
Dans le vaste amphithéâtre de la Sorbonne, le 15 juin dernier, quatre mille auditeurs vinrent entendre la verve enflammée de Mme Annie Besant. Le thème de la conférence fut : le Message de Giordano Bruno au monde actuel.
Debout, la tête haute, les cheveux blancs coupés courts, vêtue d’une longue robe blanche, rythmant ses phrases d’un mouvement de la tête et des épaules, la présidente de la Société théosophique put apparaître comme un véritable apôtre.
Elle exposa les idées principales du célèbre philosophe : l’immanence de Dieu dans l’univers, le perfectionnement moral de l’homme, le rôle de la pensée, l’évolution de l’homme, la vie universelle, la vie une travaillant dans la matière, idées qui ont conduit Giordano Bruno au bûcher. Elle opposa le système du philosophe à ceux d’Aristote et de Copernic : l’Église a condamné Giordano Bruno qui s’appuyant sur les textes de la Bible, a dit que nous vivions en Dieu, que nous ne pouvions évoluer qu’en lui. Le catholicisme de l’époque avait fait de l’homme un robot: Giordano Bruno en a fait un être divin.
La religion nouvelle qu’elle propose, le succès qui l’accueille, les adhésions symptomatiques qui lui viennent en un siècle de prétendue indifférence religieuse, nous ont dilaté à dire ici quelques mots de Madame Besant, de la théosophie et d’un théosophe adolescent très progressé, le jeune Alcyone. Ce sont là, dans le domaine des sciences psychologiques, de hauts intérêt.
I. — Madame Annie Besant
L’accueil fait à Mme Besant en Sorbonne acquiert une signification particulière, pour peu qu’on connaisse la vie accidentée de cet esprit remarquable, les difficultés insurmontables qui lui firent barrière, son courage héroïque et son ascension véritablement merveilleuse vers les plus hautes cimes de la spiritualité.
Née en 1847, de parents irlandais, elle épouse à vingt ans un ministre de la religion anglicane, le Révérend M. Besant. Elle étudie, compare les textes sacrés, des doutes se présentent, s’imposent et la torturent : toute réponse lui paraissant inacceptable, elle quitte le foyer conjugal avec ses deux enfants pour ne pas vivre auprès de son mari une vie officielle en total désaccord avec sa conscience.
Dénuée de toutes ressources matérielles, réduite à la misère la plus pressante, elle n’en cherche pas moins dans la science positive la solution de l’énigme du Monde et de la Vie : pendant plusieurs années, nous la suivrons en Angleterre, attachée au journal le National Reformer, se plaçant, par ses conférences et ses articles, parmi les leaders les plus en vue de l’École matérialiste.
C’est alors que sa sincérité se manifeste une seconde fois dans des circonstances tout aussi tragiques qu’à l’époque de son divorce : circonstances qu’elle a consignées dans une brochure : Mes Adieux au Matérialisme.
Des expériences de spiritisme, de mesmérisme imposent à sa conscience des certitudes que sa bonne foi ne peut plus mettre en doute ; des livres d’H.-P. Blavatsky et de Sinett lui révèlent tout à coup ce qu’elle attendait et cherchait vainement jusqu’alors : la paix de l’intelligence devant la lumière enfin conquis ; ce fut son chemin le Damas. Elle abandonne donc la situation si chèrement acquise, brise sans hésiter le prix de tant d’efforts, délaisse les relations et les influences le son parti pour s’engager dans un mouvement nouveau ; depuis 1889, vernis corps et âme à la diffusion mondiale de la théosophie moderne, elle est à l’heure actuelle, l’écrivain le plus autorisé, l’auteur la plus religieusement écouté et la présidente de la Société théosophique.
La Société théosophique a été fondée en 1875, par Mme Blavatsky et le Col. Olcott, ce qui ne signifie nullement que la théosophie remonte à cette époque ; le mot fut employé par de nombreux mystiques du moyen âge et par d’autres antérieurs à ceux-là, puisque si l’on est effet admis que la théosophie, d’après Diogène de Laërce, devait son origine à Pot-Amoun, lequel vivait aux premiers temps de la dynastie des Ptolémées. Le même auteur ajoute que le nom du créateur de la doctrine est un mot copte signifiant : « le consacré à Amoun », Amoun étant le Dieu de la Science.
