Inquisitor Heresie.com


La société infernale d'Agen.

L'histoire nous est contée en tous ses détails par Me Maurice Garçon d'aprés un manuscrit de la Bibliothèque Nationale, intitulée L'Affaire d'Agen aprés avoir été citée par J.K. Huysmans dans "Là-Bas". Nous apprenons ainsi qu'une dame charitable d'Agen reçut en 1835 les confidences d'une malheureuse, qui se rendit intéressante en s'accusant de sacrilèges effroyables. Cette Virginie, dont le nom patronymique reste inconnu, prétendait n'avoir jamais été baptisée ; en revanche, à l'âge de douze ans, soit en 1815, elle affirmait avoir été entrainé dans une maison de la ville, où un autel était consacré au Diable. Là, au milieu d'une assemblée composée des personnes les plus éminentes de la cité, elle avait écrit de son sang un pacte portant ces mots :

Je me consacre à Satan, en promettant de ne servir et de n'adorer que lui seul, jurant haine à Dieu.

Un vrai prêtre officiait en l'honneur de Satan et présidait à la profanation en commun d'hosties consacrées. Mais les hosties consacrées par le prêtre sataniste était moins appréciées que celles qui provenaient des églises, où Virginie allait communier jusqu'à quatre ou cinq fois par jour, en escamotant chaque fois l'hostie pour la livrer aux satanistes. Ceux ci conservaient en un coffret les hosties destinées à être souillées avec des rafinements d'infamie. Virginie confessait avoir servi le Diable durant ving cinq ans, dans des conditions d'ignominie dont elle ne faisait aucun mystère. Elle eut des velléités de révolte et aborda plus d'une fois le tribunal de la pénitence ; mais le Diable l'avait toujours empêchée de parler, jusqu'au jour où elle rencontra la pieuse madame Belloc, dont l'approche fut pour elle le salut.

Cliquez pour une image complète

Cette âme pure fut épouvantée par les révélations de Virginie, qu'elle résolut de convertir avec l'aide de l'abbé Degans, qui devait devenir, en 1837, supérieur du petit séminaire. Ce saint homme était crédule et, lorsque Virginie se montra incapable de nommer un seul membre de la société infernale, où de désigner la maison maudite, il admit l'intervention du Diable empêchant la sataniste de dénoncer ses complices. Jamais il ne lui vint à l'idée d'attribuer à une maladie de l'imagination les récits de sa pénitente, retenue sous la domination du démon. Car, en dépit de ses promesses et de l'horreur qu'elle en éprouvait, Virginie retournait malgré elle à la mystérieuse demeure où se célébrait le sabbat. Elle déplorait ses escapades involontaires, dont elle ne cachait rien à sa protectrice confuse et à l'abbé, qui rougissait de l'étalage des plus révoltantes turpitudes. Prolixe sur ce qui se passait en présence de Satan, Virginie restait obstinément muette sur le lieu de réunion des satanistes.

Cliquez pour une image complète

A force de prières, de supplications et même de menaces, on obtint de Virginie de résister à l'attraction du sabbat, si bien que le 15 février 1838 elle fut baptisée. Ici se place un incident qui n'est pas clair. Empêché au dernier moment, l'abbé Degans ne put administrer le sacrement et fut remplacé tout juste par le prêtre sataniste, qui du coup, aurait du être connu. Il n'en est rien, car ce baptême ne semble pas avoir eu de témoins. Gravement malade, Virginie était alitée ; le sataniste s'était glissé à son chevet à la manière d'un fantôme. Le baptême diabolique devait restituer au Malin son empire sur Virginie ; mais, redoublant de prières, l'abbé Degans et Mme Belloc entrèrent en lutte avec Satan. A partir de ce moment, Virginie eut des crises de possession. Le Diable la tourmentait pour la contraindre de revenir à lui. Pour ne laisser à la démoniaque aucun doute sur ses intentions, il lui dépêcha la propriétaire de la maison, siège des réunions de la Société infernale. Cette femme, que nul ne vit hors Virginie, et dont celle ci ne put prononcer le nom, promit guérison et tranquillité moyennant retour à Satan. Mais Virginie fut héroïque : elle supporta par la suite d'affreuses brûlures et des tortures variées, plutôt que de se détourner de la bonne voie.

Le mercredi saint 1838, Virginie communia. Le lendemain, le Diable laissa tomber sur son lit une hostie brisée. Elle provenait du coffret des Satanistes, et venait d'être rapportée miraculeusement. Les amis de Virginie ne doutèrent pas du miracle et implorèrent le ciel avec tant de ferveur qu'il se renouvela. Sommé au nom de Jésus Christ, Satan vint jeter à la tête de Virginie de nouvelles hosties. Elle seule voyait le Diable, mais les hosties miraculeuses étaient visibles et palpables ; il en vint successivement prés de 3000, dont 140 ensanglantées.

