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La messe noire.

 
La messe noire par Goya.
 
« Afin qu’Adam goûtât le fiel avant le miel,
Et le baiser du gouffre avant celui du ciel.
Eve était nue. Isis-Lilith était voilée.
Les corbeaux l’entouraient de leur fauve volée ;
Les hommes la nommaient Sort, Fortune, Ananké ;
Son temple était muré, son prêtre était masqué ;
Elle buvait du sang dans le bois solitaire ;
Elle avait des autels effrayants. Et la terre
Subissait cette abjecte et double obscurité :
En bas Idolâtrie, en haut Fatalité. »

Le culte du diable naquit dans les premiers jours de l’humanité, s’adjoindre l’aide des démons ou tenter de les dominer a toujours hanté l’esprit des hommes. Au cours des premiers siècles de notre ère, l’église adopta vis-à-vis des sorciers une position de sagesse, ne punissant que de très faibles sanctions ceux qui se laissaient tenter par la magie et la sorcellerie. Ce fut en 506 lors du concile d’Agde, que l’on décida de les excommunier, en 589 à Narbonne on ajouta à cette peine, les châtiments corporels, mais c’est certainement Alexandre IV qui commit la pire des erreurs, en 1257 il jeta officiellement l’anathème sur les sorciers, les déclara hérétiques et habilita l’inquisition à les poursuivre. La réaction à cet interdit ne se fit pas attendre, la magie et la sorcellerie dont on parlait peu à l’époque, commencèrent à déchaîner les passions et finirent par fasciner le peuple, les sorciers assez rare à cette époque se multiplièrent, les supplices qu’on leur infligea publiquement n’eurent pas le but escompté, ils entretinrent un climat favorable à l’expansion de la sorcellerie.

Les premiers écrits relatant les Messes Noires telles que nous les connaissons actuellement datent du moyen âge, par contre nous trouvons dans la Rome ancienne des récits de Messes de Sang célébrées par Elagabal qui accompagnés de ses mages sacrifiaient de nombreux enfants afin de glorifier les démons infernaux, dans un rite de sang destiné à célébrer l’amour de la volupté et de la Mort.

Les récits des inquisiteurs sont la source la plus importante concernant les rites de sorcellerie, les premières descriptions de sabbat ne font pourtant pas de distinction entre celui-ci et la Messe Noire qui pourrait se définir comme l’apogée de cette cérémonie. La Messe Noire éveilla l’imagination, provoquant de nombreuses accusations qui ne purent jamais être justifiées, comme celles qu’on intenta contre les Templiers qui s’ils vénéraient Baphomet, célébraient plus un rite païen qu’un culte démoniaque. La magie diabolique et toute ses variantes sont des façons de célébrer l’ennemi de Dieu, ainsi que de lui demander secours ou puissance.

La Messe Noire quant à elle prend racine dans la théologie dualiste, en effet, celle-ci est une parodie de la messe catholique romaine, bien qu’il existe des variantes, le scénario de base est presque toujours le même le choix du prêtre se porte surtout sur un ecclésiastique réfractaire, ses habits de cérémonie peuvent varier suivant son appartenance à une société ou non, les officiants se réunissent autour d’un autel bâti avec le corps d’une femme nue, les décorations de culte sont inversées, les hosties souillées, le rituel tourne en dérision la messe catholique, la cérémonie se termine souvent par des actes sexuels ou dans certains cas exceptionnels par des sacrifices humains, ces derniers ont totalement disparus de nos jours. La Messe Noire est une pratique qui a touché tous les milieux et fait partie intégrante de l’histoire de notre pays, les récits la relatant sont nombreux, ainsi Bodin nous rapporte l’horrible moyen qu’employa Catherine de Médicis pour préserver la vie de son fils Philippe. Elle ordonna à un prêtre qui lui était voué corps et âme de venir célébrer une Messe Noire dont les éléments sacramentels se composaient d’une hostie noire, d’une hostie blanche et d’un calice, le prêtre ordonna à un jeune garçon de communier avec l’hostie blanche, ensuite, le prêtre sacrifia cet enfant en lui tranchant la tête, on emplit le calice de son sang, quant à l’hostie noire, elle était réservée à d’autres objets de la cérémonie.