Le but de ce système était d’enseigner certaines grandes vérités morales à ceux qui cherchaient la vérité. C’est ce à quoi les mystères étaient destinés.
La Société théosophique ne serait donc en ce sens qu’une sorte de rajeunissement, un rejeton vivace des Mystères de l’Antiquité qui, cette fois, loin de croître à l’ombre des temples et caché de la foire, a pris racine en pleine civilisation moderne.
Mme Besant a fondé, à Adyar, — un faubourg de Madras, — un collège où elle instruit de petits Indiens dans la sagesse d’où s’épanouirent leurs dieux. Toujours errante, toujours apostolique, elle parcourt l’Europe, l’Asie, l’Amérique, levant des âmes, pansant des âmes. On la critique ; on la bafoue. Volontiers, on lui reprocherait d’être un peu comédienne. Mais Jésus n’aurait peut-être pas convaincu s’il avait ignoré la science des attitudes ; et l’auréole est déjà nue « pose ».
II. — Où l’on apprend ce qu’est la Théosophie
Les principaux enseignements de la théosophie se résument dans l’énoncé de ces trois grandes lois :
La loi d’évolution
La loi de la Réincarnation et son corollaire.
La loi de Karma
Nous allons tenter ici d’en donner un aperçu aussi clair que possible.
L’Évolution. — La théosophie pose, en principe, qu’il existe un rapport entre le fini et l’infini, que l’infini qui nous entoure, ne peut être connu pas le fini.
Il y a, dit Mme Annie Besant, des millions de ondes vibratoires qui vous entourent et vous frappent, dont vous n’avez pas conscience, parce ne se peuvent les reproduire. — vous appliquant cette loi (qui se répète dans tous les domaines car le monde est un) appliquant cette loi sur parties supérieures de l’être, l’homme qui a développé en lui la nature spirituelle, peut répondre aux vibrations spirituelles de l’univers parce qu’il peut les reproduire en lui-même. » (Conférences de Londres, 1911.)
En un mot l’on ne peut connaître l’infini que par l’infini qui est nous, connaître Dieu par notre Dieu intérieur. Nous serions tous des dieux en voie de devenir. C’est là une consolante théorie, ainsi d’ailleurs, que nous le verrons plus loin.
Le théosophe considère donc l’homme comme un monade, une étincelle divine, provenant du Dieu d’un système, du Logos d’un univers dans le Kosmos. Autant de systèmes solaires, autant de Logoi à des degrés différents, vaste Hiérarchie, intermédiaire entre l’Homme et l’Absolu, cette cause sans cause, l’Incommensurable. Cela disent les livres sanscrits. Pantheïsme ! s’écrira-t-on ! Oui et non, répondrons-nous, puisque le théosophe reconnait pour notre petit système solaire, un Logos unique ayant au-dessus de lui toute une hiérarchie d’êtres à tous les degrés d’évolution, vaste échelle dont les pieds reposent sur terre et dont le sommet se perdant dans l’infini. Nous ne voyons en cela aucune différence avec les enseignements du Christianisme d’après lequel l’homme est fait à l’image de Dieu, Dieu ayant au-dessus de lui seule une hiérarchie d’archanges et d’anges. Mais Dieu, ajoute le théosophe, est immanent dans l’univers.
« L’idée d’un Dieu extra-cosmique disparaît peu à peu : l’on ne croit plus guère à présent, que Dieu ait créé l’univers comme un ingénieur construit une machine et qu’il se tient en dehors pendant que les roues tournent, que les courroies transmettent le mouvement. A cette théorie s’est substituée celle qui admet Dieu immanent en toutes choses, un Dieu qui a une vie et non plus un mécanisme, un Dieu qui est l’esprit animant toutes les formes et non un créateur extérieur à son univers. Il faut placer encore que ce Dieu résidant dans l’univers et dans l’homme, il faut proclamer cette grande vérité des Écritures orientales : « Pénétra cet univers avec une partie de moi-même, puis je demeure » (le Monde de Demain, par Annie Besant).
