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L'exécution de Ruth Snyder par électrocution



Ruth Snyder

Ruth Snyder était accusée du meurtre de son mari, pour sa défense, elle avait invoqué la vie insupportable qu'il lui faisait subir. L'affaire provoque un débat passionné sur la peine de mort, dont s'emparent les abolitionnistes et les féministes, Depuis que la chaise électrique a remplacé la pendaison , presque toutes les femmes condamnées à la peine capitale ont été graciées. Mais le recours de Ruth Snyder a été rejeté, sans doute parce que son crime a marqué les esprits par sa brutalité; un assassinat de mari, avec l'aide de l'amant, qui tourne à la boucherie… Du fond de sa cellule, Ruth Snyder avait reçu quelque 2500 lettres de femmes la félicitant de s'être soulevée contre la domination de son mari, ainsi que 164 demandes en mariage...



"Exécution de Ruth Snyder". Cette photo de Tom Howard a fait la une du quotidien New York Daily News, le 13 janvier 1928.

"Le 12 janvier 1928, l'exécution de Ruth Snyder par électrocution se déroule comme prévu à 23h 01, au pénitencier de Sing Sing, dans l'état de New-York. Ses derniers mots sont ceux de Jésus sur la croix : « pardonnez-leur, mon père, car ils ne savent pas ce qu'ils font »… Depuis que la chaise électrique a remplacé la pendaison au milieu des années 80, presque toutes les femmes condamnées à la peine capitale ont été graciées. Mais le recours de Ruth Snyder a été rejeté, sans doute parce que son crime a marqué les esprits par sa brutalité; un assassinat de mari, avec l'aide de l'amant, qui tourne à la boucherie… Au jour J, une vingtaine de témoins assistent à la mise à mort, parmi lesquels de nombreux journalistes. Si ces derniers sont acceptés, les photographes, eux, n'ont aucune autorisation d'accès. Pourtant, le matin du 13 janvier, c'est la stupeur : le New York Daily News publie à la une un cliché qui montre Ruth Snyder sur la chaise électrique. Si la photo est un peu floue, c'est qu'elle a été prise à l'instant où le corps a reçu la décharge… L'émoi est vif et de nombreux lecteurs se disent choqués. Il n'empêche. Ce jour là, le quotidien doit procéder à un tirage supplémentaire de 750 000 exemplaires !



A la une du Daily News, le 13 janvier 1928

Pour les dirigeants de l'état et de la prison, l'énigme est de taille. D'où sort cette photo ? Comment son auteur a-t-il pu agir avec autant de discrétion ? En fait, le « coup » a été préparé de longue date.

Dès l'annonce du jour de l'exécution, quelques mois auparavant, le rédacteur en chef du Daily News a fantasmé sur cette photo et examiné les données du problème. Pas question d'entrer dans la chambre d'exécution avec un appareil photo sous le bras, il serait immédiatement confisqué. Pas question, non plus, d'envoyer un photographe du journal local, les policiers du coin le reconnaîtraient forcément. L'idée s'impose alors d'elle-même : il faut aller chercher un photographe ailleurs, qui se fera passer pour un rédacteur, et l'équiper d'un appareil caché.

A un mois du jour fatidique, Tom Howard, photographe au Chicago Tribune débarque à New-York et s'installe à l'hôtel, tous frais payés par le Daily News. Il va passer les semaines qui restent à tester un appareil miniature qui a été modifié pour l'occasion : il fonctionne sans film, sur le principe d' une plaque de verre. Mais Howard s'exerce surtout à remonter la jambe de son pantalon et viser dans la bonne direction, car l'objet interdit sera fixé sur sa cheville, un cordon remontant tout le long de la jambe jusqu'à un déclencheur, qui sera caché dans sa poche.

Le 12 janvier, le photographe se présente à Sing Sing bien avant les autres témoins. Il veut être parmi les premiers afin de choisir la meilleure place. A l'heure dite, il fait son travail. Dehors, deux voitures du journal sont prêtes à démarrer: l'une pour rapporter la photo au plus vite, l'autre au cas où le premier véhicule tomberait en panne… C'est dire la valeur que le Daily News attache à cette image !

On ne saura jamais rien de l'état d'esprit d'Howard à ce moment précis. Jusqu'à ce qu'il décède, en 1961, la une du quotidien restera accrochée au mur de son salon, mais il refusera systématiquement d'aborder la question. Ce qui est sûr, c'est que cette photographie est, de toute sa carrière, la seule qui lui aura permis de sortir de l'ombre. Au moment de l'affaire, l'état de New-York menace d'entamer des poursuites contre Howard et le Daily News. Finalement, il n'en fera rien. Le journal tente de se justifier en arguant que la photo peut décourager des personnes qui seraient sur le point de commettre un assassinat. De leur côté, les abolitionnistes se servent de cette image sensationnelle pour illustrer la monstruosité de la peine capitale.

Il y a les pour, les contre, et quelques décennies plus tard, le débat n'est pas clos. Car le regard, ici, est soumis à une double indignation : celle que suscite la mise à mort d'un être humain, et celle qu'engendre le manque de scrupule d'une presse à sensation. Plus de 80 ans après sa publication, cette photographie volée reste considérée comme la première image scandaleuse du photojournalisme. Sollicité par le magazine « Photo », il y a quelques années, pour élire sa « photo du siècle » le photographe Peter Beard avait choisi ce cliché et le commentait en ces termes : « Cette image violente, oubliée et émouvante, m'a particulièrement frappé. Voyeurisme cruel ! ». L'appareil utilisé par Tom Howard appartient désormais au Smithsonian, le musée national d'histoire américaine. Le New York Daily News le lui a offert en 1963." (S.Nicolet)

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