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De quelques cas d’observations d’inhumations prématurées rapportées par les auteurs

Chacun de nous a senti sa compassion s'émouvoir à cette pensée qu'il pouvait arriver qu'un homme fût cloué vivant dans un cercueil. La raison se trouble à l'idée de cette lutte horrible d'un malheureux qui se réveille enseveli, qui renait un instant à la vie pour succomber dans les tortures du supplice le plus affreux qu'ait jamais enfanté la plus cruelle barbarie. En fouillant d'anciens cimetières, on a trouvé enfermés dans les cercueils des squelettes aux attitudes désespérées; leurs membres horriblement contractés trahissaient la révolte suprême de la vie, l'angoisse d'une effrayante agonie, dont pas un cri, pas un gémissement n'avait pu être entendu des vivants. » Ainsi s'exprimait au Sénat, il y a quelques mois, M. le vicomte de la Guéronnière, dans une discussion qui a eu en France un retentissement considérable. Les personnes peu au courant de la question, ont du se demander s'il était possible qu'un être vivant puisse être exposé à souffrir l'affreux supplice d'être enterré avant sa mort, et si pareil fait pouvait se renouveler fréquemment.

On a admis pendant longtemps qu’il existait un grand nombre de signes certains de la mort. Partant de cette opinion, on prétendait que les inhumations prématurées étaient fort rares et que toutes les erreurs de ce genre avaient été commises par des personnes étrangères à la médecine. Les travaux modernes ont démontré l'incertitude de la plupart des signes face à.la mort, et il a bien fallu reconnaître, non-seulement que les cas connus d'individus enterrés vivants étaient nombreux, mais encore que les médecins les plus expérimentés avaient pu, malgré leur science, commettre de fatales erreurs.

Parmi les nombreux auteurs qui ont écrit avec des opinions diverses sur la mort apparente, aucun n'a contesté qu'on ait enterré des individus vivants. La question, dit l'illustre chirurgien Louis, n'est pas de savoir si l'on a enterré des personnes vivantes sous de fausses apparences de là mort. C'est un point de fait qu'on ne peut révoquer en doute.

Et Bouchut, longtemps après Louis répète dans les mêmes termes la même opinion. La question sujette à contestation et il est parfaitement démontré, dit Mr Grilla que des personnes qui ont été regardées comme mortes sont revenues à la vie au moment où on allait les ouvrir ou les ensevelir, ou bien lorsqu'elles étaient déjà dans le cercueil et même dans la tombe. On n'est pas parvenu à se mettre d'accord, est celle de la valeur des signes de la mort.

De tous les ouvrages écrits sur la mort apparente, aucun n'a eu le succès que celui écrit en 1740 par le célèbre anatomiste Winslow. Ce médecin avait été enterré deux fois vivant et il cherchait les moyens de ne pas l'être une troisième. Un autre médecin du nom de Bruhier, traduisit sa dissertation et crut nécessaire, pour lui donner plus d'intérêt, de la faire suivre d'une liste considérable d'individus enterrés vivants. il composa à ce sujet deux gros volumes qui furent lus avidement.

Enterré Vivant

L'ouvrage de Bruhier a été violemment attaqué, on a contesté l'exactitude de la plupart des faits qui y sont rapportés et on a reproché à l'auteur le peu de discernement qu’il a apporté dans leur choix. Sans doute, son livre est loin d'être parfait sur beaucoup de points assurer que plusieurs d'entre ellesne sont mortes que pour avoir été enterrées avec trop de précipitation. Cette funeste méprise tient à la difficulté qu'on éprouve dans certaines circonstances à distinguer la mort apparente. il laisse beaucoup à désirer; mais quand on l'a lu attentivement, on ne se rend guère compte des attaques violentes dont il a été l'objet, surtout de la part de quelques médecins modernes.

Pour démontrer au surplus sa valeur, il suffit de rappeler qu'il fut approuvé par tous les corps savants de l'époque, et notamment par les Facultés de médecine de Paris, de Montpellier, de Strasbourg et l'Académie royale de chirurgie: Voici comment la Faculté de médecine de Paris s'exprima à son endroit : « Nous soussignés, docteurs régents de la Faculté de médecine de Paris, et nommés par ladite Faculté pour examiner le livre de M. Bruhier, docteur médecin, intitulé Dissertation, etc., et en dire notre sentiment, nous avons jugé que ce livre tel qu'il est réformé dans la présente édition, est d'une extrême importance pour le salut du public, et que l'auteur insiste avec raison sur les funestes et trop fréquents inconvénients qui suivent les enterrements précipités.
Fait à Paris, le 17 octobre 1748. Signé Winslow, Falconet, Procope, Casamajor, Baude, de la Cloix, Person.