En d’autres termes, Dieu édifie son univers avec une partie de lui-même, mais il est plus grand que cet univers, intéressante conception. L’une des principales objections soulevée contre cette thèse est celle-ci : « Si Dieu est immanent en toutes choses il est bon et méchant, injuste et juste, honnête et tricheur, puisque l’homme lui-même est un composé de mauvaises choses tout autant que de bonnes ». Or, cette idée répugne aux théosophes. Voici comment la théosophie y répond :
« Je suis la fraude du tricheur, dit Shrikhrishna dans la Bhagavadgitâ. Quel est le sens de ces mots qui paraissent si étranges ? Comment expliquer cette phrase qui semble presque profane ? Parce que la monade, la vie, contient tout potentiellement, mais rien d’abord, de manifesté ; avant de développer tous ses pouvoirs latents, l’homme en induit comme des fautes inhérentes à ses faibles degrés d’évolution. Il se fait l’auteur de la guerre, de la criminalité, voilà de qu’on appelle à tort le mal. C’est l’ignorance. Il n’y a pas une âme humaine qui n’ait à sa suite toutes les possibilités du Saint. Le bien, c’est ce qui contribue à l’évolution vers la divinité ; le mal, c’est ce qui la fait en arrière ou ralentit sa marche. Placer une échelle dont le premier échelon serait au niveau de la terre et le niveau du toit. Supposons qu’un de vous soit montez sur le cinquième échelon, sur le deuxième, et qu’un troisième auditeur se hausse sur l’estrade. Pour l’homme du cinquième échelon, ce serait descendre que de se placer à côté de l’homme du deuxième, mais pour l’homme debout sur l’estrade, ce serait s’élever. On distingue deux façons de se tenir sur le plan physique, qu’il existe un rapport entre le fini et l’infini, que l’infini qui nous entoure, ne peut être connu pas le fin… »
Intimement liée à la loi du Karma, que nous examinerons plus loin, cette conception de la morale est hautement philosophique et scientifique, en ce sens qu’elle explique l’inégalité des conditions en disant que le germe divin évolue de l’imparfait au parfait en passant par les degrés les plus inférieurs ; elle justifie aussi le sentiment religieux, car les religions, au pluriel, ne sont que la réponse que Dieu fait aux hommes par l’intermédiaire d’êtres en qui la divinité se trouve plus évoluée que chez la plupart d’entre nous ; c’est la réponse que Dieu fait à notre humanité. L’homme n’espère en effet qu’à rencontrer vers la source d’où il provient, il aspire après cette vie qu’il sent sourdre en lui, vie immortelle, que dis-je ? éternelle et divine ; et toute religion est la réponse de l’Esprit universel aux esprits des humains qui la cherchent et qui viennent de lui. De même que la pluie, en s’évaporant ramène à sa source, dans l’atmosphère ; de même l’esprit de l’homme, étant divin, s’élève à cette divinité qu’il cherche ; la preuve la plus certaine que l’homme est divin, c’est son immémorial aspiration vers le bien d’où il est issu. (Annie Besant. Conférences de Londres, du 18 juin 1913.)
Le mal n’est donc que l’absence de perfection, perfection vers laquelle nous tendons tous de par notre essence divine, au cours d’une longue évolution.
Il nous reste à établir le mécanisme de cette évolution ; c’est l’un des points les plus intéressants de l’enseignement théosophique. Pour le théosophe, Vie et Matière sont inséparables.
