Torquemada, Inquisitor Heresie.com


Tomás de Torquemada
« Une figure emblématique et controversée de l'intolérance religieuse »
Notice Historique : L'Instigateur de l'Inquisition Moderne Né à Valladolid vers 1420 et mort à Ávila en 1498, Tomás de Torquemada fut un moine dominicain espagnol, premier Grand Inquisiteur d'Espagne. Confesseur de la reine Isabelle Ire de Castille, il persuada les Rois catholiques d'introduire l'Inquisition pontificale en Castille en 1478 pour traquer les faux convertis (conversos et marranes) ainsi que l'hérésie.

Dans l’ombre de nos cathédrales, en ce lieu de recueillement, de foi et de calme, s’agitent d’invisibles démons. Il en est un, grand, maigre et de haut maintien. Il dormait sur une simple planche et ne mangeait jamais de viande ; l’évocation de son nom suffit à faire trembler le plus téméraire des nôtres. Il fut le confesseur d’Isabelle de Castille mais aussi l’exécuteur de milliers de condamnés qui hurlent encore dans les limbes de l’histoire. Par une simple permission de la reine d’Espagne en 1478, il donna vie à la broyeuse d’âmes et de chair : la Sainte Inquisition.

« Torquemada vécut et mourut dans une austérité rigoureuse, ne cherchant ni honneurs ni richesses personnelles, mais transformant la terre en un tribunal de supplices au nom de la pureté de la foi. »
— Juan Antonio Llorente, Histoire critique de l'Inquisition d'Espagne

Torquemada, de son prénom Thomas, né à Valladolid, entra très tôt dans les ordres. Le parcours de ce casuiste et théologien fut fulgurant. Inquisiteur de Castille et d’Aragon, il termina sa carrière comme Grand Inquisiteur d’Espagne par l’effet d’une nomination du pape en personne. Juan Antonio Llorente dit de lui que ce choix fut amplement justifié par les résultats : il semblait presque impossible de rencontrer un autre homme capable, au même degré, d’exécuter les intentions inflexibles du roi Ferdinand. Personne ne pouvait faire plier Torquemada. Lui donner un tel pouvoir, c’était se donner un maître absolu. Quatre tribunaux permanents furent établis à Séville, Cordoue, Jaén et Villa Real, dont il désigna lui-même les inquisiteurs. Il en nomma d'autres, dits « volants », qui parcouraient la péninsule avec le pouvoir d'établir des tribunaux temporaires.

Il s'installa auprès de la cour — alors composée de quatre conseils royaux pour la conduite des affaires publiques — et créa un cinquième conseil spécialisé dans les questions inquisitoriales : la Suprema, dont le chef suprême et incontesté n’était autre que lui-même.

Cliquez pour une image complète L'interrogatoire dans les geôles du Saint-Office.

Torquemada codifia et précisa les travaux de ses prédécesseurs — Bernard Gui et Nicolas Eymerich — d’une façon extrêmement pointue. Le principe directeur était fort simple : l’Inquisition représentait le dernier rempart face à un monde cerné par les pécheurs et les pêchés. Elle s’intéressa initialement à la bigamie et à la sodomie, mais surtout aux sorciers, les prétendus adorateurs du démon. Elle y adjoignit les avorteurs et les blasphémateurs, bien que son gibier de prédilection restât les athées, les juifs convertis soupçonnés de crypto-judaïsme (marranes) et les maures. Tout manquement à la stricte orthodoxie chrétienne méritait la mort, et le grand bourreau de la chrétienté n'était autre que Torquemada.

Notice Historique : L'Édit d'Expulsion de 1492 Sous l'influence directe de Torquemada, les Rois catholiques signèrent l'édit de l'Alhambra le 31 mars 1492, ordonnant l'expulsion de tous les Juifs d'Espagne non convertis. Plus de 150 000 à 200 000 âmes furent contraintes à l'exil, marquant l'apogée de la politique de purification ethnique et religieuse menée par le Grand Inquisiteur.
Page de titre des instructions de Torquemada Page de titre des instructions et édits de Torquemada.

La prison inquisitoriale, quant à elle, offrait un visage d'outre-tombe : une voûte basse, un simple banc de pierre pour s’asseoir ou se coucher, l’absence totale de lumière, et ces deux yeux cruels et froids qui scrutent un visage implorant... Aucun sentiment ne transparaissait jamais sur le visage des créatures de Torquemada.