Si nous rapportons ici l'opinion des savants de l'époque sur le livre de Bruhier, ce n'est pas tant pour défendre cet ouvrage, auquel nous ne ferons du reste aucun emprunt, que pour montrer que depuis longtemps les médecins les plus illustres ont considéré les inhumations prématurées comme extrêmement fréquentes, opinion partagée également par les médecins modernes qui ont le mieux étudié cette question, ainsi que nous l'établirons plus loin: Avant d'aborder l'étude des signes de la mort et des moyens à employer pour prévenir les inhumations prématurées, nous pensons qu'il ne sera pas sans intérêt de citer quelques exemples d'individus enterrés vivants. Nous avons choisi entre les innombrables. observations rapportées par les auteurs, et ce choix nous a demandé de très longues recherches, car nous nous sommes toujours efforcés de remonter aux sources où elles avaient été puisées. Malgré tous nos efforts, il nous a été impossible de nous assurer de la réalité de certains faits, trop intéressants cependant pour ne pas être mentionnés. Afin d'être tout à la fois précis et complet, nous divisons en deux séries, qui feront l'objet de chapitres séparés, les observations que nous avons recueillies. Dans la première, nous réunissons les faits anciens ou modernes, dont malgré leur véracité apparente, il est impossible de fournir des preuves certaines. Dans la seconde, au contraire, nous ne rapporterons que des observations présentant tous les caractères de la certitude.



Individu enterré vivant pendant une attaque de catalepsie, et revenu à la vie au moment où on commençait son autopsie

A la suite d'une attaque de catalepsie, un Anglais fut considéré comme mort et cloué dans un cercueil. Bien qu'ayant perdu la faculté de faire aucun mouvement, il entendait parfaitement tout ce qui se faisait autour de lui. Il voulait parler, faire un mouvement; mais sa langue était clouée à son palais,et ses membres, qui percevaient parfaitement le contact des couvertures qui l'enveloppaient, enlacés par d'invisibles liens, se refusaient à exécter le moindre mouvement.

Durant trois jours entiers son corps resta exposé. Il entendait et comprenait tout ce qui se passait autour de lui, et, de minute en minute, espérait vainement que le charme fatal qui pesait sur lui allait être brisé. La bière cependant fut recouverte, et il entendit bientôt le grincement des clous qui s'enfonçaient lentement dans le bois. Il me serait impossible, écrivit-il dans la relation qu'il publia de son aventure, de trouver des termes pour exprimer ce que mon âme contenait alors de terreur et de désespoir. Chaque coup de marteau vibrait douloureusement dans ma tête comme un glas funèbre m'annonçant le destin qui m'était réservé. Encore, si j'avais pu crier, si même sans espoir d'être entendu, j'avais pu pousser quelques gémissements! Mais non; tandis que ma poitrine et mes épaules étaient écrasées dans un étroit espace, tandis que je sentais ma tête et mes membres meurtris et déchirés par le dur contact et par les aspérités de la bière, il me fallait rester immobile et sans voix. Je n'aurais jamais cru que, sans se briser, un cœur pût être labouré par d'aussi épouvantables angoisses. Bientôt, on me souleva, on me déposa sur le char funèbre, qui se mit en marche, et on arriva au cimetière. En ce moment, je voulus tenter un dernier effort, mais ce fut toujours en vain. Je me sentis balancer au-dessus de la tombe qui allait m'engloutir, et tandis qu'on me descendait lentement, je distinguais le bruit que faisait le cercueil en froissant les quatre murailles de terre.

Quand je fus parvenu au fond de la fosse, j'entendis la voix grave et solennelle d'un ami il m'adressait un tendre adieu, qui parvint jusqu'à moi, comme un dernier écho des bruits de la terre, et bientôt un fracas épouvantable, qui s'éteignit peu à peu, comme les roulements lointains du tonnerre, m'annonça que ma tombe-venait d'être comblée. Tout était donc fini J'étais pour jamais séparé des vivants. Comment ne suis-je pas mort en cet instant terrible!

