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L'antre de l'Ankou

Notice Historique & Mythologique : L'Ankou et les Légendes Brettonnes

Dans la mythologie bretonne, l'Ankou (ar marv, la mort) est personnifié comme le serviteur de la Mort, souvent décrit comme le dernier mort de l'année précédente dans une paroisse donnée. Il parcourt les chemins de Basse-Bretagne juché sur une charrette grinçante (karrigell an ankou), traînant sa funeste faux dont le tranchant est tourné vers l'avant pour faucher les âmes des défunts. Figure à la fois redoutée et familière, l'Ankou incarne la fatalité de la condition humaine et la permanence du monde souterrain dans l'imaginaire médiéval et celtique.

« Quand tu entends grincer la charrette de l'Ankou dans la nuit sombre, ne te retourne point, car ton heure est peut-être venue. »
— Proverbe et tradition orale de Basse-Bretagne

Le Pont du Diable

Un meunier du village de Prad Paol se lamentait de devoir faire un long détour pour livrer sa farine sur l'autre rive de l'Aber-Wrac'h, qu'il devait contourner à chaque fois. À ce moment, le Diable apparut et lui proposa de construire un pont en un temps record, réclamant en échange l'âme de la première personne qui le traverserait. Le marché fut conclu.

Le lendemain matin, la surprise du meunier fut grande lorsqu'il découvrit l'ouvrage achevé ! Le Diable, voyant le meunier s'engager sur le pont les épaules chargées de sacs de farine, se frottait déjà les mains de satisfaction. Mais parvenu au milieu de l'édifice, le meunier s'arrêta net, dénoua un sac d'où s'échappa un chat terrorisé qui fila droit vers le Malin. Surpris par cette ruse inattendue, le Diable disparut en emportant avec lui sa colère et ses illusions.

Le Pont du Diable

Notice Historique : Le Motif du « Pont du Diable »

Les légendes de « ponts du diable » abondent dans toute l'Europe occidentale et particulièrement dans les régions celtiques et montagneuses. Elles traduisent l'angoisse ancestrale face à la maîtrise des éléments naturels et à la construction d'ouvrages d'art réputés surhumains au Moyen Âge. Le pacte méphistophélique, toujours contourné par la ruse humaine (souvent par le sacrifice d'un animal ou un stratagème d'esprit), illustre la victoire symbolique de l'intelligence paysanne sur les forces infernales.

Le Fossoyeur de Penvénan

C'est l'histoire d'un fossoyeur de Penvénan. Il était si vieux que l'on prétendait qu'il avait labouré au moins six fois le sol de son cimetière — entendez par là qu'il avait enterré successivement au moins six générations de défunts dans les mêmes parcelles exiguës. Cet homme connaissait ses morts à la perfection ; il pouvait deviner avec une précision effrayante le degré de décomposition de chaque dépouille. C'est dire combien son sinistre labeur était accompli avec une minutie macabre !

Un matin, le vieux fossoyeur fut mandé par le recteur du petit village breton : un certain Mab Ar Guenn venait de rendre l'âme. Le prêtre exigeait que la sépulture du défunt soit creusée à l'emplacement exact de la tombe d'un dénommé Roperz, inhumé cinq ans plus auparavant. Le vieux protesta vivement, répliquant qu'à cet endroit précis du champ clos, les corps se conservaient singulièrement et que Roperz ne devait pas encore être entièrement consumé par la vermine.

Le recteur ne voulut rien entendre et le contraignit à exécuter l'ordre. Le pauvre fossoyeur, fort mal à l'aise, prit sa pioche à regret. Dès le premier coup, il frappa si brutalement que l'outil transperça le cercueil vermoulu et éventra le cadavre. Désolé d'avoir ainsi profané le repos d'un de « ses » morts, le vieillard fit de son mieux pour replacer les dépouilles dans la décence, mais de retour chez lui, son cœur demeura lourd. Refusant toute nourriture, il alla s'aliter dans une angoisse noire.

À peine commençait-il à trouver le sommeil que la porte de sa chaumière s'ouvrit lentement. C'était le spectre du malheureux Roperz, venu réclamer des explications. Tremblant de tous ses membres, le fossoyeur implora son pardon en rejetant la faute sur l'intransigeance du recteur. Roperz lui accorda son absolution, mais à une condition impérative : le vieillard devait réparer cet outrage en faisant célébrer une messe pour le salut de son âme errante, et il exigeait que le paiement en soit acquitté de ses propres deniers. Le fossoyeur accepta de bon cœur. Avant de disparaître, le spectre lui souffla un avertissement capital : la messe devait impérativement être dite par le recteur en personne.