Si nous analysons tout ce qui existe dans l’univers, nous arrivons à la grande généralisation suivante : « Tout est séparable en « Moi » et en « Non-Moi » ; chaque objet séparé peut être partagé en deux et l’un de ces deux grandes catégories dies « Soi » et du « Non-Soi ». Le « Soi » est la vie, la conscience ; le « Non-Soi » est la matière, la forme. Nous voici donc en présence d’une dualité. Mais les deux choses qui constituent cette dualité ne sont pas deux choses séparées, indépendantes, sans rapports mutuels ; au contraire, il y a entre elles une relation intime : les unes, avec elles-mêmes, par sa repousse, s’identifient l’une avec l’autre et se répandant tour à tour, ce jeu combine l’univers toujours changeant Nous avons donc une trinité au fond de cette dualité : le Soi, le Non-Soi, et la Relation entre les deux. » (Étude sur la Conscience, par Annie Besant).
La vie qui se mêle à la matière telle est l’évolution ; c’est le germe divin évoluant ses potentialités en devenant peu à peu maître de la matière de son univers, jusqu’à devenir aussi grand que cet univers lui-même. Il faut effectivement à ce germe divin un champ propre à sa germination et à sa croissance, il le trouve dans la matière animée et préparée par le Logos ; et cette matière se différencie du solide au fluide, du plus dense au moins dense. De même que la science admet le pondérable et l’impondérable, les quatre états solide, liquide, gazeux, éthérique, la théosophie, tout en allant beaucoup plus loin, pose l’existence de plusieurs états de matière tels, que le germe dense et perçant, en évoluant, emprunte à divers plans de la nature des agrégats qui, peu à peu, deviendront de véritables instruments pour la conscience.
Et c’est ainsi que l’évolution (qui sait l’involution devant commencer par la connaissance de l’état de matière le plus dense, c’est le corps physique qui est tout d’abord organisé et perfectionnant d’âge en âge, de millénaire en millénaire. On peut s’imaginer la conscience, au début, comme une maison de verre entièrement transparente et dont les surfaces deviennent peu à peu opaques en s’immergeant dans la matière, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus que cinq ouvertures qui subsistent : les cinq sens physiques. Cette limitation est nécessaire, car l’on ne peut connaître que par limitation : l’analyse doit précéder la synthèse : la conscience serait aveuglée si elle demeurait ouverte à toutes les vibrations de l’univers qu’elle doit apprendre à regarder et à maîtriser en développant ses pouvoirs latents et, pour cela, une limitation est nécessaire. Il est important de ne pas oublier que tous ces états de matière, que tous ces plans de la nature s’interpénètrent et cela, si bien, que la conscience agit dans le plan physique à l’aide de la matière physique, que l’émotivité de l’homme n’est possible que grâce au mode vibratoire d’un autre état de matière, que la pensée se sert de matière mentale, absolument comme la lumière ne se propage que grâce au mode vibratoire de l’éther etc… L’existence de ces différents plans de la nature constitue l’un des points les plus curieux et les plus intéressants ; elle est, après tout, très plausible, étant donné l’état actuel de notre science.
Et ainsi, de plan en plan, la conscience s’élève jusqu’à s’unir avec le Dien de son univers, jusqu’à n’en faire qu’un avec ce Dieu. C’est qu’alors la conscience est absolument maître de la vie et de la mort, il a vaincu l’inférieur, la personnalité, il est devenu réellement le Dieu qu’à l’a toujours été virtuellement. C’est ce que l’on entend par atteindre la condition universelle, c’est-à-dire un état complet de béatitude dans « le sein du Père » mais une béatitude des plus actives, l’homme-dieu ou sur-homme, ou Maître, ne songeant qu’à mettre au profit de l’humanité les splendides pouvoirs dont il dispose. Voilà ce qu’on entend par Nirvana, point que la pensée occidentale s’est plus à travestir et même à défigurer.
Telle est, dans ses grandes lignes, la Loi d’évolution : « C’est le retour de l’homme à Dieu ».