Des médecins qui voulaient faire quelques expériences sur son cadavre le déterrèrent et le firent transporter dans un amphithéâtre de dissection. On m'étendit sur une table de marbre, le professeur s'approcha de moi le couteau à la main et me pratiqua une légère incision sur les téguments de la poitrine. Au même instant, une révolution épouvantable s'opéra dans tout mon corps, je poussai un cri terrible, en même temps que les assistants laissaient échapper des exclamations d'horreur. Les liens de la mort étaient brisés j'étais enfin rendu à la vie

Enterré Vivant

Individu enterré vivant et retiré trop tard de son cercueil

Un officier en retraite, qui habitait Pont-à-Mousson, tomba dans une profonde léthargie. Par suite de diverses circonstances, on ne l'enterra qu'au bout de trente-six heures. Après que les prières d'usage eurent été prononcées, on le transporta au cimetière, où l'inhumation devait avoir lieu; mais à peine ceux qui assistaient à cette triste cérémonie étaient-ils retirés, à peine la moitié de la fosse était-elle comblée, que des bruits sourds, provenant du cercueil, se firent entendre et vinrent frapper l'attention des fossoyeurs l'un d'eux, n'osant rien faire par lui-même, courut appeler un commissaire de police et un médecin, pour les rendre témoins du fait qui avait lieu. Enfin, trois quarts d'heure s'écoulèrent avant qu'on pût ouvrir le cercueil. On trouva le malheureux officier une main derrière la tête, la bouche ensanglantée; le médecin voulut opérer la saignée et fit jaillir quelques gouttes de sang; il le brûla ensuite au doigt; mais plus de signes d'une vie qui s'était éteinte de la manière la plus horrible

Individu enseveli vivant et mort de faim dans un caveau

Le prince de L. possédait près de Florence un château où il allait passer l'été. Lorsqu'un membre de sa famille était mort, son corps, revêtu de riches habits, était déposé dans une bière ouverte, et bientôt descendu dans un caveau, il était placé sur les dalles, près d'une longue suite d'aïeux, sans que l'on prit d'autres soins que celui de recouvrir le cercueil d'un drap noir. Le prince de L. étant mort des suites d'une maladie de langueur fut porté avec les cérémonies usitées dans le caveau, dont la lourde porte se referma vraisemblablement pour Iongtemps, car il n'avait qu'un fils qui sortait à peine de l'adolescence. Celui-ci avait pour son père une tendresse extrême; de sorte qu' environ un mois après cet événement, il prit la résolution de voyager, pour échapper à la douleur que lui causait la perte cruelle qu'il venait de faire. Mais avant de partir, avant de s'éloigner pour longtemps du château de sa famille, il voulut contempler encore une fois les traits d'un père si tendrement chéri il voulut aller répandre quelques larmes sur cette tombe où s'était brisée sa dernière affection.

Seul, il marche donc vers la chapelle funéraire, et après avoir enlevé les barres de fer qui en assujettissaient la porte, il veut l'ouvrir, lorsqu'il sent qu'un obstacle puissant s'oppose à ses efforts. En proie à une inexprimable anxiété, il s'écrie. De toutes parts on accourt à son aide l'obstacle est surmonté, la porte s'ouvre, et spectacle plein d'horreur, cet obstacle, c'était le cadavre du prince de L. qui, les traits convulsés, était venu mourir de faim contre cette porte qui ne devait plus s'ouvrir pour lui, et dont les ais portaient encore les traces qu'y avaient imprimées ses mains déchirées et torturées dans les angoisses du désespoir. L'infortuné n'avait été tiré du sein de la mort que pour en trouver une mille fois plus cruelle .

Individu placé dans la salle des morts d'un hôpital et revenant à la vie au moment où on allait pratiquer des expériences sur lui

La salle des morts de l'hôpital de Liège est une immense pièce gothique à laquelle on arrive par une dizaine de degrés. Une grille donnant sur la rivière de l'Ourthe la termine d'un côté et donne passage à une humidité qui, après s'être imprégnée aux murailles, coule en ruisseaux luisants le long des pierres de taille. Les oiseaux de nuit, nichés dans les arceaux des corniches, semblent être les gardiens de ce lieu sépulcral, dont ils troublent parfois le silence mortuaire par leur vol pesant ou leurs cris aigus.

Deux internes qui voulaient faire quelques recherches anatomiques descendirent la nuit dans cette salle, munis d'une lanterne. Pendant qu'ils examinaient les cadavres pour faire leur choix, il leur sembla entendre quelqu'un respirer derrière eux; tous deux se retournèrent vivement, sans voir personne, et, persuadés que leur imagination les avait trompés, ils se mirent à remuer de nouveau les cadavres; Une respiration étouffée, mais plus forte que la première fois, se fit de nouveau entendre; alors la peur saisit tout à fait celui des internes qui tenait la lanterne, il se mit à crier en se sauvant vers la porte que, dans sa précipitation, il ne put réussir à ouvrir; Épouvanté, il tomba à terre plus mort que vif. Son camarade, plus résolu, cherchait pendant ce temps à découvrir la cause du bruit. Ayant reconnu qu'elle provenait d'un cadavre qui était revenu à la vie, il le prend dans ses bras pour le transporter dans une des salles de l'hôpital. Arrivé près de la porte, ses pieds s'embarrassent dans les jambes de l'interne, que la peur tenait cloué à terre. Effrayé, il laisse tomber le cadavre dont il était chargé. L'interne couché par terre sentant ce cadavre tomber sur lui, réunit ce qui lui restait de force et le rejette dans les jambes de son confrère qui s'évanouit aussitôt.

