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Entretien avec Sire Cédric

Sire Cédric


Rencontre avec Sire Cédric, né le 24 octobre 1974, à St Gaudens (Haute Garonne), un auteur qu'Heresie.com affectionne tout particulièrement depuis bien longtemps. Ayant vécu toute son enfance dans un petit village pittoresque en plein cœur de l’Aveyron, portant le doux nom de Saint Geniez d'Olt, il est aujourd'hui auteur à plein temps depuis janvier 2006.



Sire. C, Sire Cédric. Dis-nous en plus sur l’évolution de ce mystérieux pseudonyme.

- Je ne sais pas si on peut parler d’évolution, mon pseudonyme n’a pas vraiment changé. Adolescent, mes amis me surnommaient Sire C., ce qui était à la fois une référence à la mythologie et aux titres que portaient les auteurs romantiques, un genre que je dévorais à l’époque. Je l’ai conservé, par jeu, lorsque j’ai commencé à publier de manière professionnelle. Ce nom n’est que ça, un nom, une étiquette sur mon travail, en tout cas il semble marquer les imaginations, c’est le moins qu’on puisse dire. (Rires.)

Quelles sont les raisons et les motivations, alors que tu as environ 24 ans d’auto-publier tes écrits ? Peux-tu nous parler en détail de ces premières publications et de « ton parcours du combattant » ?

- Oh, avec le recul, je n’appellerais pas ça un parcours du combattant. J’ai toujours fait ce qui me passait par la tête, au moment où j’en avais envie, et je dois avouer que jusqu’ici la chance m’a toujours souri. Ce qui a toujours été essentiel à mes yeux, c’est que mes histoires vivent, soient lues par les autres, c’est pour cette raison et uniquement pour ça que j’écris : pour faire partager ces histoires, pour les raconter aux autres. J’ai donc commencé par écrire des nouvelles, car c’était un format court, qui me permettait de faire facilement passer mes textes à mes amis, et aussi de les lire à la radio. Ne connaissant encore rien à l’édition, j’avais eu envie d’imprimer moi-même des plaquettes, contenant trois nouvelles à chaque fois, que je vendais par correspondance, à la manière des démos des groupes de musique. Mais je tenais à être clair, j’avais bien indiqué sur les couvertures qu’il ne s’agissait que de ça, de démos, destinées à faire partager mes premières histoires. En aucun cas de « vrais » livres. C’était une période assez grisante, car je tâtonnais, je défrichais, j’osais. Au fil des années, j’ai vendu une histoire à droite, une histoire à gauche, puis mon premier livre est paru en 2005, aux éditions Nuit d’Avril. Tout est vraiment arrivé un pas après l’autre, de manière très naturelle et graduelle.


Sire Cédric

Religere (1998), Melancholia (1999), Nécromantisme (2000), Muses (2001),
éditions limitées et numérotées.

Les considères-tu vraiment comme des « œuvres de jeunesse » ou est-ce l’Athanor qui a permis la naissance de tes derniers succès ?

- Je les vois vraiment comme des œuvres de jeunesse. Mais cela n’est pas du tout négatif, entendons-nous bien. Ces histoires étaient mes premières expériences littéraires, où j’expérimentais des procédés stylistiques, de plus ou moins bon goût d’une histoire à l’autre. (Rires.) Encore aujourd’hui, je reste très fier de ces débuts. Sans ces histoires-là, rien d’autre n’aurait eu lieu. Et puis, il y a eu le recueil Déchirures, ma première véritable publication, chez un éditeur professionnel, en 2005. C’était la première fois que des choses sorties de ma tête se retrouvaient installées sur les rayons des libraires, ce genre de souvenir n’a pas de prix. 2005 avait aussi marqué mes premières signatures, j’étais un inconnu et pourtant les gens venaient discuter à ma table dans les salons et m’acheter mon livre. Ces premiers lecteurs ont été essentiels, c’est grâce à eux que Déchirures a eu son succès, d’autant plus que le bouche à oreille a fonctionné assez vite, à ma plus grande surprise – et à ma plus grande joie, forcément. Aussi, je suis ravi que les éditions Le pré aux clercs aient republié ces deux recueils, il est important pour moi que cette partie de ma vie, avec tous ses défauts et limites, demeure disponible. Sans lecteurs pour les lire, les histoires n’existent pas.