Ce retour peut-il s’effectuer en une seule vie humaine ? Une seule existence terrestre peut-elle suffire à cette grandiose évolution ? Non, répond le théosophe, elle s’effectue par des retours successifs, par :
La loi de la Réincarnation. — De même qu’un arbre se dépouille chaque année de ses feuilles et revêt chaque printemps le feuillage grâce auquel il reprend de nouveau contact avec l’ambiance ; de même l’homme, sans cesser de vivre, à certaines périodes de son évolution, se dépouille de ses véhicules inférieurs pour le repos, pour l’assimilation lente des expériences faites. Puis il renaît, il reprend des corps nouveaux, il se réincarne pour reprendre contact avec le plan physique, jusqu’au jour où, comme l’arbre, ayant grandi, mais grandi en amour, en intelligence, en puissance, il a achevé son évolution physique et échappe ainsi à la roue des renaissances, à moins qu’il ne revienne sur terre pour faire profiter ses frères des trésors qu’il possède, servir à l’humanité de guide et d’instructeur sur le sentier de l’évolution.
Nous sommes libres aujourd’hui de choisir entre ces différents concepts :
1° L’homme est créé spontanément par une puissance à tout jamais inconnaissable ; il naît heureux ou malheureux ; il est voué, dès sa naissance au ciel ou à l’enfer, ou au néant, singuliers illogismes dans une matière où nous voyons la vie et le mouvement partout, nature dont chaque jour l’homme découvre des lois, nouvelles pour lui.
2° L’homme n’est simplement que le produit d’influences ancestrales. Mais l’hérédité est presque tout à fait tombée en déuétude aujourd’hui, dans les milieux avancés, chez les véritables penseurs, car c’est un fait avéré que les qualités morales ne se transmettent pas. La science avance au contraire à la Ruine du fatalisme.
Il y a contre ces deux points de vue, de nombreux arguments, et la place nous manque pour les énumérer, mais que vous choisissiez l’une ou l’autre de ces deux théories, vous vous verrez toujours dans l’incapacité absolue d’expliquer l’inégalité des conditions. La Loi de la Réincarnation nous donne, au contraire, une base en vérité comme une loi naturelle, elle est, pour ainsi dire, une nécessité ; elle est juste, parce que, grâce à elle, il est donné à tout homme ici-bas, d’atteindre aux niveaux supérieurs, de réparer ses erreurs, de continuer les œuvres auxquelles il s’est attaché, de devenir semblable au Maître qu’il admire, parce qu’elle est logique parce qu’elle ne fait intervenir aucun agent extérieur qui, au gré de ses caprices, placerait l’un dans la peine, l’autre dans la joie. C’est l’Ege, c’est la conscience rejetant un à un ses instruments, ses corps, pour en prendre d’autres, plus appropriés aux caractéristiques qu’il développe au cours de ses vies successives. Elle n’est contraire à aucune religion, car toutes les religions ont enseigné cette grande loi qu’on retrouve dans le christianisme du début de notre être et chez les Pères de l’Église ; elle est réconfortante parce qu’elle nous fait dire que ce que tout l’ homme sème, il le récoltera dans une vie ultérieure, que tout ce dont nous souffrons ou jouissons aujourd’hui résulte de menus générés par nous-mêmes dans le passé. C’est là, cette autre loi.
Le Karma des théosophes, non pas un fatalisme grossier, mais une autre loi qui nous placer la ou nous devons être pour progresser, tout en nous laissant notre libre arbitre, notre liberté de choix. Le Karma n’a jamais obligé un homme à accomplir telle ou telle action, il fournit simplement les circonstances et l’homme dispose à son gré de ces circonstances.
En cette matière, là encore, nous sommes libres de choisir entre ces différents concepts :
1° L’idée de la destinée : dans sa stricte signification, c’est la plus grossière que l’on puisse adopter : c’est celle des Musulmans, le fatalisme.
2° L’idée de Providence, opposée à celle de la destinée, et qui implique que Dieu a combiné le fonctionnement apportons avec nous une certaine idée, mais qu’il est toujours prêt à modifier ces lois quand la chose lui est demandée, par une prière sincère. Cette conception est inadmissible sans qu’il soit besoin de le démontrer.
La doctrine du Karma, tout en différant des idées que nous venons d’indiquer, les réconcilie et pourtant. Nous apportons avec nous une partie des causes générées dans nos existences antérieures, l’autre partie devant se repartir sur des incarnations ultérieures ; d’autre part, nous pouvons modifier, neutraliser les causes générées dans le passé, selon la conduite que nous tiendrons dans notre vie actuelle.