Heureusement, le bruit produit par cette scène avait été entendu des infirmiers, qui accoururent avec de la lumière. Les internes' rassurés par sa présence reprirent leurs sens; Le cadavre, qui était celui d'un homme qu'on avait cru mort, reçut les soins nécessaires et revint à la vie.



Individu enterré vivant et succombant dans d'affreuses tortures

En 1842, un habitant de la commune d'Eymes, arrondissement de Bergerac (Dordogne), ayant pris une quantité trop considérable d'extrait d'opium, tomba dans un état de mort apparente. On l'enterra après avoir tenté, sans succès, de le ramener à la vie. Des personnes qui connaissaient la cause de sa mort réclamèrent son exhumation, et le cercueil fut ouvert. L'infortuné s'était retourné dans sa bière. Le sang, qui avait coulé des deux veines ouvertes, avait baigné son linceul. Ses traits étaient convulsés, et ses membres crispés attestaient l'horreur du supplice qu'il avait enduré avant de mourir.

État de mort apparente avec conservation de la connaissance se prolongeant pendant quarante heures.

Mme S., d'un tempérament éminemment nerveux, éprouva à l'âge de dix-huit ans et dans le courant de la même année, deux accès hystériques qui la laissèrent dans un état de mort apparente, pendant lequel sa sépulture fut deux fois décidée. La première fois, l'état de mort apparente dura vingt-quatre heures, pendant lesquelles on employa en vain tous les stimulants connus. La seconde fois, à sept mois de distance, sans cause appréciable, Mme X. présenta, pendant quarante heures, tous les signes de la mort réelle, jusqu'à lafroideur cadavérique. Plusieurs médecins de Lyon, dont quelques-uns vivent encore, furent appelés pour donner leurs soins et opinèrent pour la mort réelle. Les supplications d'une des sœurs de la prétendue défunte firent retarder les derniers apprêts funéraires. Pendant ce temps, la morte ressuscitait. Cette dame a affirmé avoir eu conscience de tout ce qui se disait autour d'elle, sans pouvoir en produire la manifestation, sans même le désirer, tant elle semblait se complaire en cet état.

Gentilhomme trois fois mort, trois fois enterré et trois fois ressuscité

Sous le règne de Charles IX, un gentilhomme nommé François de Civille fut blessé au siège de E.ouen et inhumé dans un fossé de la ville. Son domestique le déterra six heures après et le ramena chez lui où il resta cinq jours sans connaissance. L'ennemi s'étant emparé de la ville, son corps fut jeté par les fenêtres sur un fumier où il demeura trois jours. Malgré ces rudes épreuves les soins qui lui furent prodigues par un de ses parents le ramenèrent à la vie: Ce François de Civille avait été retiré vivant du sein de sa mère considérée comme morte; aussi se qualifiait-il dans ses actes de trois fois mort, trois fois enterré, trois fois ressuscité.

Le docteur P. étant dangereusement malade, fut considéré comme mort et traité en conséquence. Il fut déshabillé, lavé et couché sur des planches. Il voyait, entendait et sentait tout; mais il lui était impossible de faire le moindre mouvement. Son corps était un cadavre, mais son esprit vivait. Il entendit les plaintes de ses amis et de ses proches, eut conscience de son état, vit les préparatifs de son enterrement et comment le menuisier prenait la mesure de son cercueil. Dans la nuit qui précéda le jour de son convoi, lorsque, solitairement couché sur le lit de mort il concentrait toute son attention sur son état, et que son esprit agissait de toutes ses forces sur chaque point de son corps, la loco mobilité lui revint. Mais ses mains étaient tellement liées qu'il ne pouvait en faire usage. Après s'être démené autant qu'il était en son pouvoir, il parvint enfin à renverser une lampe placée près de lui. Ce bruit excita l'attention de ceux qui habitaient l'étage inférieur. Ils accoururent effrayés, ils s'enfuirent, revinrent, et touchés par ses plaintes, ils le reçurent au nombre des vivants.

