L’hypertrichose est un vice de développement du système pileux, caractérisé par l’augmentation de nombre et de longueur des poils. On distingue deux espèces d’hypertrichose : 1° L’hypertrichose des muqueuses, dénommée aussi hétérotopie, qui est très rare ; 2° L’hypertrichose de la peau, qui peut être temporaire ou permanente. L’hypertrichose cutanée, peut être locale ou générale. Locale, elle peut porter sur différents points.
HYPERTRICHOSE LOCALE

Hypertrichose de la chevelure féminine Dans la race caucasique, il faut distinguer actuellement deux variétés d’hypertrichose féminine : L’hypertrichose féminine généralisée qui se manifeste dès les premiers âges de la vie ; L’hypertrichose féminine locale, dans laquelle il faut distinguer : 1° Celle des femmes d’un certain âge ou très âgées et qui consiste dans l’apparition de quelques poils raides au menton, à la commissure des lèvres, sur la poitrine et aux seins ; 2° Celle des jeunes filles qui donne lieu à ces chevelures qui balaient la terre ou à ces barbes dont Beigel a fourni de si curieux spécimens dans son livre Human Hair.
Les cheveux poussent continuellement, mais l’observation démontre que lorsqu’ils ont, comme les autres appendices pileux, acquis une certaine longueur, qui varie suivant le sexe et les sujets, leur extrémité libre se dessèche, devient friable, se fendille et finit par se désagréger. On a parlé de femmes, dont la longueur des cheveux atteignait 1m87, 2m24, 1m52, 2m10 et il nous a été donné pour notre part, d’en voir quelques-unes, chez lesquelles cette longueur oscillait entre 1m25 et 2 mètres. Généralement les cheveux féminins qui acquièrent une telle amplitude sont aussi très épais. La princesse de Bénévent pouvait se revêtir des siens comme d’un royal manteau et recevoir ainsi ses amis, s’il faut en croire la comtesse de Boigne. (Mémoires).
On raconte que, pendant la Révolution, une jeune fille dû à son opulente chevelure, qui séduisit un de ses gardiens, d’échapper à l’échafaud. Faut-il rappeler aussi la blonde chevelure de Bérénice de Judée, reine d’Egypte, immortalisée par Catulle et Callimaque qui passa du temple de Vénus Zéphyride aux voûtes de l’Empyrée ?
La chevelure, dite en vadrouille, et qui consiste dans la formation autour de la tête d’un nombre de poils longs et crépus est assez rare dans le sexe féminin. Nous avons eu cependant la bonne fortune de pouvoir l’observer trois fois.
Hypertrichose de la chevelure masculine

Parmi les peuples de l’antiquité dont les hommes avaient des cheveux excessivement longs, les anciens voyageurs ont signalé les Pygmées (Ctésias). Dans la race caucasique, ce sont les Sémites, les Aryens dont la chevelure semble acquérir les plus vastes dimensions longitudinales. Absalon en fit la triste expérience. Certains prêtres orthodoxes russes et grecs, qui, pendant l’office, écartent leurs cheveux sur leurs épaules, en ont qui descendent parfois jusqu’aux lombes.
Des Berbers, des Touaregs, des Hindous présentent des cheveux d’une longueur extraordinaire.
Il est des hermaphrodites à type androgyne, qu’à première vue leurs cheveux tombant très bas feraient prendre pour des femmes. Quant à la chevelure en vadrouille, elle paraît se rencontrer aussi rarement, plus rarement même peut-être dans le sexe masculin que dans le sexe féminin, et cela quelle que soit la race.
De la barbe féminine

La barbe étant le propre de l’homme, son apparition constitue chez la femme une anomalie remarquable.
Il y a beaucoup plus de femmes barbes qu’on ne croit ; certains auteurs disent un quart, d’autres affirment davantage.
La variété de barbe féminine la plus fréquente est celle qui se produit spontanément de la naissance à la puberté, et qui dure toute la vie.
C’est dans cette dernière variété de femmes à barbe qu’il convient de ranger presque toutes celles dont on a fait mention jusqu’à ce jour.