Nous sommes donc ainsi les créateurs de notre propre destinée. Sachant cela, libre à nous d’employer les méthodes préconisées par la théosophie pour hâter notre évolution.
La partie éthique de l’enseignement théosophique consiste à cultiver la pensée, à méditer, à contrôler la pensée et les sens, à acquérir des vertus.
Il y a là tout un entraînement que le théosophe appelle : Le Sentier du Disciples, usant au terme duquel les aimés de l’humanité, les maîtres, vous confèrent l’initiation, la première, car d’autres suivent avant de parvenir à l’état de Maître rié. L’état de maître n’est lui-même qu’une étape dans l’évolution ; après cette étape, commence l’évolution surhumaine.
On pourrait donc définir la théosophie comment la science de l’âme, qui désigne à l’homme la place qu’il occupe dans l’univers, qui lui dessille les yeux
La philosophie dit encore que Humanité a toujours été conduite, guidée, instruite, éduquée par les aînés des aînés, que sans les Hermès, les Thot, les Orphée, les Zoroastre, les Bouddha, les Christ, que sans les messagers de ces grands êtres : les Mahernat, les Bruno, les Paracelse, etc… sans eux, l’humanité serait demeurée ignorante et plongée, dans l’obscurantisme le plus profond. Elle va plus loin encore, car elle déclare que tous les grands fondateurs des religions ont un seul et même Être plusieurs fois réincarné, chaque fois que le monde est en péril, car chaque fois que les hommes sont troublée, qui établira une nouvelle religion, (religion mondiale) comme aussi la fraternité universelle, en aidant à la formation d’une nouvelle race, la race de demain.
III. — Le jeune Alcyone
L’intérêt soulevé par la venue de Mme Annie Besant en Europe est augmenté cette fois par la curiosité que soulève le jeune J. Krishnamurti, plus connu sous le pseudonyme d’Alcyone. Il s’agit d’un jeune Hindou dont Mme Besant a raconté qu’il lui avait été confié par sa famille pour compléter son éducation.
Cet adolescent vient d’écrire un livre que les théosophes disent être un véritable joyau : Aux pieds du Maître. Alcyone a le désir d’apporter ainsi au monde un guide de conduite vers une vie supérieure. Le Sentier de l’Initiation est ouvert ; il en informe toutes les nombreuses âmes qui cherchent leur voie. « Toi aussi tu désires entrer dans ce même sentier ; je te dirai les paroles du maître… La Sagesse qui rend capable d’aider, la Volonté qui dirige la sagesse, L’Amour qui inspire la volonté, voila les qualités que tu dois acquérir ».
Mme A. Besant et C. W. Leadbeater, les deux plus grandes autorités actuelles de l’École Théosophique, ont publié dans le Théosophique, qui paraît à Adyar, et qui est l’organe officiel de la Société, le récit des trente dernières informations de l’être progressé qui est incarné actuellement dans le frêle corps de Krishnamurti. On nous raconte que plusieurs des personnes qui figurent dans les vies d’Alcyone se rencontrent aujourd’hui ou se sont rencontrées dans la Société Théosophique, en même temps qu’Alcyone lui-même, qui se présente encore au monde en qualité de « Porte-Drapeau de la Science Divine ».
Nous reproduisons ici, à titre de curiosité, le commencement d’une de ces vies .
QUATRIÈME VIE D’ALCYONE
Vécu aux Indes dans le district de Salem,
de l’an 20.574 à l’an 20.445 av. J.-C.
Personnages ayant rempli des rôles dans cette vie :
VIRAJ
JUPITER : Venu des Indes dans le district de Salem, de l’an 20.574 à l’an 20.445 av. J.-C.
SATURNE : Grande Prêtresse dans les sanctuaires.
BRIHASPATI
VENUS
MARS : Roi. Sa femme, OSIRIS; son fils, ORPHEE; ses petits, CETUS.