Il rapportait que, pendant sa mort apparente, trois choses lui avaient été particulièrement pénibles. Dès sa dernière heure supposée, le prêtre l'exhorta avec tant d'ardeur que chacune de ses paroles lui paraissait être un coup de poignard. Cette consolation spirituelle augmente, en général, l'angoisse de la mort, et est pour l'agonisant (ainsi que l'ont dit plusieurs autres individus qui sont revenus à la santé), un tourment inexprimable

On ne saurait croire à quel point les derniers instants de la vie sont rendus pénibles par ces prétendues consolations religieuses. Au moment où l'intelligence est affaiblie, on sème des idées funèbres et l'épouvante dans l'esprit d'un malheureux auquel on devrait, par humanité, cacher son état; les litanies, les cierges, l'eau bénite, tout cet appareil sinistre, lui disent qu'il est condamné, et lui enlèvent toutes les chances qu'il peut avoir de revenir à la vie, ce qui se comprend facilement quand on connaît l'influence du moral sur le physique. On peut affirmer qu'on fait périr ainsi un grand nombre de personnes. II ne faut pas croire qu'il soit toujours facile au médecin de dire avec certitude le nombre d'heures ou de jours qui restent à un malade.

Des individus auxquels les plus grands médecins ne donnaient que quelques heures d'existence, sont revenus à la santé. En effrayant un malade à ses derniers moments, on commet donc un acte coupable et que rien ne saurait excuser. J'ai vu, il y a quelques années, dans une ville de province, un homme d'une cinquantaine d'années, atteint d'un embarras gastrique compliqué d'un peu de fièvre.

Obligé de se mettre au lit, il croyait avec raison son indisposition légère; un imbécile l'engagea gravement à ne pas hésiter à faire venir un prêtre, ce qu'il n'osa pas refuser. Lorsqu'il vit les enfants de chœur, les cierges, etc., il fut épouvanté, perdit la deuxième sensation que le docteur P. avait vivement ressentie pendant sa mort apparente, consistait en ce qu'on voulait lui fermer forcément la bouche qu'il tenait ouverte. C'était surtout un de ses camarades d'école qui s'efforçait de lui rendre ce service en fixant, avec l'une de ses mains, le sommet de la tête, et en relevant violemment de l'autre le menton. Le docteur croyait que cet acte d'amitié lui ferait sauter la mâchoire hors des jointures, et il en souffrait d'une matière atroce. La troisième sensation était celle produite par l'aspersion de l'eau bénite, froide comme de la glace, dont chaque goutte qui touchait sa figure le pénétrait jusqu'au fond de son âme et, quelques heures après il était mort.

Les préjugés sont à ce point énergique dans les petites villes, que le médecin du malade n'osa pas s'opposer à l'intempestive intervention du clergé. Ce fut inutilement que j'essayai de m'interposer. Je fus obligé de me retirer après avoir prédit qu'on tuerait le malade, ce qui arriva effectivement.

Mme P. venait de perdre une enfant chérie, âgée de sept ans. La douleur qu'elle en éprouva fit craindre pendant quelque temps pour sa raison. Le caractère dominant des dérangements momentanés de son intelligence était une pensée insurmontable de suicide. Pour combattre la surexcitation nerveuse et l'insomnie opiniâtre qui entretenait l'état du cerveau, il lui fut prescrit de prendre quelques cuillerées à bouche d'une potion calmante, dans laquelle nous fîmes entrer, sans inconvénient, après quelque temps de son usage gradué, jusqu'à 0,1 décigramme de chlorhydrate de morphine.

La même ordonnance était présentée à notre insu au pharmacien, qui avait le grand tort de la remplir sans faire aucune difficulté. Mme P put ainsi réunir jusqu'à six potions; elle les but en moins de dix minutes. Les ravages du poison furent aussi prompts que terribles. Trois confrères furent appelés en même temps pour les combattre. Les 60 centigrammes de morphine avaient été pris à cinq heures du matin c'est à midi environ que les symptômes de narcotisme étaient arrivés à leur paroxysme. Tout ce que la science possède de ressources en pareil cas fut inutilement employé. Nous arrivâmes sur ces entrefaites. Nonobstant l'assurance qui nous fut donnée par le Dr G., que tout était fini, nous voulûmes juger par nous- même de l'exactitude des détails qu'on nous donnait. Hélas il ne nous parurent que trop vrais, et notre conviction était telle, qu'en sortant de la maison, nous affirmâmes qu'il n’y avait aucun espoir et que la mort n'était pas douteuse.

