Lundi 15 Octobre 2001


Un crime "rituel" sordide trouble Lambaréné


LAMBARENE (Gabon), 15 oct (AFP) - La découverte voici déjà plusieurs mois d'un cadavre horriblement mutilé à Lambaréné continue de jeter le trouble au sein de la population de cette capitale provinciale du Gabon, où l'on dénonce l'existence de sacrifices humains destinés à la fabrication de puissants fétiches.

Rendue célèbre par le docteur Albert Schweitzer au début du siècle, cette bourgade tranquille de 20.000 habitants, traversée par le fleuve Ogooué et encerclée par un enchevêtrement de lacs et de forêt équatoriale, bruit depuis de rumeurs.

"Il n'y a pas de doute que c'est un crime rituel. On lui avait découpé les organes génitaux et les yeux", raconte un témoin, incapable d'oublier l'état dans lequel les gendarmes ont repêché en mars dans un lac le corps de Mathieu Tokpanou, un Béninois venu à Lambaréné rendre visite à son frère Paul.

"Les organes prélevés, que l'on appelle couramment des +pièces détachées+, servent à la confection de fétiches censés d'autant plus puissants que la victime a souffert quand on la mutile vivante", explique une source proche de l'enquête ayant requis l'anonymat.

Saisie de l'affaire, la gendarmerie interpelle rapidement le frère de la victime et un notable gabonais local, soupçonné depuis des années par la rumeur de pratiques de sorcellerie.

L'incarcération des deux hommes à la fin mars et l'ouverture d'une instruction pour "assassinat" par le tribunal de Lambaréné ne rassurent pas les habitants qui soupçonnent de "hautes autorités" de vouloir étouffer l'affaire.

Car le notable, un ancien député de la province à l'époque du parti unique, n'est autre que le beau-frère d'un ministre de premier plan toujours en activité. La mutation du directeur de la prison locale, peu de temps après un passage peu discret du ministre à Lambaréné, n'a pas contribué à apaiser les esprits.

Les habitants de Lambaréné se sont alors mobilisés pour que les suspects ne soient pas remis en liberté provisoire.

"Une centaine de personnes ont manifesté devant la maison du gouverneur pour lui remettre un cahier de revendications", se souvient un chef de quartier.

"Si les gens ont marché, c'est que ce n'est pas la première fois que ce notable est soupçonné de crime rituel et que la victime aurait très bien pu être un Gabonais", ajoute un conseiller municipal.

Une première demande de mise en liberté des deux suspects a été rejetée par le tribunal de Lambaréné. Elle doit être examinée en appel dans la capitale Libreville à une date encore inconnue.

Les autorités locales, peu disertes sur l'affaire, se refusent à parler de crime rituel, même si tout le monde s'accorde à dire que ce genre de pratique existe véritablement.

"En trois ans, je n'ai vu que deux personnes victimes de crime rituel, mais nous avons au moins deux ou trois disparitions suspectes chaque année", assure un policier local.

Les crimes rituels ne sont d'ailleurs pas le fait de cette seule région. Des disparitions dans la capitale Libreville, ses environs, ou le reste du pays sont régulièrement dénoncées par la presse.

Après une affaire de sacrifice au nord de Libreville, révélée fin septembre par l'hebdomadaire indépendant Le Nganga, le quotidien pro-gouvernemental L'Union vient d'évoquer vendredi la disparition d'un garçon de 11 ans, dont on n'a retrouvé que les vêtements dans une clairière.

L'approche des élections législatives en décembre prochain ne rassure guère les Gabonais car ces périodes d'incertitude politique sont considérées comme "propices" à l'usage des fétiches pour favoriser le verdict des urnes.

Source AFP







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