La maîtrise des forces qui composent son être et la passion des choses cachées ou soustraite à la connaissance de nos générations par ce temps assassin sont la sève alimentant l'arbre Seignollien.

ElricWarrior


Le Retour à Tiburiac


(...) Toute la soirée, et malgré la satisfaction qu'elle devait secrétement éprouver, elle ne montra nulle ivresse de joie, ni aise de plaisir. On l'eût dite anéantie par tant de bonheur. Et lorsque, montés à notre chambre nuptiale, tard, très tard, nous fûmes enfin livrès l'un à l'autre, elle se jeta à mes pieds, m'étreignit les jambes et eut d'amères et incompréhensibles sanglots. Je la relevai tendrement et la déposai sur notre lit : ce parterre de dentelles et de broderies, où passait la fragrance de quelques secrètes lavandes.

Je la relevai tendrement et la déposai sur notre lit : ce parterre de dentelles et de broderies, où passait la fragrance de quelques secrètes lavandes. Elle m'attira et se blottit entre mes bras, me montrant qu'elle avait peur ; qu'il fallait que je la protège ; que je pouvais tout pour elle ; que...

Mais, grisé et fouetté par son comportement de petit animal craintif, je commençai à la dévêtir. Sa peau était aussi douce que ses pleurs. Je frôlai de mes lèvres son cou qui dégageait une légère senteur poivrée. M'attardai à goûter ses joues, veloutées d'un duvet de frissons. Parvins à sa bouche qu'elle me refusa d'abord en détournant la tête, mais qui je conquis et qui me rendit ardemmet mes baisers.

Embrassai ses paupières closes ; ses cheveux qui gardèrent mon souffle. Je l'avais toute à moi. Elle acceptait enfin l'échange de nos désirs. Soudain, elle eut un cri de détresse si terrible que d'un bond, je m'écartai d'elle. Effrayé, je la regardai. Elle restait allongé, mais ses yeux me fixaient, comme atteints de folie, et exprimaient le vertige d'une lutte telle, qu'un violent frisson me traversa... Ses doigts agrippèrent le drap en une prise féroce... De sa gorge sortit une plainte, un râle qui se gonfla jusqu'à l'ettoufer ... Convulsée par un spasme furieux, elle fit le geste de me saisir à la gorge, mais ses bras retombèrent, la vie brusquement coupée en elle ...

Alors... alors, je mordis mes poings jusqu'au sang afin de ne pas hurler de ce que je vis en un instant ... Elle se raidit...Sa peau se flétrit... verdit... se creva çà et là, laissant l'os apparaître dans une puanteur croissante, si fétide qu'elle m'écroula de nausées... Je vis ses traits se fondre en une infecte boule putride, son crâne surgir, puis ses vertèbres, ses côtes... Et Dieu me fut bon, qui m'avait arrêté de la dénuder completement, sinon j'aurai vu se crever son ventre pourri que sa robe virginale, de satin et de soie, garda au secret de l'horreur... Mais l'étoffe vieillit à son tour, comme de plusieurs siècles, et il n'y eut plus sur ma couche souilée que ces macabres restes d'os blanchis, enveloppés d'une sorte de sac flétri semblable à ceux du "Trou aux Huguenots "...


Récits Cruels, Editions Gérard & Cie, 1967