Dans l’antiquité la plus reculée, les divinités créatrices ont présenté des caractères androgynes, telle la déesse Isis. Cybèle, mère des dieux et des hommes, puis l’Aphrodite antique, l’Astarté phénicienne, la Vénus Barbata, les Gorgones, les dieux lares de la bonne période grecque ont des seins accentués et une barbe bien prononcée.
La reine Hatchepsou, de la XVIIIe dynastie thébaine, Sémiramis, reine d’Assur, certaines matrones romaines, dont parle Cicéron, étaient barbues.
Les hagiographes ont raconté des histoires merveilleuses sur la façon dont le visage de certaines saintes s’était rapidement couvert de végétations pileuses.
Un manuscrit de Jehan Vauquelin sur les Merveilles de l’Inde, dit « qu’il existe des femmes originaires des montagnes d’Arménie, qui sont recouvertes de peaux de bêtes et possèdent une barbe épaisse qui leur descend jusqu’aux seins ».
Dans la Chronique de Nuremberg, et dans la Chronique de Conrad Lycosthène il est question de femmes barbues, et dans d’autres recueils scientifiques d’autres femmes barbues, appelées Héléna-Anthonia, Rose-Marguerite Muller, Barbara Ulserin, etc…
Certaines d’entre elles furent des héroïnes. Telle celle qui, sous le règne de Marie-Thérèse, parvint, par sa bravoure, au grade de colonel de hussards. Au $XVIII^e$ siècle, une paysanne flamande, Anne de Vaux, fit des prodiges de valeur et gagna une lieutenance dans le régiment de Mercy. P. Oudin a narré également l’odyssée d’un grenadier-femme, prisonnier à Pultava, et dont la barbe avait une aune et demie. Une femme à barbe accoucha sur le champ de bataille, le soir d’Iéna où Lannes, à la tête de deux cents cavaliers du $10^e$ sapeurs, avait sabré la Prusse. Profitant d’un physique trompeur, l’héroïne avait jusqu’ici réussi à cacher son sexe.
On a prétendu que la barbe se montrait le plus souvent chez les démentes, les aliénées, que chez les femmes qui jouissent de la plénitude de leur raison. Nos statistiques qui portent sur la population hospitalière de plusieurs hôpitaux et asiles, et sur la population de deux villes, comme celles de Tours et de Blois, nous permettent d’affirmer qu’il n’en est rien.

De la barbe masculine
Au vrai, la barbe demeure la caractéristique de la virilité et acquiert dans le sexe masculin des dimensions qu’elle n’a jamais dans le sexe féminin. Julien l’Apostat, Frédéric Barberousse, Beaudouin, comte de Flandre, avaient des barbes de grandes dimensions. Celles d’Hans Adam, baron d’Oxenstiern, celle du chevalier Thalberg, mesuraient chacune plus de 6 pieds. Il en était de même de celles de Rauber, un gentilhomme allemand, un moine mendiant cité par Bartholin. On voyait à la cour du prince d’Eidam, le portrait d’un maître charpentier, dont la barbe avait 3 mètres. Le cimetière de Braunau renferme le tombeau d’un ancien maire, qui en montant à cheval, s’embarassa dans sa barbe et se tua. En 1740, on exhiba à Londres un nain persan, haut de 3 pieds, mais dont la moustache en avait 6.
Parmi les plus belles barbes contemporaines connues, citons encore celles d’un fermier américain, 3s32 ; celle de José Rouchetti, 1s60 ; celle d’un américain de Chicago, qui atteignait 9 pieds ; celle de Jules Dumont, 3s65, et enfin celle de Louis Coulon, de Montluçon, 3s30,dont les variations de longueur, à vingt-cinq ans de distance, ont été déjà signalées par l’un de nous.
Autres hypertrichoses locales
Le front peut être recouvert en partie, ou en totalité, par des poils qui n’ont rien de commun, ni avec les cheveux, ni avec les cils. Ceux-ci peuvent se rejoindre au-dessus du nez, remonter plus ou moins haut vers les tempes, acquérir de telles dimensions qu’on est obligé de les couper de temps en temps.