L'office fut célébré le mardi suivant par le recteur. Tandis que celui-ci prononçait son homélie, une silhouette diaphane glissa silencieusement derrière lui. Le fossoyeur reconnut aussitôt Roperz. Cet intermède spectral ne présageait rien de bon. En effet, sitôt la messe achevée, alors que le recteur traversait le cimetière pour regagner son presbytère, il s'effondra net, foudroyé sur le champ, puni pour avoir violé la paix des morts.

« Respecte la cendre de ceux qui t'ont précédé sur la terre, car la faux de l'Ankou ne fait point de distinction entre le prêtre et le pâtre. »
— Ancien Adage Breton
L'Ankou

L'Ankou

Dans un temps fort reculé, il existait une race de seigneurs terriens généreux, étrangers à l'orgueil et à l'égoïsme, qui trouvaient leur joie à soulager la misère des indigents. C'est l'histoire d'un riche paysan qui, mû par une bonté naturelle, avait instauré une noble coutume : chaque fois que l'on tuait un bœuf ou un pourceau en sa demeure, il se rendait à la messe dominicale pour inviter publiquement toute la populace à une grande ripaille fixée au mardi suivant.

Ce jour-là, il réitéra son appel coutumier, répétant à qui voulait l'entendre : « Venez tous ! Venez tous ! » Tandis qu'il parlait, la foule piétinait allègrement les dalles et les tertres du cimetière paroissial — mais qui, dans l'ivresse de la fête, se souciait de troubler le repos des trépassés ? Lorsque l'assemblée se dissipa, l'hôte entendit soudain une voix sépulcrale murmurer : « Irai-je aussi, moi ? »

Le bon paysan, dans sa large mansuétude, répondit sans hésiter que cet interlocuteur invisible était convié à l'instar de toutes les oreilles ayant intercepté son message, et qu'il serait le bienvenu. Le mardi venu, une foule innombrable déferla sur le domaine. Une fois les estomacs rassasiés et les bouches closes, un visiteur singulier se présenta. Il avait l'allure d'un mendiant misérable ; ses vêtements en lambeaux collaient à sa silhouette et répandaient une pestilence insoutenable de cadavre en décomposition.

Le généreux hôte lui fit immédiatement une place d'honneur et disposa devant lui une assiette débordante de victuailles. Pourtant, l'étrange convive ne toucha point à son repas et garda obstinément les dents serrées. Vers la fin de l'après-midi, les hommes sortirent fumer, les quelques femmes présentes se retirèrent pour deviser, et les convives commencèrent à prendre congé. Bientôt, il ne resta plus que l'homme au visage de cire.

Le bon paysan s'approcha de lui, l'exhortant à ne point se presser : puisqu'il était le dernier arrivé, il était en droit de prolonger les agapes plus longuement que les autres. L'étrange personnage se redressa alors lentement et secoua ses habits. À la stupeur générale, ce ne furent point des morceaux d'étoffe qui jonchèrent le sol, mais de hideux lambeaux de chair putréfiée exhalant une odeur de tombeau. La créature, n'étant plus qu'un squelette ambulatory, s'avança vers le maître de céans.

Elle posa une main glacée sur son épaule et lui rappela ses paroles prononcées au milieu du cimetière : il avait affirmé qu'il n'y avait point de convive de trop, mais un hôte avisé s'informe toujours de l'identité de ses invités. Néanmoins, en récompense de la charité dont il avait fait preuve envers l'Ankou, la faucheuse voulut lui témoigner un ultime égards : l'homme fut solennellement prévenu qu'il ne lui restait plus que huit jours à vivre. L'Ankou reviendrait le chercher le mardi suivant, bon gré mal gré, et il lui laissait cette huitaine pour mettre ses affaires spirituelles et temporelles en ordre. Comme il avait été dit, le brave paysan fut emporté par l'Ankou au terme du délai fixé ; la légende rapporte que sa largesse d'âme et sa piété lui valurent, malgré tout, de faire une belle et chrétienne mort.

Rédaction et recherches : Cathy
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