Sire CédricDreamworld

Angemort, Septembre 2006. Dreamworld, Octobre 2007.
Editions Nuit d'Avril

Sire Cédric

Déchirures, Editions Nuit d'Avril, 9 nouvelles,
Coup de Coeur 2006 des bibliothèques de Paris


Sire Cédric

Déchirures, Editions Le pré aux clercs, 2010

Penses-tu un jour les republier sous forme d’intégrales ?

- Ce n’est pas d’actualité. Quoi qu’il en soit, j’aime bien que ces deux recueils soient distincts, en miroir.

Que pensent les touts premiers lecteurs ( ton cercle le plus privé ) de tes derniers romans au Pré aux clercs ?

- Mes proches constatent mon évolution, qui est sensible, de livre en livre. J’écris – heureusement – aujourd’hui dix fois mieux qu’il y a dix ans.

Les premières personnes qui lisent tes livres, quelles sont-elles ?

- Ma compagne, Orlanda, est toujours ma première lectrice. La plus exigeante aussi ! Une fois le livre achevé, je l’envoie à mes éditrices, Isabelle et Carola.

Quand je vois ton pseudonyme, l’image d’un ange ensanglanté, enchaîné m’apparaît. Pourquoi à ton avis ?

- Parce que tu as un esprit dérangé ? (Rires.) C’est amusant en tout cas car l’image de l’ange me hante quoi que je fasse.

Dans L’enfant des cimetières, c’est une variation de la Dame Blanche, dans De fièvre et de sang, tu fais intervenir la comtesse Bathory, et dans Le jeu de l’ombre, c’est une légende concernant Le pont du Diable. Comment est née cette passion pour l’Histoire et les légendes ?

- J’aime les bonnes histoires – et mon métier, bien sûr, est d’en inventer de nouvelles pour divertir le lecteur. Il se trouve que le folklore et les superstitions regorgent d’anecdotes passionnantes. Souvent, je ne peux résister à en placer une ou deux entre les lignes. Cela ne fait pas de moi un spécialiste des légendes pour autant, mais disons que je les aime bien.


l'enfant des cimetièresSire Cédric

L'enfant des cimetières, Mars 2009. De fièvre et de sang, Mars 2010.
Editions Le pré aux clercs

Parle-nous de tes conditions d’écritures optimales, comment fais-tu pour te retirer d’un seul coup après une activité aussi intense dans les salons, les festivals et sur le net ?

- C’est justement tout l’intérêt de la chose ! J’aime passer d’un monde à l’autre, d’un cadre à l’autre, sans cesse, comme Peter Pan. C’est, je crois, le secret de la véritable jeunesse éternelle. Sinon, j’ai toujours écrit un peu partout, un peu n’importe quand, mais, dans l’idéal, c’est vrai que j’apprécie pouvoir me retirer dans un endroit isolé et le plus calme possible, où je peux oublier totalement le monde autour de moi et ne plus avoir à subir la moindre contrainte du « monde réel ». Tiens, c’est étonnant, maintenant que j’y pense, chacun de mes romans a été écrit dans un cadre différent. Et comme je viens de déménager, le prochain le sera également !

Où puises-tu les renseignements concernant ces légendes ?

- Cela dépend, un peu partout. Dans les livres, sur le net, ou sur place. L’anecdote de la bille qui remonte la pente, dans Le jeu de l’ombre, est quelque chose que j’ai vu de mes propres yeux, dans l’Aude. Je truffe mes histoires de tous ces petits détails glanés ici et là. Souvent, je ne fais pas vraiment de recherche, je me contente de raconter des anecdotes que j’ai déjà entendues ou notées.

Si j’évoque Gilles de Rais, quelles sont tes premières impressions sur ce personnage satanique ?

- Un grand frisson dans ma colonne vertébrale ! Parce que l’histoire, réelle, dépasse souvent les histoires de la fiction !

Serait-il un personnage adéquat pour l’un de tes prochains livres ?

- Pourquoi pas !

Le mythe de la page blanche, en as-tu peur ?

