LE GRAND DIEU PAN

Par Tantale


Une Expérience


Cette partie du roman peut-être considérée comme la clef de l'énigme. C'est l'instrument du lecteur tout au long du récit ; elle amorce une réflexion future. Une expérience a lieu dans la maison de campagne d'un docteur, le Docteur Raymond, qui passe pour un savant fou à son époque. Cette maison est située dans une vallée profonde, en pleine nature. C'est la tombée de la nuit. Le Dr Raymond a décidé de "faire voir le Grand Dieu Pan" à sa fille adoptive Mary, qu'il a sauvé de la misère quand elle était jeune. Son expérience consiste à forcer la patiente à voir le monde dans sa totalité, par une vision libérée des illusions qui nous masquent la Réalité.
Clarke, un gentilhomme londonien, assiste à l'expérience, non sans curiosité. Elle a lieu dans le laboratoire du docteur. Mary s'assoit sur un siège inquiétant, le docteur l'endort, pratique une infime incision à la surface de sa cervelle, elle se réveille peu à peu… Le problème, c'est qu'après quelques secondes de lucidité, la jeune fille sombre dans la folie pure : contempler le dieu Pan n'est pas permis à n'importe qui. On peut pourtant supposer que le docteur avait connaissance des conséquences de l'expérience: Oui, c'est grand dommage, elle est idiote irrémédiablement. Mais c'était inévitable, et, après tout, elle a vu le Grand Pan.
La première partie s'achève à ce moment précis. Quelles conclusions tirer alors pour la suite de l'histoire?

Mémoires de Mr Clarke


Dans cette partie, on en apprend plus sur Mr Clarke, un des personnages les plus importants du roman. Il nous montre ici les deux côtés apparement contradictoires de sa personnalité. En effet, il apparaît d'une part comme étant un individu sceptique et rétif à tout événement irrationnel, mais d'autre part, il est très curieux. Ce trait essentiel est éventuellement dû au fait qu'il a assisté à l'expérience du Dr Raymond il y a une dizaine d'années. L'opposition curiosité / prudence: voilà un axe souvent utilisé par Machen dans ses nouvelles.. Qu'on songe par exemple à l'opposition des caractères des héros d'une autre nouvelle, la Pyramide de Feu.
On apprend donc au début de cette partie que Clarke tient un journal,qu'il nomme modestement Mémoires pour prouver l'existence du diable, dans lequel il a compilé toute sorte de récits étranges qui sortent de l'ordinaire, dont un plus particulièrement qu'il est en train de lire, raconté par un de ses amis, le Dr Phillips.
C'est le récit d'une petite fille, nommée Hélène Vaughan, adoptée par un fermier qui vécut dans un village sur la frontière du pays de Galles. Cette petite fille de 12 ans était en fait la fille mystérieuse de Mary. Elle fut certainement déposée au village par le Dr Raymond. Elle sema la folie dans le village et ses environs en traumatisant bizarrement deux autres jeunes enfants, Rachel M. et Trevor W.(les noms ne sont pas donnés). On a appris de la bouche des deux enfants qu'Hélène passait son temps à jouer dans la forêt avoisinante avec l' homme du bois, peut-être un satyre ? Le récit se termine sur la fuite de l'enfant qui par pour Londres.

La cité des résurrections


Cette partie du récit se déroule à Londres.
Villiers, un des amis de Clarke, rencontre un ancien camarade de collège, Charles Herbert, au détour d'une ruelle, en train de faire l'aumône, situation assez inhabituelle pour le gentilhomme fortuné qu'il était. Villiers invite Herbert chez lui ; celui-ci lui raconte son histoire.
Il s'est marié avec une femme fatale, qui lui a pris ses biens mais surtout lui a volé son âme. Cette femme, c'est Hélène Vaughan, devenue une dame de la haute société à Londres.
Quelques jours après, Villiers rencontre une connaissance, Austin, très au courant de l'étiquette londonienne. Quand il l'interroge sur Herbert, Austin lui compte une curieuse histoire.Il y a trois ans, un homme a été retrouvé mort, une expression de terreur ultime sur son visage, devant la maison du 20, Paul Street.Cette maison appartenait à Charles et Hélène Herbert (ou Hélène Vaughan), sur qui couraient alors d'étranges rumeurs dans le voisinage,rumeurs qui n'ont jamais abouties à une enquête sérieuse de la part de la police.

Découvertes dans Paul Street


Villiers rend visite à Clarke,pour discuter du cas Herbert. Après avoir eu la connaissance de la découverte d'un cadavre devant une des demeures de Paul Street (voir plus haut), il décide d'aller visiter la maison en question, abandonnée par ses anciens locataires, les Herbert.
La maison est à louer et il se fait passer pour un client potentiel. En visitant, il est pris d'un curieux malaise: Il est certain que toutes les maisons vides sentent le moisi ou quelquechose d'approchant ; mais ceci était tout à fait à part, je ne puis le décrire ; la respiration en paraissait paralysée.. Dans une des pièces de la demeure, il déniche en fouillant dans une pile de journaux vieillis un croquis à l'encre de Chine, à la vue duquel il tombe d'effroi et rentre chez lui, non sans l'emporter. Il doit ensuite garder le lit durant quelques jours, séjour pendant lequel il apprend la mort de Charles Herbert dans un journal.
On en apprend plus ici sur la personnalité de Villiers, chez qui la curiosité et l'attirance pour l'étrange est beaucoup plus présente que chez Clarke. Villiers apparaît aussi comme un homme de terrain, qui n'hésite pas à aller enquêter par lui-même, tandis que Clarke se contente de réunir des informations dans ses Mémoires.
Après avoir entendu le récit de Villiers, Clarke décide d'un accord commun d'orienter les recherches vers l'ex-épouse d'Herbert. Il est lui aussi frappé à la vue du dessin, qui représente Md Herbert (Hélène Vaughan).

