Un chat qui aurait vu un fantôme

Nous reproduisons volontiers, après les Annales des Sciences psychiques, et avec son commentaire, la partie essentielle d’un curieux article. « On sait que les psychistes admettent généralement que les animaux sont souvent des « royants », dans la signification médiumnique du mot ; M. E. Bozzano a même présenté aux lecteurs des Annales des Sciences psychiques, il y a quelques années, toute une série de faits de cette classe. Maintenant, M. G. Llewellyyn, un auteur anglais très estimé, apporte dans un des derniers numéros de l’Occult Review, de Londres, sa contribution personnelle à l’étude de la question.

« M. G. Llewellyn commence par prévenir les lecteurs qu’il n’est spirite et qu’il ne sait rien du spiritisme, seulement on lui a dit de différents côtés qu’il est un « sensitif ». Il n’a jamais assisté à des séances médiumniques, ti n’a jamais lu des livres ou revues traitant de ces questions jusqu’à ces tout derniers temps. »

Comme journaliste, très occupé — continue-t-il — je suis généralement si las lorsque je me couche — toujours bien après minuit — que je tombe endormi presque immédiatement, et je dors plusieurs heures sans interruption.

Une nuit que je n’oublierai jamais, j’étais dans mon état ordinaire de santé, très tranquille; j’avais soupé comme d’habitude. J’étais couché depuis peu et je me trouvais dans ce doux état d’esprit qui constitue le demi-sommeil. La chambre était plongée dans la plus complète obscuration, puisque j’avais éteint la lumière électrique et j’avais tiré les rideaux amples et épais, qui couvraient les deux grandes fenêtres. Mon petit chat, qui dormait toujours sur mon lit, s’y trouvait comme d’habitude, et dormait paisiblement.

Pendant que je me tenais ainsi, les yeux à demi clos, je vis apparaître soudain en haut de la paroi, à droite (le côté où j’étais tourné), un long trait de lumière, d’un bleu clair et charmant. Il se mouvait dans la direction de la fenêtre de droite, et je le regardais d’un œil fasciné.

« Que c’est étrange ! » — pensais-je. Je n’ai jamais vu le clair de lune entrer de cette façon quand ces rideaux sont fermés ; et puis, c’est un bleu qui n’est pas celui du clair de lune — et il se meut d’une façon si bizarre… Qu’est-ce que cela peut bien être ?… Mais naturellement ça doit être un clair de lune, et peut-être y a-t-il des nuages qui passent sur la lune ? »

La lumière, d’un bleu que je n’avais jamais vu auparavant et que je n’avais jamais vu depuis, continuait à errer dans la chambre, toujours du même côté, près du plafond, et je regardais simplement le haut de la porte, sur laquelle pendait une lourde portière rouge, comme si la lumière avait pu traverser une muraille !

Enfin je sautais du lit, j’ouvrais les rideaux et les volets et je regardais par la fenêtre. Mon regard étonné ne rencontra qu’une obscurité impénétrable. Pas de lune, pas une étoile, pas la moindre clarté ! Je ne pouvais voir ni la route, ni la rangée d’arbres qui s’y trouvait — rien. Les lanternes des rues sont éteintes de bonne heure dans la localité que j’habite, et l’obscurité était absolue.

« Pouvait-ce être quelqu’un avec une lanterne ou un projecteur ? », me demandai-je, encore étonné, eu revenant à mon lit. Je n’étais pas du tout apuré et l’idée ne m’était pas venue qu’il pût y avoir en tout cela quelque chose de surnaturel.

Pendant que je me torturais ainsi la cervelle, le chat sauta tout à coup en bas du lit, le poil tout hérissé, les yeux étincelants, et d’un bond il fut à la porte, où il commença à griffer rageusement la portière, tout en émettant les cris les plus épouvantables que j’entendais chez un animal. J’étais bien un peu effrayé ; toutefois, même alors, je ne songeai à rien de surnaturel : je pensai seulement que le chat était devenu fou tout à coup. Ce nouvel événement m’avait fait complètement oublier la lumière bleue.

Je souffrais tellement en voyant la terreur de la pauvre bête, que je la pris dans mes bras et je tâchai de la calmer. Tout tremblant, le petit chat se serrait contre moi, en cachant sa tête et semblait être en proie à la terreur la plus intense. Je le caressais et le cajolai, et il se calma un peu, petit à petit; mais à mon grand étonnement, il se tenait sur un côté du lit, en regardant avec terreur, les yeux flamboyants, le poil de nouveau hérissé. Je ne voyais rien, mais je suis absolument convaincu que le chat voyait quelque chose : rien ne pourrait ébranler ma conviction.

Se sentant sûr dans mes bras, maintenant que le premier choc de l’horrible spectacle — quel qu’il fût — était passé, le pauvre Fluff allongeait le cou et regardait en bas vers le tapis, en suivant les mouvements de l’ennemi, invisible pour moi, comme s’il avait pour aller tout le long du lit, en tournant devant la toilette. Sa « chose », quelle qu’elle fût, était sur le parquet, et ne faisait aucune tentative pour monter sur le lit. S’il s’était approché de nous, je suis sûr que Fluff serait mort sur le coup. Je regardai à mon tour dans la direction du regard du chat — mais je ne vis autre chose que le tapis !

Seulement, je ne dois pas oublier que j’avais vu la lumière bleue, alors que le chat dormait. On pourrait supposer que ma peur de la lumière a été communiquée au chat ; mais alors je n’avais aucune peur ; je trouvais même qu’il s’agissait d’une chose naturelle.

Un de mes amis a soulevé cette hypothèse qu’il s’agissait peut-être tout simplement d’un rêve ? Je saisis bien que j’étais réveillé ; il n’y a pas de doute ! D’ailleurs, je n’ai jamais été victime d’illusions de cette sorte. Ainsi que le fait le directeur de l’Occult Review, j’appartiens à la direction d’un journal hebdomadaire de Londres bien connu, de grand tirage ; je puis dire que mon pseudonyme est connu dans tout le monde. Je suis un homme pratique, logique, un homme d’affaires — non pas un rêveur ou un visionnaire.

Les études récentes de opticiens ont donné lieu à bien des théories nouvelles et surprenantes. Il parait que nous sommes enveloppés de lumière, visible et invisible ; ce qu’on appelle la « lumière noire » ne peut être perçue par nos yeux, mais pourrait être visible pour des yeux organisés différemment. Le professeur Jerviss déclare qu’il est possible que certaines choses qui n’impressionnent point notre rétine soient perçues par des animaux possédant la faculté de voir dans l’obscurité.

Quelques temps après l’événement dont je viens de parler, un ami a attiré mon attention sur un fait presque identique rapporté par M. Maurice Hewlett Miss Constance Smedley. Il y avait là même lumière bleue, qui allait et venait ; il y avait une petite bête — non pas un chat, mais un chien — qui dermait sur le lit ; il y avait la terreur épouvantable de l’animal, ses gémissements et hurlements de détresse ; il y avait enfin des matas fantomatiques qu’on vit passer sur le chien, comme le battant. Enfin les gémissements faiblirent, cessèrent. Le chien était mort…

En tout cas ce que mon chat a va devait être un objet bien horrible, car Fluff est le plus tranquille, le plus gentil petit animal que j’aie jamais vu. Pendant assez longtemps nous crûmes même qu’il était muet, puisqu’on n’entendait jamais sa voix.

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