1582

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Après beaucoup de forces, violences et tourments que leur faisaient les Espagnols, les Indiens commencèrent à connaître que ces hommes là ne pouvaient être venus du ciel. Quelques uns cachaient leurs viandes, autres cachaient leurs femmes et enfants, les autres s'enfuyaient aux montagnes, pour s'éloigner d'une gent de tant dure et terrible conversation. Les Espagnols leur donnaient des soufflets, des coups de poing et bastonnades, s'ingérant aussi de mettre les mains sur les seigneurs des villes.

Et ces choses parvinrent à une si grande témérité et dissolution, qu'un capitaine espagnol osa bien violer, par force, la femme du plus grand Roi et Seigneur de toute cette île. Et depuis ce temps là commencèrent les Indiens à chercher des moyens pour jeter les Espagnols hors de leurs terres et se mirent en armes ; mais quelles armes qui sont bien faibles et de petite offense, ou résistance et de moindre défense. Les Espagnols avec leurs chevaux, leurs épées et leurs lances commencèrent à faire des occisions et cruautés étranges : ils entraient es villes, bourgs et villages, n'épargnant ni les enfants, ni les hommes vieux, ni les femmes enceintes et accouchées qu'ils ne leur ouvrissent le ventre et les missent en pièces, comme s'ils eussent donné dedans des agneaux enfermés en leur bercail.

Ils faisaient des gageures, à qui d'un coup d'épée fendrait et ouvrirait un homme par le milieu, ou qui plus habilement et dextrement d'un coup d'épée lui taillerait la tête, ou qui lui ouvrirait mieux les entrailles d'un coup. Ils prenaient les petites créatures par les pieds, les arrachant des mamelles de leurs mères et leur froissaient la tête contre les rochers ; les autres, ils les jetaient es rivières, se riant et se moquant, et quand elles tombaient en l'eau ils disaient : Remue toi corps de tel. Ils en mettraient d'autres, ensemble avec leurs mères et tout ce qu'ils rencontraient, au fil de l'épée. Ils saisissaient certains gibets longs et bas, de manière que les pieds touchaient quasi à terre, chacun pour treize, à l'honneur et révérence de Notre Rédempteur, et de ses douze apôtres, comme ils disaient, et y mettant le feu, brûlaient ainsi tous vifs ceux qui étaient attachés.

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A tous autres, lesquels ils voulurent prendre et réserver vifs, ils coupèrent les deux mains à peu près, les laissant ainsi pendre, disant : Allez avec ces lettres, portez les nouvelles à ceux qui sont enfuis par les montagnes. Ils tuaient communément les seigneurs et nobles de cette façon : Ils faisaient certaines grilles de perches dressés sur des fourchettes, et faisaient petit feu dessous, afin que peu à peu, en donnant des cris et désespérant en ces tourments, ils rendissent l'esprit. Une fois, je vis quatre ou cinq des principaux seigneur rôtir et brûler sur ces grilles : Aussi je pense qu'il y avait encore deux ou trois autres grilles, garnies de même et parce qu'il s'y faisait de forts grands cris, qui donnaient fâcherie au capitaine et l'engardaient de dormir, il commanda qu'on les étranglât. Le sergent qui était pire que le bourreau qui les brûlait ne voulut point qu'ils fussent étranglés, et lui même leur mit des baillons en la bouche, afin qu'ils ne criassent point, et il attisait le feu lui même, jusqu'à ce qu'ils fussent rôtis tout bellement et à son plaisir. J'ai vu toutes les choses susdites et d'autres infinies. Et parce que tous les gens qui pouvaient fuir, se cachaient dedans les montagnes, et montaient sur les sommets d'icelles, fuyant des hommes tant inhumains, dépouillés de toute pitié, se portant en bêtes sauvages, extirpateurs et ennemis capitaux du genre humain. Les Espagnols enseignaient à des chiens lévriers, chiens très cruels, de mettre en pièces, à la première vue et en credo, un indien, lesquels ils assaillaient et dévoraient, comme si c'eut été un pourceau

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