En plus des poils normaux des bords libres des paupières ou cils, il peut exister en arrière du bord libre de la conjonctive, d’autres productions pileuses constituant le distichiasis congénital vrai et le trichiasis congénital vrai et qui consistent, au moment de la naissance, en la présence de deux ou trois rangées de cils entre le cul-de-sac conjonctival et le bord libre des paupières.
On a souvent noté la présence d’appendices pileux plus ou moins longs et plus ou moins nombreux sur le pavillon de l’oreille des vieillards. Ce ne sont d’ordinaire que de simples poils follets allongés, isolés sur la partie antérieure de la conque qu’ils recouvrent.
Quelquefois, cependant, ils forment de véritables boucles qui tombent sur les épaules.
Nous devons à notre regretté ami Bureau deux observations d’hypertrichose simultanée de la nuque, du thorax et des membres supérieurs. Une observation d’hypertrichose limitée à la nuque a été publiée par Hrdlicka ; des observations d’hypertrichose limitée à la partie supérieure des membres inférieurs (H. en caleçon) par A. Marie et Mirallié ; des observations d’hypertrichose des faces antérieures et postérieures du thorax l’ont été par Ornstein, Macalister, Bartels et nous. Une gravure de la Chronique de Nuremberg représente une jeune fille entièrement velue et sur le dos de laquelle se dresse une superbe crinière.
La présence de touffes pileuses le long de la colonne vertébrale, mais principalement au niveau de la région lombo-sacrée et descendant plus ou moins bas, a été constatée par divers auteurs et même par nous. (Bernardeau, Giraud).
On a cité des femmes dont le Mont de Vénus est tellement garni de poils, que ceux-ci lorsqu’ils étaient tressés à la façon d’une natte, descendaient jusqu’aux pieds. Brantôme à même connu « une honnête dame, pelue, velue,… le long de l’eschine et à son bas, comme un sauvage. »
Hypertrichose anale
Tillaux et A. Richet ont avancé que les femmes n’ont jamais de poils au pourtour de l’anus, et Sappey, que « la peau de l’anus est presque constamment dépourvue de poils dans le sexe féminin. » C’est également ce qu’on lit dans les Traités de Médecine légale.
Eh bien ! il est loin d’en être toujours ainsi.
Nos recherches nous ont démontré qu’il y a des hommes qui n’ont pas de poils autour de l’orifice anal (2,50%) et des femmes, qui, par contre, ont (16%). L’atrichose périanale masculine est donc moins commune que l’hypertrichose périanale féminine.
Hypertrichose caudale
L’homme peut-il avoir une queue mobile, glabre ou poilue ? Les anciens en étaient intimement convaincus. Pline, Hannon le Carthaginois, Benvenuto-Cellini, Struys Marco-Polo, Paul-Venetius, Gemelli-Carreris, des Jésuites de Mindora, Harvey, de Maillet, Louis Franck, du Couret, de Castelnau, et quantité d’autres, ont déclaré qu’ils avaient rencontré ou fréquenté des hommes pourvus d’un appendice caudal. Que faut-il penser de ces assertions ? Que certaines d’entre elles sont sans doute exactes. L’homme a normalement une queue, pendant sa vie fœtale et cette queue persiste parfois, sous une forme ou sous une autre. L’embryon humain, âgé de cinq semaines, a un appendice caudal manifeste et un nombre de vertèbres supérieur à celui de l’adulte, 38 au lieu de 33 ou 34 ; les 4 ou 5 de ces vertèbres sont éphémères.