Aux côtés de l’inquisiteur siégeaient l’ordinaire diocésain, l’avocat fiscal, et, un peu plus loin, le notaire chargé d’établir fidèlement le procès-verbal. On débutait par la prestation de serment sur les Évangiles, suivie de l’interrogatoire d’état civil, de l’examen de la vie du détenu et des questions sur ses proches : était-il au courant de ce qui lui était reproché ? Quand s’était-il confessé pour la dernière fois ? L’inquisiteur pouvait employer toutes les ruses, notamment l'infiltration d'un codétenu espion (le « mouton ») placé dans la cellule de l’accusé pour le délier de sa méfiance. Dès lors, on pratiquait un orifice dans le mur pour épier la conversation. Le mensonge d’État était autorisé et même recommandé ; tous les moyens étaient valables avec un unique dessein : confondre l’homme et obtenir ses aveux à tout prix.

La Torture et l'Appareil Inquisitorial

Selon les textes officiels, la question (la torture) ne s’employait théoriquement que lorsque l’accusé osait nier le fait principal ou en cas de délit de fuite, cette dernière étant considérée comme un demi-aveu. Dans la chambre des supplices aux murs de pierre, les instruments étaient étalés sous la lueur blafarde de deux flambeaux. Les bourreaux, vêtus d'une longue robe noire et cagoulés pour s'effacer derrière l'anonymat de la justice divine, déshabillaient le prisonnier. L’homme le plus robuste n’était pas forcément le plus courageux ; d'autres, à la simple vue du chevalet, cédaient et dénonçaient n’importe quel innocent pour abréger leurs souffrances.

Le sang se mêlait aux larmes, le cri au rictus d'agonie. En premier lieu, il s'agissait de découvrir sur le corps la Stigma Sigillum, figure étrange et géométrique censée trahir la marque du Malin. Derrière chaque hérésie, l’inquisiteur croyait toujours déceler l'ombre du Grand Bouc. Les méthodes les plus usitées étaient redoutables : flagellation pour les femmes, estrapade, supplice de l’eau (la toca) et du feu pour les hommes. Torquemada, cet homme austère semblable à l'égal d'un roi disposant d'un pouvoir absolu, vivait dans le dénuement le plus strict, tandis que la confiscation des biens des hérétiques alimentait les coffres colossaux du Saint-Office.

« L'Inquisition espagnole fut un empire dans l'empire, une machine de terreur froide où la piété apparente servait de masque à une implacable domination politique et religieuse. »
— Voltaire, Traité sur la tolérance
Cliquez pour une image complète Torquemada donnant la communion à Isabelle de Castille.

Cinquante cavaliers et deux cents hommes d’pied, lourdement armés, escortaient en permanence Torquemada ; nul n’osait défier son autorité. L’une des affaires les plus retentissantes fut celle de Santa Cruz, qui illustra de manière éclatante la toute-puissance du personnage. L’Inquisition venait d’écrouer un simple soldat, Domingo de Santa Cruz. Le capitaine général estima que cette arrestation empiétait sur les prérogatives des tribunaux militaires et ordonna de libérer par la force le prisonnier enfermé dans les geôles du Saint-Office. C’était méconnaître l'intransigeance de Torquemada.

Aussitôt, les inquisiteurs adressèrent une plainte formelle à la Suprema, qui ordonna au capitaine général de comparaître sur-le-champ. Ne pouvant qu’obéir sous peine d'excommunication et de ruine, le haut gradé dut se présenter en personne pour implorer humblement l’absolution et le pardon à genoux.

Cependant, le nombre croissant des adversaires de Torquemada finit par inquiéter Rome et la couronne. Peu à peu, son influence directe fut encadrée, mais jusqu’à son dernier souffle, il demeura le moteur central et le rouage essentiel de l’appareil inquisitorial. Ses ultimes instructions parurent en 1498. Cette même année, il parvint à triompher de l'évêque d'Osma, dont le tribunal confisqua les dignités, les bénéfices et le château — le lieu même où Torquemada s’éteignit, miné par l'âge et la rigueur de son ascétisme. À l'heure de son trépas, on estimait à plus de 8 800 le nombre de personnes brûlées vif, 6 500 condamnées en effigie, 90 000 frappées de pénitences infamantes et plus d'un million d'individus bannis de leur patrie.

Dépouillé de sa sépulture originelle lorsque les libéraux espagnols brisèrent sa tombe au XIXe siècle, ses ossements furent arrachés à la terre pour être dispersés au vent... scellant l'effacement physique d'un homme dont l'ombre, elle, ne cessa jamais de planer sur les pages sombres de l'histoire.

Torquemada - Représentation historique Tomás de Torquemada (1420–1498).
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