- Non. Dès que je m’installe devant mon clavier, les mots viennent, s’enchaînent, s’appellent. Le plus dur, à vrai dire, a toujours été de m’arrêter de travailler. C’est pour cela que j’ai besoin d’un cadre isolé. Je peux commencer à écrire à midi et y être encore à minuit passé !

Reviendras-tu à l’écriture de nouvelles ou préfères-tu continuer dans la voie du roman ?

- Le format long me permet de développer des histoires de plus en plus complexes, et à l’heure actuelle c’est vraiment ce qui m’intéresse. Mais je reviens régulièrement au format plus court car c’est un exercice qui m’apporte beaucoup de plaisir.

Parle-nous de ton dernier livre, Le jeu de l’ombre.


Sire Cédric

Le jeu de l'ombre, Editions Le pré aux clercs, 2011

- C’est une nouvelle aventure du commandant Vauvert, située chronologiquement entre L’enfant des cimetières et De fièvre et de sang. On suit le colosse bourru au formidable instinct de flic durant une enquête criminelle : une jeune femme a été retrouvée, assassinée, dans le canal du Midi. Peu avant sa mort, elle avait assisté à un concert de musique contemporaine, à Carcassonne. En parallèle, on suit la descente aux enfers de Malko Swann, le compositeur ayant donné ce concert, qui de son côté a eu un accident de voiture : il est tombé d’un Pont du Diable, dans l’Aude, une chute de trente mètres dont il est ressorti miraculé… au détail près qu’il n’entend plus la musique. Juste ça. Il entend tous les sons, sauf la musique. Les médecins ne comprennent pas. Lui non plus. Jusqu’à ce qu’il se remette à entendre, une ou deux notes à la fois, alors que de nouvelles jeunes femmes se font tuer…

Le commandant Vauvert, est-ce un hommage à ce diable de Robert le Pieux ou à quelque chose de très loin, comme l’enfer, peut-être ?

- Un peu des deux, en fait. L’existence du commandant Vauvert est un vrai voyage initiatique. Si toutes ces lignes de feu croisent sans cesse le fil de son destin, ce n’est pas un hasard. Et j’aime les noms de lieux, c’est assez évident dans le choix de mes noms de personnages, non ?

La musique est omniprésente dans tes écrits, est-ce la première des muses pour toi ?

- C’est un langage inconscient et universel qui a toujours bercé ma vie, en effet.

Si tu devais vivre à une autre époque, quelle serait-elle ?

- Il y a bien longtemps dans une galaxie lointaine, très lointaine… (Rires.)

Peux-tu nous parler de ta bibliothèque personnelle autre que Fantastique ou Thriller ?

- Je possède beaucoup de livres d’art, des érotiques, de la bande dessinée, des guides de voyage… Vraiment de tout, en fait.

Comment est né ton goût pour les livres ?

- En lisant. Beaucoup. Tous les jours. Depuis mon enfance, j’ai toujours été un lecteur vorace. Ça a commencé avec les Oui Oui, en passant par les Fantômette, les Bob Morane, avant de découvrir la fantasy avec Tolkien, quand j’avais dix ans. Encore une fois, les bonnes histoires. Le plaisir au cœur de ça.

Quels sont les objets qui t’entourent et auxquels tu tiens particulièrement ?

- Une boîte de Lemarchand, posé devant moi à l’instant où je tape ces lignes. Cet objet, ce symbole, a changé ma vie il y a déjà longtemps. Mais, outre celui-là, je suis très fétichiste et entouré d’objets, de cadeaux pour la plupart, qui marquent des événements de ma vie et contiennent des souvenirs intimes. Une statuette du dieu Pazuzu, par exemple.

Le livre que tu lis en ce moment ?

- Les jours étranges de Nostradamus, de Jean-Philippe Depotte.

Tes futurs projets ?

- Prendre des vacances ! (Rires.) Plus sérieusement, je serai en signature au festival Trolls et Légendes, en Belgique, la semaine prochaine, au Virgin de Toulouse à la fin du mois, puis à Wavrin, à Dijon et à Épinal, en mai. Les dates exactes figurent sur mon site, dans la partie « agenda ». J’espère y croiser de nombreux lecteurs !


Sire Cédric


Le 15 Avril 2011

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