Chez l’adulte, on peut observer deux espèces de queue. Une queue, sans signification morphologique constituée par un cylindre charnu, dont une extrémité se continue avec la peau qui recouvre le sommet du coccyx. Cette queue ne contient que du tissu conjonctif, des vaisseaux et de la graisse, est due, comme les doigts surnuméraires, dont fait mention Tarnier, à une simple irritation de la peau pendant la vie fœtale. C’est une queue qui rentre dans la série des variations anatomiques définies par l’un de nous : Variations d’ordre mécanique. En dehors de cette queue, l’homme peut en posséder une ayant une signification morphologique précise, une queue correspondant à celle des animaux, et que l’on peut, pour cette raison, ranger dans la classe des variations qualifiée également par l’un de nous : Variations réversives, ataviques ou d’héritage. On l’a rencontrée à l’état ostéocharnu, ou encore à l’état de proto-vertèbres coccygiennes. Elle est quelquefois assez longue, mobile et poilue ; la littérature médicale compte plusieurs cas d’hommes à queue :
Le premier d’entre eux a été décrit par Diemebroeck.
« Si os du coccyx, étant recourbé en dehors, croît en longueur, il devient une queue telle qu’en l’année 1638, j’en vis une, en un enfant, laquelle, d’une demi-aune de longueur et entièrement semblable à la queue d’une guenon, que la mère de cet enfant avait chez elle, et de laquelle avait été épandue vers le second ou troisième mois de sa grossesse, il s’imprima en son esprit une telle idée de la queue de cet animal qu’elle ne put l’en ôter, qu’elle ne lui revint de temps en temps dans la mémoire. »
Le second fut adressé, au moment de l’occupation française d’Egypte, par un médecin des hôpitaux de Constantinople à la Gazette hebdomadaire de Médecine et de Chirurgie.
Il s’agissait d’un couple de noirs, dont la femme avait une queue lisse et glabre de deux pouces, l’homme une queue d’un pouce et demi seulement, mais recouverte de quelques poils.
Puis vint celui d’une femme sur laquelle le $D^r$ A. W. Elisseï appela l’attention de la Société des médecins russes de Saint-Pétersbourg, et qui avait une queue couverte de poils mesurant de 36 à 45 millimètres de longueur.
Rudimentaire au moment de la naissance, cette queue, qui rendait le décubitus dorsal impossible, avait pris de notables proportions à l’époque de la puberté et acquis son plein développement pendant l’adolescence. Ce vice de conformation faisait défaut chez la mère de cette femme, mais était très prononcé chez sa grand’mère et quelques autres membres de sa famille, où on s’efforçait de la tenir aussi caché que possible.
Un dernier cas, enfin, pour terminer, est celui d’une petite fille, née depuis quelques jours de parents bien constitués, que le docteur Harm présenta en 1905 à la Société de Médecine de Greifswald et qui offrait, immédiatement au-dessus de la pointe du sacrum qui, ainsi que le reste du rachis paraissait à la palpitation absolument sain, une saillie grosse comme un haricot, mobile, non douloureuse à la pression, munie d’une couronne de grands poils blonds et creusée d’une fente longue de 1 centimètres et profonde de 1 millimètre.
Ces types différents de queue poilue décrits à des époques différentes, rentrent bien incontestablement dans la nomenclature de Bartels.
Il est hors de doute, que dans chaque race, et dans chaque groupe ethnique, puisse apparaître un sujet masculin ou féminin possédant une queue constituée par un squelette vertébral, entouré de parties molles, mobile et recouverte ou non d’un pelage rare ou abondant.
II. HYPERTRICHOSE GÉNÉRALISÉE
L’hypertrichose générale, permanente, est bien moins fréquente que l’hypertrichose locale permanente.
Les sujets, qui en sont affligés, ont le corps entier protégé par une épaisse fourrure qui les fait ressembler à des animaux et a prêté matière à ces exhibitions foraines des Femmes Sauvages, des Femmes Ourses, des Hommes Caniches, des Hommes Lions, de l’Homo Hirsutus, de l’Homme Primitif, etc.
Il y a vingt-cinq siècles, les femmes hindoues, trop velues ou trop glabres, étaient, de par les lois de Manou, évincées du mariage, tout comme celles qui avaient une tare pathologique.
Lois de Manou. Livre III : Conseils pour se marier.
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Sloka 6. Même quand elles seraient grandes et riches en vaches, chèvres, brebis, graines et biens, voici les dix familles qu’il doit éviter en s’unissant à une épouse.
