5 oct 2000 (AFP)


NAIROBI, Trois meurtres d'enfants provoquent hystérie collective et lynchages


Mardi, un homme de 62 ans marchait main dans la main avec sa petite-fille de 8 ans dans le bidonville de Korogocho, racontent les journaux. Des femmes assises au bord de la route ont hurlé au kidnappeur et, aussitôt, une foule d'hommes armés de machettes et de barres de fer s'est ruée sur lui et l'a lynché devant sa petite-fille, malgré les supplications de cette dernière.

Dans la cohue, une femme a été frappée à mort à coups de machettes et la police, en intervenant, a tué par balles un marchand de chèvres de 29 ans, selon le quotidien Nation. Six autres personnes, tailladées à coup de machettes, ont été hospitalisées et les émeutes ont duré toute la journée.

Korogocho est en émoi depuis le 28 septembre, lorsque la petite Esther Atieno, enfant du bidonville, a été retrouvée éventrée, violée et mutilée, gisant encore vivante dans un champ de maïs tout proche. La fillette de 5 ans, décédée à l'hôpital, avait disparu depuis trois jours.

C'est le seul cas dont nous pensons qu'il est lié à des rites sataniques, expliquait alors à l'AFP le commissaire Nemwel Mochache, qui commande le poste de police de la zone. "Nous traitons toujours cette affaire comme un meurtre mais nous avons trouvé près du corps des opuscules de rituels d'adoration du diable", confie l'officier. Le jour de la découverte macabre, une foule déchaînée avait déjà tenté de lyncher un homme qu'elle accusait d'enlever des enfants.

La rumeur, toujours elle, avait couru que des lambeaux de chair humaine avaient été retrouvés près du corps, ce qu'a strictement démenti à l'AFP le commissaire Mochache. Depuis le meurtre d'Esther, le quartier de Korogocho vit des émeutes quotidiennes.

Deux jours plus tard, près de là, la police découvrait le corps de la petite Phyllis Nguve, 6 ans, également tuée dans des conditions atroces, et dimanche, Jackline Wangari, 10 ans, était retrouvée morte, le corps dénudée, dans la zone d'Eastlands, les quartier pauvres de la capitale.

Mercredi, au deuxième jours d'émeutes opposant la police, qui tire désormais régulièrement en l'air, à des hommes et femmes chassant les "adeptes du diable", un autre homme a été lynché parce qu'ils se promenait aux côtés de deux enfants, et son corps a été réduit en cendres, selon les quotidiens de la capitale. Peu après, deux femmes ont échappé de justesse au même sort, sauvées in-extremis par la police: la première offrait des bonbons à un enfant, la deuxième --rumeur ou non, colportée par les journaux ?-- aurait été surprise par la foule avec un sac contenant des restes humains.

La rue bruit de récit d'enlèvements d'enfants, y compris dans des écoles à Mombasa, sur la côte kenyane, repris aussitôt par les journaux, et démentis le lendemain par les directeurs d'établissements ou autres responsables.

L'UNICEF à Nairobi a aussi, en quelque sorte, contribué à la rumeur. "Des informations indiquent que des tueurs en série ont enlevé entre 30 et 50 enfants dans Nairobi et ses environs en un an", affirmait l'agence de l'ONU dans un communiqué alarmiste mardi. "Même si des chiffres précis ne sont pas disponibles"..., reconnaissait-elle entre parenthèses.

Je ne sais pas d'où ils tiennent ces chiffres, s'étonne auprès de l'AFP le porte-parole de la police Peter Kimanthi, affirmant que rien ne lie les enlèvements aux récents meurtres. Ils sont fous, lâche-t-il.

En août 1999, le rapport d'une commission d'experts nommée très officiellement par le président Daniel arap Moi et dirigée par un évêque catholique avait été rendu public par la presse sur les pratiques des adorateurs de Satan au kenya, qu'elle estimait nombreux. Il livrait ainsi à la vindicte populaire, pêle-mêle, les gens arborant certains types de vêtements ou de signes, se réunissant la nuit, conduisant de coûteuses limousines ou bien franc-maçons, entre autres.

Sources Yahoo!





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