ALCYONE : Son père, URANIUS; sa mère, MERCURE; secrétaires, DÉMÉTER, ELSA; ses sœurs, NEPTUNE PROTÉE; sa femme, PERSÉ; ses frères, HERCULE, MIZAR, POLARIS, PSYCHIE, CANOPUS, CYGNUS; ses filles, ARCTURUS BÉTELEGUSE, REGULUS, RIEDER, OOR CARPICORNE FORMALHAUT.
HERCULE : Sa femme, GEMINI; ses filles, ÉRATO, AUSONIA, MELETÉ, CONCORDE; ses fils, CAPELLA, SPICA, ANDROMÉDE, AURIGA.
MIZAR : Sa femme, IRÉNÉE; son fils, CASSIOPÉE; ses filles, ALTAIR, WENCESLAS, LÉTO; CENTAURE; sa fils d’adoption, SOMA.
LYRE : Prêtre (qui devint plus tard le philosophe Lao-tse).
PALLAS : Prêtre (qui devint plus tard le philosophe Platon).
ALCESTRE : Prêtre de Ghana. Sa femme, SIROUA; ses fils, TOLOSÉ, ERIES.
PHOCÉE : Prêtre d’un temple dans les collines de Vindhya. Sa femme, PROCYON; ses fils, ALASTOR, CANCER.
DEMETER : Sa femme FIDÈS; ses fils, TÉLÉMAQUE, GIMEL, DALETH; sa fille, IPHIGÉNIE.
ELSA : Sa femme, CALLIOPE; son fils, PARTENOPE; ses filles, ALEPH, BETH.
CANOPUS : Sa femme, GLAUCUS.
Cette vie de notre héros fut une vie de pèlerinage — un pèlerinage d’un genre tout à fait spécial, qui se prolongea durant plus d’un demi-siècle et lui fit parcourir des milliers de milles. Pourtant ce ne fut qu’au milieu de sa vie qu’il commença ses voyages.
Une des caractéristiques, les plus remarquables de cette série de vies réside dans leur durée anormale sur le plan physique. Tous ceux dont nous avons étudié les incarnations appartiennent à ce que l’on appelle les classes supérieures dont la vie a une durée moyenne, supérieure à celle des classes inférieures. Par exemple, une liste de dix-sept vies d’Érato
nous donne une moyenne, sur le plan physique, de 48 ans ; vingt-quatre vies d’Orion nous donnent une moyenne de 33 1/2 et dix-huit de Sirius, une moyenne de 59 2/3, ce qui est déjà clairement au-dessus de la normale pour cette dernière mais la moyenne d’Alcyone n’est pas inférieure à 72.7! Effectivement, sauf lorsque sa vie fut tranchée par un accident, tôt rare qu’il n’atteignait pas les quatre-vingts ans que le Psaumiste indique comme la limite extrême des hommes de son époque ; il semble, en outre, qu’il ait toujours conservé son entière vigueur jusqu’à la fin de ses incarnations d’une longueur insolite. Il nous reste à apprendre si c’était là une caractéristique individuelle ou celle d’un certain type.
Ce nouveau chapitre de notre histoire nous conduit encore dans le sud des Indes, mais cette fois dans ce qui constitue de nos jours le district de Salem, où Uranias, le père d’Alcyone, était un important propriétaire foncier, une sorte de petit chef de tribu, qui pouvait se mettre à la tête d’un très respectable régiment de partisans et l’amener sous l’étendard de Mars, son seigneur suzerain Uranias était un homme très courageux, très juste, et il exerça ses enfants à la pratique de ces deux vertus, leur enseignant que, faute de les posséder, un homme de la plus haute naissance se trouvait être inférieur à la personne la plus humble qui les possédait. Il vécut dans une nombreuse famille, au milieu de laquelle nous n’avons reconnu que Déméter et Elsa parmi les feux, et Neptune et Protée parmi les sœurs.