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Sloka 7. Celle où l’on néglige les Sacrements ; celle où il n’y a pas d’enfant mâle ; celle où l’on n’étudie pas le Véda ; celle où le système pileux est trop développé ; celle où règnent les hémorroïdes, la phtisie, la dyspepsie, l’épilepsie, la lèpre blanche et l’éléphantiasis.
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Sloka 8. Il n’épousera pas une jeune fille rousse ayant « un membre de trop, maladive, trop ou trop peu velue, bavarde, ou ayant les yeux rouges.
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Sloka 10. La femme qu’épouse doit avoir le corps exempt de difformités, la démarche d’un flamant ou d’un éléphant, le duvet et les cheveux fins, les dents petites et les membres délicats.
L’Ancien Testament nous dit qu’Esaü, Nabuchodonosor étaient des velus. Un historien d’Alexandre raconte que ses compagnons rencontrèrent aux Indes des femmes horribles et velues ayant douze pieds de haut et une corne de vache au nombril, et des femmes très belles ayant sept pied de haut, des cheveux couleur d’or et des pieds de cheval. Columbus a consacré quelques lignes à un Espagnol dont tout le corps, la face et les mains exceptées, était revêtu de poils. Rubaequensius, Gualterius, Delrio, Aldrovande, Conrad Lycosthène, Ambroise Paré, Hildanus, Riolan, Van Horne, Borricius Zacutus Lusitanus, Buffon, Bartholin, Scaliger, Bichat, Villermé, Thornsby, etc., ont fait mention d’hommes et de femmes entièrement poilus. Dans ces dernières années, Reboul, Duhousset, Pittard, Karl Bock, Lombroso, Volkow, Bartels, Wiedersheim, ont attiré l’attention du monde savant sur Ramah-Sama, Krao, Stéphane Bibrowski, Jo-Jo, dont toute la peau était également cachée sous une épaisse toison.
Quelquefois l’hypertrichose généralisée permanente revêt un caractère familial et héréditaire. La famille d’Ambras, en Tyrol, en a fourni un bel exemple. Il convient d’y adjoindre ceux de Schwe-Maon, de sa fille Maphoon, de ses petits-fils, de Julia Pastraua et de son fils, d’Adrien Jeptichef, d’Édouard Lambert et de leurs enfants.
En plus de toutes les variétés d’hypertrichose que nous avons décrites, il nous reste à rappeler celle que nous avons dénommée dans l’ouvrage que nous venons de publier sur Les Velus. Hypertrichose dyscrasique, et qui survient pendant la convalescence d’une maladie aiguë ou d’un accouchement compliqué d’accidents puerpéraux graves, un traitement mal dirigé. C’est ainsi que la face et tout le corps d’un sacristain de Padoue se couvrirent de poils à la suite d’une pneumonie ; qu’un Institut de Beauté, de l’Etat d’Ohio, fut condamné à payer une forte amende à une dame dont le corps se recouvrait de poils après qu’elle eut été soumise à un traitement pour l’obésité (bains de lumière, électricité, massage).
L’HYPERTRICHOSE ET L’ETHNOGRAPHIE
Si on étudie, au point de vue du développement de leur système pileux, les différents groupes ethniques, qui depuis les temps préhistoriques jusqu’à nos jours se sont succédés on s’aperçoit que, dans les temps préhistoriques même, il y a un des groupes ethniques qui a été favorisé sous ce rapport. Les hommes de l’époque cervidienne étaient des velus. Des œuvres artistiques multiples datant de cette époque nous ont appris, sans conteste possible, qu’il existait dans la région pyrénéenne, au commencement des temps glyptiques, une race longinymphe et stéatopygique qui dura jusqu’aux temps cervidiens. Au temps des Pharaons, vivaient, les peintures des chambres sépulcrales en font foi, des individus dont la conform ation se rapprochait de celle des Pyrénéens des temps glyptiques. Les statues et les gravures des poilus trouvés à Menton, Brassempouy, La Madeleine, Laugerie-Basse, Mas-d’Azil, reproduisent fidèlement, aussi, les traits des sujets masculins et féminins de cette race.
