Guillotin et la guillotine

Il y a eu cent ans, le 26 mars dernier, que mourait le Dr Guillotin, dont la très réelle valeur comme médecin ne lui eût acquis qu’une célébrité peu étendue, si, le 10 octobre 1789, il n’eût présenté une motion relative à la peine de mort.

Avant la guillotine, la pendaison et la décapitation étaient les deux supplices en vigueur ; la pendaison était infamante, la décapitation était réservée aux crimes d’État et passait pour ne pas entacher l’honneur de la famille du condamné. Guillotin, désireux de faire disparaître cette inégalité dans le châtiment, fit si bien que l’attention publique fut éveillée dès 1789 et que le 1er décembre de cette même année, il soumettait à l’Assemblée constituante un vœu dont le premier article était ainsi conçu : « Les délits du même genre seront punis par le même genre de peine, quel que soit le rang du coupable ».

La discussion fut vive, Guillotin fit une peinture aussi pittoresque que sensible des supplices effrayants qui se sont perpétués jusque dans le siècle de l’humanité : « les gibets, les roues, les échafauds, les bûchers, supplices barbares, imaginés par la barbarie féodale », il a conclu à ce qu’il n’y eût désormais qu’un seul supplice du même genre pour tous les crimes. Quel que soit un coupable, il est assez puni par la mort et la société est assez vengée en le vomissant de son sein ».

Après avoir posé le principe, il se prononça pour la décapitation. Enfin, pour adoucir cette peine le plus possible, il proposa l’adoption d’un instrument qu’il décrivit et qui, malgré lui, devait porter son nom.

L’abbé Maury s’opposa bien à la motion et déclara prophétiquement qu’il était dangereux d’accoutumer le peuple à la vue du sang. Mais ce fut inutile ; sur l’insistance du duc de Liancourt, l’article qui posait le principe de l’égalité de la peine fut voté à l’unanimité.

L’appel des condamnés, à Saint-Lazare, par Tony Johannot

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L’idée était lancée et avant même que l’Assemblée eût décidé si les criminels seraient ou non décapités, Les Actes des Apôtres, organe royaliste très violent contre les révolutionnaires, chansonnèrent Guillotin, sur l’air du menuet d’Exaudet :

Guillotin,

Médecin,

Politique,

Imagine, un beau motif.

Que pendre est inhumain

Et pas patriotique !

Aussitôt

Il lui faut

Un supplice

Qui, sans corde ni poteau,

Supprime du bourreau

L’office.

Le Romain

Guillotin

Qui s’apprête,

Consulte gens de métier,

Barnave et Chapelier,

Plaise le coupe-tête,

Et sa main

Fait soudain

La machine

Qui simplement nous tuera

Et que l’on appellera

Guillotine !.

Un certain ressort caché

Tout à coup s’étant lâché,

Fait tomber,

Fait sauter,

Fait voler la tête !

C’est bien plus honnête !

La chanson porta malheur au chansonnier, car après avoir mis en vers la guillotine, à son tour, elle le mit en pièces.

En tout cas, elle donna au pauvre Guillotin une célébrité dont il se serait bien passé. A partir de ce jour, écœuré des plaisanteries macabres dont sa proposition était devenue l’objet, il n’eut plus qu’à se taire.

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