27 janvier 2001


La peur du loup, toujours vivante en France


PARIS, 27 jan (AFP) - Le loup, au coeur du film le "Pacte des loups" qui sort mercredi, suscite toujours la peur en France, bien que les "hordes" se résument aujourd'hui à une quarantaine de bêtes surtout présentes dans les Alpes.
Manifestations d'éleveurs en colère, pétitions, loups empoisonnés, mise en scène macabre d'un cadavre de loup suspendu à un arbre et portant l'écriteau "ras le bol du loup", appel à des battues : la liste est longue des manifestations de cette haine viscérale.

Nous nourrissons en occident une peur irrationnelle du loup, qui date de la christianisation de l'Europe. Le religion chrétienne est celle de l'agneau, par opposition au loup qui incarne le sauvage, la sexualité, le diable, explique Geneviève Carbone, ethnozoologue et auteur de "La peur du loup" (Découvertes Gallimard).

Après la révolution française, la traque du loup prend un tour systématique, avec la revalorisation des primes et l'extension du droit de chasse. 1.500 à 2.000 loups sont tués chaque année entre la fin du 18e siècle (l'époque de la bête du Gévaudan) et le début du 19e. Les primes culminent en 1882. L'espèce, estimée à cette époque entre 5.000 et 15.000 loups, est peu à peu exterminée.

Le loup, totalement disparu de France depuis les années trente, réapparaît dans l'arc Alpin à partir de 1992, en provenance d'Italie. Ce retour du loup s'observe également en Suisse (à partir de l'Italie également) et en Allemagne, à partir de meutes présentes en Pologne. Un loup a également été repéré dans les Pyrenées orientales, où il est arrivé il y a deux ans en provenance du Mercantour. Le loup est capable de couvrir d'énormes distances, souvent 70 km en 24 heures.

la goutte qui fait déborder le vase

Techniquement on sait très bien protéger un troupeau, pour aboutir à des pertes quasi nulles, mais la position de certains éleveurs est quasiment éthique: ils refusent ce retour du sauvage sur l'alpage, considéré comme un espace domestique, témoigne Geneviève Carbone

Le loup occasionne pourtant moins de dégats (5.250 animaux indemnisés entre 1993 et 1999) que les chiens, responsables de 20.000 morts par an dans les Alpes, mais "l'imaginaire du loup est bien différent de celui du chien", souligne Geneviève Carbone.

Les pertes dues aux loups sont également minimes au regard des pertes naturelles, soit 25.000 brebis pendant les quatre mois d'estive chaque année, relève Florence Englebert de France Nature Environnement (FNE), une fédération d'association écologistes. Mais pour les éleveurs français, confrontés à une rude concurrence de la Nouvelle-Zélande et de la Grande-Bretagne, le loup est la goutte qui fait déborder le vase.

Le retour de cette espèce exterminée par leurs ancêtres est vécue comme un camouflet, beaucoup d'opposants étant persuadés que le retour n'est pas naturel mais imposé par des écolos-citadins, explique FNE.

Espèce protégée, le loup se reproduit peu, au rythme de 4 à 5 louveteaux chaque année par meute, soit une quinzaine de petits par an. La moitié ne dépassent pas leur première année, et une dizaine au moins ont été tués par l'homme depuis 1992.
La population de loups augmente donc au plus de quelques unités par an, estime Mme Englebert. Pas de quoi crier au loup.

Source AFP





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