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L'abbé Joseph-Antoine Boullan

L'abbé Joseph-Antoine Boullan « ...qui veut faire l'ange, fait la bête. »

Notice Historique — L'ascension ecclésiastique et le mysticisme exalté

C'est le 18 février 1824, dans le village tarn-et-garannais de Saint-Porquier, que naît Joseph-Antoine Boullan. Brillant étudiant, il est ordonné prêtre le 23 septembre 1848 et exerce brièvement comme vicaire à Montauban. Fréquentant assidûment les milieux ésotériques, il soutient un doctorat en théologie à Rome et rejoint un temps les missionnaires du Précieux Sang. Dès 1853, il publie une traduction de la Cité Mystique de Marie d'Agreda.

En 1854, il quitte sa congrégation pour s'établir à Paris et devient le principal rédacteur de la revue liturgique Le Rosier de Marie. C'est au cours d'un séjour en mars 1856 à La Salette, haut lieu d'apparition mariale, qu'il fait la rencontre déterminante d'Adèle Chevalier, religieuse converse du couvent de Soissons. Présentée comme une miraculée guérie de la cécité, ses prédictions exaltées attirent de nombreux fidèles. Elle choisit l'abbé comme directeur de conscience, fondant avec lui une doctrine de « l'action réparatrice » visant à compenser par la souffrance et la prière les outrages faits à la divine majesté.

« L'humanité s'est dégradée par un double adultère, dans les personnes d'Adam, souillé aux caresses de Lilith, et d'Ève, flétrie au baiser de Samaël : ainsi la vitalité corporelle du premier couple fut infectée dans sa source même par le ferment de la concupiscence... »
— Abbé Joseph-Antoine Boullan, Les Annales du Sacerdoce

Après avoir sollicité l'aval de l'évêque de Versailles, Boullan fonde « L'Œuvre de la réparation des âmes ». Le temple de « Bethléem » est établi à Sèvres en 1859, où Adèle Chevalier est érigée en supérieure et compagne mystique. Les pratiques du couple — mêlant théurgie hétérodoxe, exorcismes corporels extrêmes et prétendues rééditions de rites anciens — provoquent rapidement le scandale. Selon l'occultiste Jules Bois, Boullan mobilisait cinq armes principales pour combattre les prétendus envoûtements :

1° La voyance
2° Le contresigne
3° Le choc en retour
4° Les sacrifices institués par Vintras
5° Les hosties consacrées

Le scandale culmine lorsque Adèle Chevalier, enceinte, fait mystérieusement disparaître l'enfant, éveillant de ténébreux soupçons d'infanticide rituel jamais prouvés. En 1861, un tribunal correctionnel condamne Boullan à trois ans d'emprisonnement pour escroquerie et abus de confiance.

Notice Historique — Du Vintrassisme au procès rosicrucien

Ayant obtenu l'absolution à Rome après une confession générale, Boullan tente de redorer son magistère en fondant de nouvelles revues et, en 1869, l'Œuvre de Marie. Excommunié définitivement peu après, il se rapproche du prophète de Tilly, Eugène Vintras. À la mort de ce dernier en 1875, Boullan se proclame son unique successeur spirituel, s'installant à Lyon sous le pseudonyme d'Élie-Jean-Baptiste, entouré d'adeptes fervents comme Julie Thibault, « la Femme Apostolique ».

C'est à cette époque charnière que l'écrivain J.K. Huysmans entre en contact avec l'abbé pour nourrir les recherches documentaires de son chef-d'œuvre décadent, Là-Bas. Effaré par les rites éliaques pratiqués au carmel de Boullan, Huysmans écrira dans sa correspondance :

« Je file décidément, la semaine prochaine, pour Lyon... Ces gens-là sont des êtres diaboliques à coup sûr. »
— J.K. Huysmans, Correspondance

Inquiet des dérives du mage de Lyon, l'occultiste Oswald Wirth s'infiltre dans son entourage avant d'alerter Stanislas de Guaita, fondateur de l'Ordre Kabbalistique de la Rose-Croix. Convaincu de la nocivité de Boullan, Guaita convoque un tribunal « véhmique » rosicrucien qui prononce une sentence condamnatoire : « Les initiés véritables ne sauraient souffrir plus longtemps que vous profaniez la Kabbale... »

Stanislas de Guaita
Stanislas de Guaita

Une implacable guerre occulte s'engage alors, les disciples de Guaita et Papus étant accusés d'avoir frappé Boullan à distance par envoûtement. L'abbé meurt subitement le 4 janvier 1893. La polémique s'enflamme dans la presse : Jules Bois accuse ouvertement Papus et Guaita de meurtre magique, ce qui conduit à une série de duels retentissants au pistolet et à l'épée entre les polémistes.

Papus
Papus (Dr Gérard Encausse)

Peu après, Julie Thibault apporte à Huysmans les archives de l'abbé. La lecture de ces documents désillusionne profondément l'écrivain, qui réalise que Boullan incarnait bien les pires turpitudes du satanisme contemporain, inspirant le personnage répulsif du chanoine Docre dans Là-Bas.

Bibliographie sélective

  • BOIS Jules : Satanisme et Magie – Flammarion
  • ÉTUDES CARMÉLITAINES : Satan – Éditions Desclée De Brouwer, 1948
  • DICTIONNAIRE DES SOCIÉTÉS SECRÈTES : Ouvrage collectif, 1971
  • FRÈRE Jean-Claude : Les Sociétés du Mal, 1972
  • STANISLAS DE GUAÏTA : Le Temple de Satan – Trédaniel, 1994
  • STANISLAS DE GUAÏTA : La Clef de la Magie Noire – Trédaniel, 1995
  • LA TOUR SAINT-JACQUES : Numéro spécial consacré à Huysmans – mai-juin 1957
  • MICHELET Victor-Émile : Les Compagnons de la Hiérophanie – Éditions Bélisane
  • MONTLOIN Pierre et BAYARD Jean-Pierre : Les Rose-Croix, 1972
  • RIBADEAU DUMAS François : Les Magiciens de Dieu – Robert Laffont, 1970
Rédaction, recherche historique et mise en forme : Elisandre
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