Alcyone qui naquit au Tan 20.574 av. J.-C., était un bel enfant aux manières engageantes, plein d’attrais et profondément attaché à sa mère, Mercure. Son amour pour elle ne faiblit jamais tant qu’elle vécut et il n’accomplit aucun acte important sans l’avoir consultée au préalable. Nous ne voyons rien qui mérite d’être spécialement noté dans notre histoire, tirant son enfance et son adolescence. Il reçut ce que l’on appelait alors une bonne éducation : à l’âge de vingt ans, il épousa Persé qui lui donna douze enfants. Ses fils furent Hercule, Mizar, Polaris, Psychie, Canopus, Cygnus ; ses filles Arcturus, Bételeguse, Regulus, Acer, Capricornus et Formalhaut. Il avait un superbe intérieur et tant ce que la richesse peut donner, mais et détesta le provenant à vivre en ermite plutôt qu’en homme du monde, et sa mère encourageait cette tendance, tout en lui recommandant d’attendre que ses enfants fussent devenus adultes avant de les quitter.
Durant sa vie, Alcyone prit part à trois expéditions militaires. La première fois, il était un tout jeune homme et accompagna son père lorsque celui-ci se mit à la tête de son contingent de soldats, afin de combattre pour Mars. Au cours de cette campagne, il reçut une distinction honorifique pour des services signalés qu’il avait rendus. Lors de la seconde de ces expéditions, il était accompagné de ses fils, et Hercule accomplit une action d’éclat sous les yeux de Mars qui était alors âgé, âgé. À la suite de cette action d’éclat, Mars admit Hercule parmi ses gardes du corps, ce qui permit au jeune homme de lui rendre beaucoup de petits services.
Lorsque cette expédition prit fin, le roi fit appeler Alcyone et exprima le désir de voir Hercule assumer les fonctions que remplissait son père dans le royaume. Alcyone répondit qu’il était de son devoir de se conformer toujours à la volonté de roi, mais qu’il se sentait tout à fait capable de continuer à le servir, le roi répondit :
— Non, cela ne sera pas possible, car lorsque vous centrerez chez vous, vous constaterez que vous avez subi une grande perte, à la suite de laquelle vous ne combattrez plus pour moi durant cette vie, et la chaîne foire que vous visiterez cette ville, vous serez revêtu de la robe d’un sant homme, de celle d’un pèlerin.
— Que la volonté du roi s’accomplisse, dit Alcyone, mais mort ou vif, je serai toujours à son service.
— Il est vrai que vous me servirez, répondit Mars, non seulement cette fois, mais souvent encore au cours des Kalpas futurs ; cependant, votre mandat actuel a ce qu’il y a d’unique : vous aimerez mes ennemis, mais de m’aider à fonder dans l’avenir un royaume qui durera des milliers d’années elles résultats qui seront dus à vos efforts, dans ce royaume futur, ne s’effaceront jamais.
Le roi le remercia et lui souhaita bon voyage.
Nous avons reproduit volontiers ces lignes pour donner une idée des croyances des théosophes, en tout au moins de leurs chefs suprêmes.
Le jeune J. Krishnamurti est donc rentré dans l’Inde en 1895, dans une famille de théosophes. Ses qualités exceptionnelles lui firent reconnaître aussitôt ; il vit depuis quelque temps déjà avec ses parents et son frère. « L’année dernière, avec la vaste instruction qui lui a été octroyée par son Maître, Alcyone a obtenu le prix de ses efforts, il a acquis la victoire à laquelle il s’était consacré en l’année 588 avant le Christ, au pied du Bouddha : l’année dernière, à l’âge de 14 ans, en un jour mémorable, mystérieux, inoubliable, on lui a accordé le ciel de la Porte des Mystères : Alcyone a été initié. »
Nous avons tenté, dans les lignes précédentes, et particulièrement en ce qui a trait à l’exposé de la doctrine théosophique, à nous tenir sur un terrain strictement objectif. Nous n’avons pas à prendre parti. Nous ne plaidons ni pour ni contre. Nos lecteurs savent que les opinions les plus diamétralement opposées trouvent quelle ici qu’autant qu’elles voient de convictions sincères.