Inutile d'ajouter que tous les moyens de s'assurer de ce triste résultat avaient été mis en pratique. Nous affirmons, pour ce qui nous regarde, avoir eu recours à une auscultation minutieuse de la région du cœur, sans que ce moyen nous ait révélé aucun symptôme de vie. Quant aux moyens employés pour ramener Mme P. à la vie, on pourra s'en faire une idée quand on saura que les sinapismes, entre autres, donnèrent lieu à des brûlures telles que, dans beaucoup d'endroits, il y eut une véritable désorganisation des parties. Mme P. revint cependant à la vie, et depuis elle est devenue mère d'un enfant.

Cette observation est extrêmement intéressante, son auteur est le docteur Josat, dont le mémoire sur les signes de la mort a été couronné par l'Institut. Il était médecin de la malade, et, avec ses confrères, la considérait comme morte, après s'être assuré de l'absence prolongée des battements du cœur à l'auscultation. Voilà un exemple bien caractérisé d'une erreur commise par plusieurs médecins instruits. Une confiance absolue dans la valeur du signe de la mort, donné comme certain par M. Bouchut, pourrait donc avoir les plus funestes conséquences.

Enfant mort-né en apparence, enterré par sa mère, et rappelé à la vie

Le remarquable fait suivant a été établi dans une instruction criminelle dont une femme a été l'objet, pour dissimulation de grossesse et d'accouchement, et pour tentative d'infanticide. Il est très-curieux à beaucoup d'égards. Une domestique de village, non mariée, devint enceinte elle avait constamment caché ,sa grossesse, donnant des réponses évasives aux personnes de son entourage qui la questionnaient néanmoins, elle avait eu pleine connaissance de son état. Elle couchait dans une chambre avec deux autres filles de service. Un jour, les douleurs survinrent, de sorte que cette femme fut obligée d'interrompre son travail, interrogée, elle répondit qu'elle éprouvait dans le ventre de violentes douleurs qui dépendaient d'un refroidissement et dans le cours de l'instruction elle a opiniâtrement soutenu qu'elle l'avait réellement cru, et qu'elle ne s'était pas imaginé toucher au moment de sa délivrance.

Dans la nuit, les douleurs augmentèrent, et, vers le matin, elle se sentit pressée de satisfaire à un besoin naturel en conséquence, elle se leva et s'assit sur un cuvier de bois placé dans la chambre et servant à cet usage; dans ce moment l'enfant traversa les parties sexuelles et tomba dans le cuvier. Ce fut alors qu'elle reconnut que les douleurs qu'elle éprouvait étaient celles de l'accouchement. Elle n'examina pas l'enfant attentivement, mais elle a fort bien remarqué qu'il n'a fait ni un mouvement ni poussé un cri. Le cordon se déchira probablement au moment de la naissance elle ne le lia pas. L'enfant n'ayant pas remué, et le délivre. Ayant tardé à, sortir, elle crut avoir fait une fausse couche; elle porta hors de la maison le cuvier et l'enfant tel qu'il y était tombé, jusque dans une sablonnière éloignée d'environ trente pas. Là, elle versa le contenu du cuvier dans un trou qui existait déjà, elle le recouvrit de sable et de gazon, et pressa même fortement avec la main pour que les chiens n'y arrivassent pas. De cette façon, elle enterra son enfant à un pied de profondeur environ puis elle retourna à la maison, réveilla pour la première fois les garçons à la porte de l'écurie, et rentra dans sa chambre, où elle trouva les deux autres filles de service encore endormies elle les réveilla également.

A cause de la faiblesse qu'elle éprouvait, elle se mit sur un siège, tandis que les autres filles se levaient. Une d'elles qui avait déjà été réveillée pendant la nuit par les gémissements de la femme en travail, remarqua des traces de sang sur le plancher, conçut des soupçons, et lui demanda si elle était déjà accouchée et si elle avait tué son enfant. A quoi elle répondit Suis-je une vieille?

Néanmoins, les deux filles eurent des soupçons, elles suivirent les traces de sang et arrivèrent à la sablonnière, éloignée de trente pas de la maison, où elles remarquèrent la place récemment recouverte. Une des deux filles alla chercher une bêche, creusa en cet endroit, et l'enfant, enterré, d'après les dires des témoins, à environ un pied de profondeur, fut découvert. Encore couché dans la fosse, étant devenu accessible à l'air par l'écartement du gazon et du sable, il commença à crier, et fut retiré du trou par une des filles et porté à sa mère, qui le nettoya, le lava et le mit sur le lit. Durant cet intervalle, le délivre était sorti dans la chambre même. Environ une heure après, la nouvelle accouchée, avec l'enfant, se rendit auprès de sa mère, dans un autre village. Elle fut bientôt arrêtée et remise entre les mains de la justice. Elle fit des aveux.