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Une autre messe notoire surnommée messe Guibourg fut célébrée en janvier 1678 mettant en scène une femme connue qui n’est autre que la Marquise de Montespan. Cette femme de nature assez pernicieuse craignait de perdre les faveurs de Louis XIV, prête à tout, elle consulta mages et sorciers qui foisonnaient à Paris. Le destin lui concéda de rencontrer celle qui devint sa conseillère damnée, Catherine La Voisin, une femme qui s’occupait de préparations cosmétiques, de poison, de drogues et de magie. Celle-ci tira parti de cette tendance diabolique afin de s’enrichir. C’est elle-même qui cite cette phrase : « quand je leur disais que ce serait dès qu’il plairait à Dieu, elles me répondaient que je n’étais pas très maligne », voilà qui résume le vœu de ses clientes.

Dés lors, La Voisin chercha un endroit propice à pratiquer sa magie et les Messes Noires, elle l’habitera avec son mari et sa fille ainsi que d’autres membres de son entourage. Elle jeta son dévolu sur une maison de la rue de Beauregard, battisse construite sur un vaste terrain planté d’arbres, cet ensemble était entouré d’un très haut mur. Voici la description de la pièce qui servait aux rites : « les murs intérieurs étaient tendus de noir et à l’une de ses extrémités se trouvait un autel qui ressemblait à ceux des églises chrétiennes. Derrière lui, était suspendu un rideau noir brodé d’une croix blanche. Une série de degrés menaient à l’autel dont le tabernacle était surmonté d’une croix. L’autel lui-même était fourni de cierges noirs et d’une nappe noire, elle dissimulait un matelas de la même dimension que la table de l’autel. »

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L'abbé Guibourg

Le rituel pratiqué ici, voulait que la femme qui avait commandé la messe s’allongea nue en travers de l’autel, les bras en croix, une bougie noire dans chaque main, le célébrant, l’abbé Guibourg, dans ce cas particulier habillé d’une chasuble blanche brodée de pommes de pin noires se tenait entre les genoux de la femme et déposait son calice sur le corps de celle-ci, la cérémonie alors commençait. Il était probable qu’un enfant était sacrifié à l’instant où le célébrant offrait l’hostie. Le sang était mêlé à celui du calice, et l’offrande adressée à Astaroth et Asmodée, les entrailles et le cœur de l’enfant servaient de poudre magique destinée au roi.(D’après le témoignage de la fille La Voisin).

Les rites de la Messe Noire continuèrent de sorte tout au long de notre histoire et persistèrent jusqu’à nos jours, il y eut beaucoup de magiciens célèbres dont Aleister Crowley qui perpétua cette cérémonie qui fut d’ailleurs une des cause certaine de ses ennuis avec la justice italienne lors de son séjour à Cefalu.

De nombreux écrivains la narrèrent, une des plus célèbre étant certainement la Messe Noire pratiquée par le chanoine Docre dans le célèbre roman de Huysmans « Là-Bas ». Le cinéma nous la fait souvent revivre, accompagnées de ces rituels les plus sanglants. Il subsiste à notre époque de très nombreux satanistes qui s’ils perpétuent un culte au Diable et pratiquent toujours des Messes Noires rejettent formellement le sacrifice humain ou animal.

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    Bibliographie :


  • BARNEY Francis : Prière à Satan – Ed. Grand Damier
  • BODIN : De la démonomanie des Sorciers – Paris – 1580
  • BOIS Jules : Satanisme et Magie – Paris – 1895
  • BOIS Jules : Petites Religions de Paris – Paris – 1894
  • CASTIGLIONI A. : Incantations et Magie – Payot -1951
  • COLLIN DE PLANCY : Dictionnaire Infernal – Bruxelles - 1845
  • CRISTIANI L. : Actualité de Satan – Ed. Centurion – 1952
  • FRANKLYN Julian : Crimes Rituels et Magie Noire – Payot -1972
  • GUAÏTA Stanislas : Le Temple de Satan – Tredaniel – 1954
  • HUTIN Serge : Aleister Crowley - Marabout
  • LEGUE G. : La Messe Noire – Paris – 1903
  • MASSON : La Sorcellerie et la Science des Poisons au XVII Siècle – Hachette - 1904
  • MICHELET Jules : La Sorcière – 1922
  • RHODES H.T.F : La Messe Noire – Ed. Pierre Horay – 1958
  • RIBADEAU DUMAS François : Dossiers Secrets de la Sorcellerie et de la Magie Noire – Ed. Pierre Belford – 1971
  • SCOTT Walter : La Démonologie ou l’histoire des Démons et des Sorciers – Paris – 1838
  • WALDSTEIN Arnold : Crowley, le Saint de Satan – C.A.L. - 1975

Rédaction et recherche : Elisandre

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