Chacune des variétés d’hypertrichose dont il a été question peut comprendre des hommes et des femmes appartenant à l’un ou à l’autre des trois groupes ethniques contemporains : le Mongolien, le Caucasien, le Noir (le type rouge étant un mélange du type mongolique et du type nègre).
Les Égyptiens et les Grecs étaient persuadés de la présence en Afrique de peuples velus, ont une longue chevelure dont les dimensions sont égales dans les deux sexes.
L’HYPERTRICHOSE ET LA FORCE
On connaît le vieil adage : Vir pilosus seu fortis, seu libidinosus ? Les Hébreux et les Grecs pensaient, en effet, qu’il y a un rapport direct entre l’abondance, la longueur des poils, la force morale, la force physique et le penchant pour les plaisirs vénériens.
L’histoire biblique de Samson renversant le temple de Bel, reproduite par les Grecs, sous des formes plus gracieuses dans l’histoire de Nisus, témoigne d’une force prodigieuse chez un homme puissamment chevelu ou même poilu.
L’Hercule Cypriote, l’Hercule Gaulois qui sont la déification même de la force physique sont des velus.
Des Hébreux et des Grecs, l’idée qu’il existe un lien étroit entre le pilosisme, l’énergie morale et la force physique, mais surtout avec la force physique, s’est transmise par tradition jusqu’à nous.
Les Francs Saliens n’admettaient au trône, que des prétendants chevelus.
Au Moyen Age, la garde des trésors, des ruines et des vierges endormies des Légendes du Rhin, était confiée à des géants poilus et barbus. Bien brillant avenir qui attendait Pantagruel, un des meilleurs princes qui ne ceignit jamais l’épée, fut prédit en ces termes :
Tout velu comme un ours, il est né tout le poil, fera choses merveilleuses, et s’il vit, aura de l’âge.
Il est certain que plusieurs hommes très velus, tels que le chevalier Thalberg Rauber, un gentilhomme allemand, un marin de La Ciotat, et même des femmes barbues et velues étaient doués d’une rare énergie, jointe à une étonnante audace, à une force et une adresse remarquables.
A la vérité, la force physique ne réside pas plus que l’énergie morale dans le système pileux.
La première dépend de plus ou moins de puissance et d’entraînement des muscles, de la perfection ou du fonctionnement régulier des appareils circulatoire, respiratoire, digestif, etc. La seconde du bon équilibre des facultés intellectuelles.
Ceux-là sont estimés forts et robustes, a écrit Diemebroeck, qui sont velus et recouverts de beaucoup de force physique, l’abondance et le nombre de poils, il y a en peut-être une entre la force physique et la couleur des poils. Les animaux dont le pelage éclate de couleurs brillantes sont habituellement plus faibles que ceux dont les poils ont une teinte foncée. Les personnes blondes sont généralement plus apathiques, moins robustes que les personnes brunes.
L’HYPERTRICHOSE ET LA GÉNITALITÉ
Arrivons à la seconde assertion formulée dans l’ancien adage : Vir pilosus, seu fortis, seu libidinosus. Qu’il y ait un rapport plus que constant entre le développement du système pileux et celui de l’appareil génital, cela n’est pas douteux, mais que les hypertrichosiques soient plus portés vers les plaisirs vénériens que les autres, cela n’est pas encore prouvé d’une façon péremptoire.
Le cheval fougueux hennissant, vigoureusement musclé, possédant une crinière et une queue abondantes, et qu’on châtre vers l’âge de deux ans, diffère totalement du cheval hongre, qui se rapproche comme forme de la jument et voit diminuer la longueur de sa crinière et de sa queue.
Le taureau change complètement de mœurs lorsqu’il est coupé ; et il perd la luisance de son poil. Chez le cerf dont on a enlevé les glandes génitales, la poussée annuelle des bois ne s’effectue plus.
Des espèces animales, passons à l’espèce humaine.
Les poils se développent principalement chez l’homme au moment de la puberté, en même temps que les cheveux subissent un changement dans leur teinte qui devient plus foncée.