La lettre d'avis


Dans cette partie, on en apprend un peu plus sur les activités d'Hélène Vaughan. Austin et Villiers se promenent le long de Picadilly à Londres tout en discutant des Herbert. Austin apprend donc la suite de l'histoire telle que Villiers l'a vécu. Celui-ci lui révèle aussi que Clarke lui a conseillé d'oublier toute l'histoire.
Au détour d'une rue, les deux promeneurs passent devant la maison d'une dame londonienne, Md Beaumont, qui n'est autre que Mde Herbert ayant encore changé de nom. On apprend qu'elle est de nouveau courtisée, cette fois par Lord Argentine, un autre personnage de la vie londonienne, qui est souvent invité à passer des soirées chez elle.
Villiers est invité chez Austin qui est un collectionneur confirmé d'objets étranges. Celui-ci lui montre un cahier de dessins remplis de peintures étranges (satyres, Aegypans, faunes représentés en pleines bacchanales) dans lequel Villiers reconnaît le portrait de Md Herbert, qu'il a déjà observé,en dernière page…

Les suicides


Le début de cette sixième partie commence sur un ton impersonnel. Machen narre une épidémie de suicides qui s'est abattue sur Londres. Plusieurs personnalités sont retrouvées mortes, s'étant suicidées. Parmi elles, Lord Argentine. La cause des suicides reste cependant inconnue. La seule chose que l'on sait, c'est que tous les morts connaissaient plus ou moins Md Beaumont.
On a aussi la première description de Md Beaumont. Elle a tout une cour auprès d'elle, et je suppose qu'elle serait très belle, s'il n'y avait pas dans sa physionomie quelque chose que je n'aime pas. Les traits sont exquis, mais l'expression est inatendue. (Austin parlant à Villiers).
Villiers apprend à Austin que pendant une promenade nocturne, il a entraperçu Mr Crashaw, un des futurs suicidés, sortir d'une des maisons près de Regent's Park, une expression de terreur inouïe peinte sur son visage. Cet homme a été retrouvé mort quelques heures après,pendu à un arbre de son jardin.
A la fin de cette partie, désirant éclaircir la vague des suicides, Villiers décide d'enquêter plus en profondeur sur Md Beaumont.

Le rendez-vous dans Soho


L'action se passe principalement dans Soho, quartier mal famé de Londres à l'époque. Villiers a suivi Md Beaumont jusque dans ce quartier, a enquêté sur elle là-bas et non pas dans les beaux quartiers londoniens. Il expose ensuite ses conclusions à Austin. Villiers a enfin découvert que Md Beaumont et Hélène Herbert/Vaughan ne faisaient qu'une.
Elle est arrivée dans Soho à l'âge de 18 ans sous le nom de Raymond (rappelez-vous le docteur de la première partie) et après avoir vécu là un an, elle a subitement disparu. Toujours est-il qu'elle ne jouissait pas d'une très bonne réputation dans Soho. On ne la retrouve qu'ensuite dans l'histoire de Paul Street. Villiers sait que peu de temps après, elle commença à revenir dans son ancien quartier, et qu'elle y accomplissait des actes étranges dans les maisons qu'elle y louait.
Après avoir fait cette découverte et l'avoir annoncée à Austin, Villiers lui avoue qu'il a décidé de détruire, avec l'aide de Clarke, l'abomination que représente Md Beaumont.

Fragments

Cette partie est écrite à la façon d'un épilogue, servant de conclusion à l'histoire, restée en suspens à la fin de la septième partie. On touve beaucoup de ce type de dénouements dans les nouvelles de Lovecraft, qui ne cache pas avoir pour inspirateur principal Arthur Machen.
La note du début de cette partie a été retrouvé parmi les papiers du Docteur Robert Matheson, médecin d'Ashley Street (qui devait donc surement connaître Md Beaumont), mort en 1892. Dans cette note, il a décrit la mort abominable de Md Beaumont, la fille de Mary. Le court récit se termine par :…Et l'indicible apparence, homme et bête, repris forme humaine, et la mort vint enfin. A vous de lire la nouvelle si vous voulez une description plus précise…
A la fin de l'histoire, Clarke a décidé de vérifier l'authenticité du récit qu'il a inscrit dans ses Mémoires. Il se rend donc au village situé sur la frontière du pays de Galles, qui à l'époque romaine, se nommait Caermaen. Il découvre là-bas l'ancien emplacement d'un temple romain, sur lequel les enfants avaient sûrement l'habitude de venir jouer, avant que deux d'entre-eux ne sombrent dans la folie…


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