D'après toutes les circonstances, d'après l'aveu de l'accusée et les dires des témoins, l'enfant doit avoir passé au moins un quart d’heure dans la terre; et comme l'accusée a pressé avec la main le sable et le gazon qu'elle avait entassé dessus, l’air ne peut avoir pénétrer jusqu'à l'enfant. On doit croire que l'enfant, au moment de la naissance, était dans un état de mort apparente et qu'il a continué à vivre.

Individu enterré vivant pendant une épidémie de choléra et revenu à la vie au moment où on jetait de la terre sur son cercueil

Le fait que nous allons rapporté est aussi authentique que le précédent. Nous avons habité le pays où il s'est passé, et l'individu qui en fut le héros y était très-connu. En 1832, à l'époque du choléra, le sieur X. habitait aux environs de Bar-le-Duc; atteint par l'épidémie, il fut considéré comme mort, et enterré. Au moment où la terre était jetée sur son cercueil, on l'entendit frapper plusieurs coups. Secouru promptement, il revint à la vie. Quinze jours après il était complètement remis de ce terrible accident.

Femme revenue à la vie pendant les préparatifs de son ensevelissement

Le docteur Yeyrat est appelé, pendant une épidémie de choléra près d'une malade, Thérèse X. qui vient de perdre de l'épidémie dont elle est elle-même frappée tous les membres de sa famille. Thérèse est dans un véritable état d'asphyxie. M. Veyrat ouvre la veine, point de sang. Il applique des sangsues celles-ci piquent et tombent inanimées il couvre le corps des plus irritants topiques, et va prendre du repos, en recommandant aux assistants de le faire avertir si, contre son attente, la malade vient à donner quelques signes de vie. La nuit et le jour se passent sans avertissement. On s'occupe des préparatifs de l'inhumation; alors on s'aperçoit que le sang coule des piqûres des sangsues. M. Veyrat est averti; il entre chez la malade à l'instant où la bière y est apportée, et où l'ensevelisseuse va procéder à ses funèbres fonctions. Tout à coup on entend une sorte de bruissement dans la poitrine de Thérèse; elle ouvre les yeux, et d'une voix qui glace les assistants Que venez-vous faire ici? dit-elle à l'ensevelisseuse qu'elle reconnait; je ne suis pas morte, allez- vous-en. M. Veyrat s'empresse de donner des soins convenables à la malade, qui se rétablit et ne conserve de l'état de mort apparente dans lequel elle s'est trouvée., qu'une surdité qui dura environ deux mois.

Ce fait a été publié, en 1854, par le docteur Londe, de l'Académie de médecine, dans un travail sur la mort apparente.

Exemples d'inhumations prématurées racontées au Sénat par Mgr Donnet

Dans la discussion qui a eu lieu au Sénat, le 28 février 1866, à propos de plusieurs pétitions concernant les inhumations prématurées, Mgr le cardinal Donnet s'est exprimé de la façon suivante :

J'ai acquis la conviction, par des faits incontestables, que les victimes des inhumations précipitées sont plus nombreuses qu'on ne le pense communément. Or, y a-t-il rien de plus horrible que de mourir en imputant sa mort au peu de vigilance et à l'imprévoyante précipitation de ceux qu'on appelait, quelques heures avant, des plus doux noms qu'on puisse donner ici-bas?

Je sais que la loi a prescrit en cette matière des précautions, a posé des règles pleines de sagesse; mais ces règles sont-elles observées ? Si vous saviez, Messieurs, le peu d'importance qu'on y attache quelquefois, surtout dans les campagnes, vous seriez effrayés. J'ai empêché, pour ma part, deux inhumations d'êtres vivants, dans le village que j'ai desservi au début de ma carrière pastorale. La première était un vieillard, qui vécut douze heures de plus que ne l’avait permis le billet délivré par l'officier civil; le second revint tout à fait à la vie, on avait pris, comme en tant d'autres circonstances, un état léthargique prolongé pour la mort elle-même. Plus tard, c'était à Bordeaux, une fille unique portant un des noms des plus connus de la contrée, achevait ce qu'on croyait être son agonie; on avait éloigné le père et la mère de ce spectacle déchirant. Dieu voulut que, passant devant cette demeure désolée, j'eusse la pensée d'y entrer et de prendre des nouvelles de la jeune personne. Au moment où j'arrivais, une garde, n'entendant plus respirer la malade, s'apprêtait à couvrir son visage. II y avait bien là les apparences de la mort.