E. Martin a publié l’observation d’un courageux soldat qui, ayant perdu tous ses organes génitaux externes par l’explosion d’un obus, vit ses mamelles s’accroître progressivement, sa voix se modifier, sa barbe tomber, etc.
Les Skoptzys, qui constituent une secte religieuse de Roumanie dans la Dobradia, considèrent les rapports sexuels comme un péché, et mutilent, aussitôt qu’ils ont un fils, leurs organes génitaux, devenus un objet d’horreur. Sur les photographies de vingt entre eux, vrais et complets, prises par le professeur Pittard, de Genève, on constate qu’ils ont le visage imberbe et offrent bien le type habituel des castrats.
L’adiposité, la voix d’un timbre aigu et criard, l’absence ou la rareté d’appendices poilus, se retrouvent chez les eunuques.
Révélée par l’ablation volontaire ou involontaire des glandes génitales, le rapport qui existe entre elles et le système pileux est également par l’atrophie, l’arrêt et l’excès de développement de ces glandes, et ce qui témoigne bien que, dans les cas de genre, c’est à l’évolution trop rapide des testicules qu’est due l’apparition prématurée des poils c’est qu’en en pratiquant l’orchiectomie, pour un cas pathologique chez un enfant de trois ans dont la génitalité était fort avancée, et qui, outre une verge en érection de quatre pouces de long avait une toison pubienne, fine et épaisse, Sacchi a vu tout rentrer dans l’ordre.
Pour ne rien omettre de ce qui concerne la question dont nous traitons, nous ajouterons enfin qu’il y a non seulement une relation entre l’appareil génital et le système pileux, mais encore entre ceux-ci et le gigantisme. La mésaventure d’une femme du monde qui, en quête de sensations extraordinaires enleva un jour qu’il paraitait sur les tréteaux le Grand Charles, et en fut pour son dépit et sa courte honte, prouve qu’on peut être impuissant, tout en étant un géant.
Pourquoi la sécrétion testiculaire interne amène-t-elle chez l’homme, lors de la puberté, la production de poils au pubis, au scrotum, autour de l’anus, au fond des creux axillaires, et principalement et surtout à la face, alors que le cuir chevelu en est pourvu dès la naissance ? On l’ignore encore.
Si la question des rapports qui existent entre les organes génitaux et le système pileux n’est pas entièrement résolue en ce qui touche le sexe masculin, elle l’est encore moins en ce qui touche le sexe féminin.
Pozzi et Jayle affirment que chez la femme on voit tantôt le système pileux se montrer indépendant du système ovarien, et tantôt sous l’influence du mauvais fonctionnement de ce dernier s’atrophier ou s’hypertrophier.
Ceci dit, il ne nous reste plus qu’à établir qu’il n’est pas encore absolument sûr que les anormaux par excès du système pileux aient des appétits plus intenses que les normaux du système pileux. Tous les barbus sont des paillards, aimait à répéter le professeur Lorrain, qui, en raison de sa longue et large barbe en éventail, devait être mieux que tout autre renseigné à cet égard.
Cette assertion nous parait sujette à caution.
Parmi les grands barbus que nous connaissons, il y a deux qui sont loin d’être des sectateurs fidèles du dieu Priape, et un, dont l’anaphrodisie égale presque celle du grand Charles, Coulon, de Montluçon, ne se vante pas d’avoir été, dans sa jeunesse, plus ardent dans les combats de Vénus que certains de ses camarades.
Les Annamites, les Dayaks, les Caraïbes, les Cynghalais, aux longs cheveux, ne semblent pas être plus lascifs que les blancs.
Le barnum de Rham-A-Sama dont le corps était entièrement couvert de poils, a raconté que celui-ci, bien qu’il fût monorchide « exigeait une femme tous les jours. » C’est possible, mais Jo-Jo et Adrien Jeptichef, dont le corps était aussi complètement velu, et avec lesquels nous avons pu nous entretenir, nous ont positivement déclaré qu’ils étaient peu portés vers les plaisirs vénériens.