Le 22 mai, un petit démon de la dimension d'une carafe vint à Lucifer, qu'il escorta par la suite régulièrement, tout en restant spectateur passif des apports d'hosties. Le 9 juin, le diablotin se mit à recueillir pieusement les hosties éparpillées par le Diable et prit une attitude si respectueuse pour les présenter à Virginie, que celle ci reconnut en lui un ange. C'était en effet son ange gardien, qui, bien que piteux, entreprit de protéger efficacement la pénitente décidée à rompre avec Satan. Ce fut ce protecteur, qui, le 15 août, en présence de 50 hosties restituées, s'ecria : Mon Dieu, tout est apporté ! Du coup Virginie se sentit guèrie d'une paralysie qui la privait de l'usage de ses jambes depuis de longs mois.

Désormais, elle put aller à l'église et se montrer en public. Le Diable en profita pour l'assaillir en pleine rue ou au cours du service divin. Cela fit scandale et l'évêque intervint en chargeant deux théologiens d'examiner Virginie. Reconnue possedée, elle fut soumise à des exorcismes quotidiens, qui eurent pour théatre la chapelle des Dames de la Miséricorde. Le spectacle fut édifiant à sa manière, car le Diable blasphémait avec rage par la bouche de Virginie, qui joua son rôle superieurement jusqu'en janvier 1839. Les séances furent alors interrompues en raison de la maladie de l'un des exorcistes. Mais elle reprirent dès le 21 février.

Ce qui frappait le plus, c'est qu'elles provoquaient des apports d'hosties, alors que la société infernale n'en possédait plus et que tout le clergé d'Agen exerçait un contrôle minutieux sur les communions. Sommé de s'expliquer, le Diable insinua que d'autres satanistes opéraient à Bordeaux, cours d'Albret.

Le jour de Pâques, l'assaut suprême fut donné par le Diable, qui provoqua une crise si violente qu'on crut Virginie morte. En revenant à elle, sa joie fut grande, car elle se sentit définitivement guérie de sa paralysie et de son obsession. Désormais, en effet, le démon fut victorieusement repoussé dès qu'il approchait de Virginie. Dompté, il apportait presque quotidienement des hosties. Puis Jésus prit l'habitude de visiter la convertie pour lui faire faire des communications d'une orthodoxie de plus en plus contestable, d'autant que les mystiques d'Agen se mirent en relation, en 1840, avec un visionnaire qui s'était révélé le 6 août 1839 en Normandie. Réincarnation du prophète Elie, il se nommait Vintras et prêchait à Tilly-sur-Seulle la religion des temps nouveaux.

Cette innovation fut condamnée par l'évêque en 1841 et par grégoire XVI, le 8 novembre 1843. Les autorités ecclésiastiques d'Agen qui furent pitoyables à Virginie victime du Diable, jugèrent sévèrement son prophétisme. Une enquête fut ouverte et recueillit au minimum 175 témoignages. En 1846, l'évêque en prit texte pour taxer Virginie de mensonge. Hystérique, elle avait inventé de toutes pièces sa société diabolique, sa guérison fut simulée. Quant aux hosties, elle en avait acheté en ville sans recourir au Diable. Enfin Jesus lui communiquait des hérésies !

Cliquez pour une image complète

Le rituel pratiqué ici, voulait que la femme qui avait commandé la messe s’allongea nue en travers de l’autel, les bras en croix, une bougie noire dans chaque main, le célébrant, l’abbé Guibourg, dans ce cas particulier habillé d’une chasuble blanche brodée de pommes de pin noires se tenait entre les genoux de la femme et déposait son calice sur le corps de celle-ci, la cérémonie alors commençait. Il était probable qu’un enfant était sacrifié à l’instant où le célébrant offrait l’hostie. Le sang était mêlé à celui du calice, et l’offrande adressée à Astaroth et Asmodée, les entrailles et le cœur de l’enfant servaient de poudre magique destinée au roi.(D’après le témoignage de la fille La Voisin).

Les rites de la Messe Noire continuèrent de sorte tout au long de notre histoire et persistèrent jusqu’à nos jours, il y eut beaucoup de magiciens célèbres dont Aleister Crowley qui perpétua cette cérémonie qui fut d’ailleurs une des cause certaine de ses ennuis avec la justice italienne lors de son séjour à Cefalu.

De nombreux écrivains la narrèrent, une des plus célèbre étant certainement la Messe Noire pratiquée par le chanoine Docre dans le célèbre roman de Huysmans « Là-Bas ». Le cinéma nous la fait souvent revivre, accompagnées de ces rituels les plus sanglants. Il subsiste à notre époque de très nombreux satanistes qui s’ils perpétuent un culte au Diable et pratiquent toujours des Messes Noires rejettent formellement le sacrifice humain ou animal.

Cliquez pour une image complète

    Bibliographie :


  • GARCON (Maurice), "La société infernale d'Agen", Revue Le Mercure de France, Juillet 1928
heresie.com

remonter

© Heresie.com