Toutefois la chose ne me parut pas aussi certaine qu'aux personnes qui nous entouraient. Élevant donc la voix, je dis à la malade d'espérer, que je venais la guérir, et que j'allais prier quelques instants auprès d'elle. Vous ne me voyez pas, continuai-je mais vous m'entendez. Mes pressentiments ne m'avaient pas trompé; les paroles d'espérance que je venais de faire arriver à son oreille, opérèrent une révolution heureuse, ou plutôt réveillèrent la vie prête à disparaître. L'enfant, devenue épouse et mère, fait aujourd'hui le bonheur de deux respectables familles.

Un de nos illustres collègues me disait, en montant l'escalier du Luxembourg, que dans une ville de la Hongrie où il se trouvait en 1831, au moment où éclatait le choléra, il vit emporter, pour être inhumé dans peu de distants, un des plus grands personnages de la Transylvanie. La femme du prétendu défunt obtint, après de vives instances, l'autorisation de veiller pieusement une partie de la nuit près de son époux. Quelques heures s'écoulent un bruit se fait entendre. Celui qu'on croyait mort venait d'ouvrir les yeux, il remuait les bras, s'agitait sur sa couche. Là encore il ne s'agissait que d'un état léthargique trop facilement confondu avec la dernière heure. J'ajoute que, dans ma conviction, celles des maisons qui sont ouvertes aux étrangers à toutes les heures du jour et de la nuit, sont plus souvent qu'on ne le pense le théâtre de ces erreurs déplorables qui font sacrifier, sans qu'on s'en rende compte, la vie de quelques voyageurs au désir de se débarrasser le plus tôt possible d'une présence incommode et effrayante.

Dans la même séance, le cardinal Donnet a raconté le fait suivant, qui présente l'exemple, parfaitement authentique, d'un individu ayant conservé toute sa connaissance pendant l'état de mort apparente.

En 1826, par une des journées les plus chaudes et dans une église entièrement pleine, un jeune prêtre fut pris en chaire d'un étourdissement subit. La parole expira sur ses lèvres. Il s'affaissa sur lui-même, on l'emporta et quelques heures après, on tintait son glas funèbre; il ne voyait pas, mais comme l'enfant dont je parlais tout à l'heure, il entendait, et tout ce qui arrivait à ses oreilles n'était pas de nature à le rassurer. Le médecin déclara qu'il était mort, et après s'être enquis de son âge, du lieu de sa naissance, il fit donner le permis d'inhumation pour le lendemain. Le vénérable évêque dans la cathédrale de qui prêchait le jeune prêtre était venu au pied de son lit réciter un De profundis; déjà avaient été prises les dimensions du cercueil; la nuit approchait, et chacun comprend les inexprimables angoisses d'un être vivant dans une pareille situation.

Enfin, au milieu de tant de voix qui résonnent autour de M. il en distingue une dont les accents lui sont connus. C'est la voix d'un ami d'enfance. Elle produit un effet merveilleux et provoque un effort surhumain. Le prédicateur reparaissait le lendemain dans sa chaire. Il est aujourd'hui, messieurs, au milieu de vous, vous priant, après quarante ans écoulés depuis cet événement, de demander aux dépositaires du pouvoir, non-seulement de veiller à ce que les prescriptions légales qui regardent les inhumations soient strictement observées, mais à en formuler de nouvelles pour prévenir d'irréparables malheurs.

Femme revenue à la vie au moment où on allait l'ensevelir.

Dans la séance du 5 mai 1866, la question des inhumations prématurées a été de nouveau discutée au Sénat M.Tourangin a donné lecture de la lettre suivante :

Appelé par mon confrère, M. le curé de Xieuil pour lui rendre quelques services dans sa paroisse, j'ai été témoin d'un fait qui' émeut dans ce moment toute la population. Radegonde Dégusseau, âgée de trente quatre ans, demeurant à Brocou, commune de Nieuil-l'Espoir (Vienne), devait être inhumée aujourd’hui, 20 mars, à huit heures du matin. Tout était prêt pour cette triste cérémonie la déclaration du décès était faite à la mairie depuis vingt-quatre heures, le cercueil préparé, la fosse ouverte. Les amis, les parents venaient à l'église pour prier pour la défunte, le curé attendait; la femme qui a l'habitude d'ensevelir les morts mettait la dernière main à l'œuvre, quand elle crut apercevoir un léger mouvement dans le côté du bras droit; c'était vrai, la morte était vivante.


Fragments Dr. Gustave Le Bon, La mort apparente et inhumations prématurées (1866).



Liste des principaux ouvrages écrits sur la mort apparente et les inhumations prématurées.


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