Pourquoi ils dévorent leurs ennemis
Ce n'est pas parce qu'ils manquent de vivres, mais par haine, qu'ils dévorent le corps de leurs ennemis. Pendant le combat, chacun crie à son adversaire : « Dete immeraya schermiuramme beiwoe » (Que tous les malheurs tombent sur toi, je vais te manger). « De kange juka cipota kurine » (Je te briserai la tête aujourd'hui). « Sche inname pepicke rescagu » (Je viens venger sur toi la mort des miens). « Yan de soo schemocken sera quora ossorime rire » (Je ferai rôtir ta chair aujourd'hui avant que le soleil soit couché).
C'est par inimitié qu'ils disent tout cela.
— Hans Staden, Warhaftige Historia (1557)
De leur religion
Leur idole est une espèce de calebasse, environ de la grandeur d'une pinte ; elle est creusée en dedans, ils y adaptent un bâton, y font une fente qui ressemble à une bouche, et y mettent ensuite de petites pierres, ce qui produit un certain bruit quand ils chantent ou qu'ils dansent. Ils la nomment tammaraka, et chaque homme a la sienne.
Il y a parmi eux des espèces de prophètes, qu'ils nomment pagé. Ceux-ci parcourent le pays une fois par an, entrent dans les cabanes, et prétendent qu'un esprit, venant d'une contrée éloignée, les a doués de la faculté de parler avec toutes les tammaraka.
Ces prophètes font évacuer entièrement une cabane. Ils ordonnent alors à chacun de leur apporter sa tammaraka, après l'avoir peinte en rouge et ornée de plumes, afin de leur donner le pouvoir de parler. Ils se réunissent ensuite dans cette cabane. Les pagé se placent à l'extrémité supérieure, et plantent leur tammaraka dans la terre devant eux. Chacun en fait autant de la sienne, et offre un présent aux prophètes en flèches, plumes, pierres à mettre dans les oreilles, etc., afin que son idole ne soit pas oubliée.
Quand ils sont réunis, ils prennent leur tammaraka à la main, et la parfument avec une herbe qu'ils nomment bittin. Le pagé la place ensuite devant sa bouche, la remue, et lui dit dans sa langue : « Nee cora » (Parle et fais-toi entendre, si tu es dedans).
Il lui parle ensuite si bas que je n'ai pu entendre si c'est la tammaraka ou l'Indien qui parle ; mais les Indiens croient que c'est l'idole qui parle. Le pagé les prend toutes les unes après les autres, et fait la même chose. Ensuite, tous les prophètes les excitent à aller faire la guerre et à faire des prisonniers, les assurant que l'esprit qui habite la tammaraka a envie de manger de la chair humaine.
Quand le pagé a fait des dieux de tous ces grelots, chacun emporte le sien, lui fait une petite cabane, l'appelle « mon cher fils », lui offre à manger, et l'invoque toutes les fois qu'il veut en obtenir quelque chose. Ils croient que le ciel et la terre ont toujours existé.
Ils disent qu'autrefois il y eut une grande inondation, que tous leurs ancêtres furent noyés, excepté quelques-uns qui réussirent à s'échapper dans leurs canots ou en montant sur de grands arbres. Je pense qu'ils veulent parler du déluge.