Madeleine Lefort et Eva S… ont avoué : la première « qu’elle était très amoureuse », la seconde « qu’elle était une véritable chatte pour son mari ». De ce que deux ou trois femmes velues étaient lascives, est-il logique, le demandons, d’admettre que toutes le sont ? Les femmes à barbe jouissent, en général, d’une mauvaise réputation, nous objectera-t-on encore. C’est entendu, mais cette renommée de mauvais aloi ne dépend-elle pas du fait même de leur exhibition, de la curiosité malsaine qu’elles éveillent autour d’elles et qui les amène insensiblement, inconsciemment, presque fatalement même, à trafiquer de leur corps.
De plus, les femmes à barbe, les femmes complètement velues, les hermaphrodites où prédomine le sexe féminin sont généralement stériles, ce qui est loin d’indiquer une suractivité de l’ovaire et des autres organes génitaux.
Et voilà pourquoi et aussi parce qu’il n’existe pas encore, à propos, de statistiques contradictoires, reposant sur un nombre suffisamment élevé de cas, nous n’osons pas affirmer la réalité des penchants libidineux innés des hypertrichosiques de l’un et l’autre sexe.
L’HYPERTRICHOSE ET LA DENTITION
Y a-t-il une corrélation entre le système pileux et le système dentaire ? Les faits répondent catégoriquement : oui.
Cette corrélation, attestée par les variations par excès du système pileux, l’est également par les variations par défaut de ce système.
Darwin a fait mention de plusieurs cas surprenants de calvitie héréditaire, avec manqué héréditaire, complet ou partiel, des dents il existe à Tours une famille de commerçants bien connus dont chacun des trois membres, actuellement vivants, est entièrement glabre et ne possède à chaque mâchoire que les deux incisives internes, la canine, les prémolaires et la seconde grosse molaire.
Les chiens chinois nus, comestibles, ont un système dentaire très réduit. « Il y a, dit Ecker, une observation de Yarell d’après quoi chez trois chiens égyptiens et un pincher, tous quatre sans poil, la dentition était incomplète. » De même d’une race de chiens de Turquie signalée par Darwin, et qui est presque glabre. La dentition est réduite à une seule molaire de chaque côté et des incisives irrégulières. On sait que la réduction de la grandeur de défenses du porc est en rapport direct avec le rapetissement des soies, et que chez le sanglier les défenses et les soies poussent en même temps.
Notre compatriote, le professeur Papillaud, a présenté successivement à la Société d’Anthropologie de Paris, un Indien poilu qui avait une dentition superbe, et un individu appartenant à la race blanche dont le système pileux était normal et qui offrait une remarquable atrophie des dents. Cela prouve qu’il n’y a pas de règles sans exceptions.
Ce qui est incontestable, c’est qu’il y a une corrélation, non seulement entre les poils et les dents, mais encore entre les poils, la peau, les muqueuses, les dents et les alvéoles contenant ces dernières. On n’ignore plus, depuis longtemps, que la pelade s’accompagne souvent de lésions dentaires et Jacquet a insisté maintes fois sur cette particularité.
L’HYPERTRICHOSE AU POINT DE VUE MÉDICAL
L’hypertrichose féminine congénitale, quelle que soit son étendue et son siège, s’accentue, si on cherche à la faire disparaître par l’épilation, le rasoir, le flambage. Les pâtes caustiques, l’acétate de thallium excepté, ne font qu’irriter la peau, en faisant tomber les poils, sans en détruire la racine. L’électrolyse qui consiste justement à détruire la racine de chacun d’eux par un courant continu est un traitement plus rationnel, mais présente également des inconvénients. Les dermatologistes lui ont préféré la radiothérapie en ayant soin de filtrer les rayons par l’aluminium. En soumettant à ce traitement les cas graves d’hypertrichose, et en s’abstenant totalement d’épiler le visage des femmes, on obtient des résultats excellents et durables. La radiographie, rend également de grands services dans l’examen des cas d’hypertrichose lombo-sacrée. Grâce à elle, il est facile de poser le diagnostic précis de spina bifida, et de ne pas s’exposer à opérer aveuglément dans ces cas douteux où existeraient des pilosités lombaires sans solution de continuité congénitale des vertèbres.
THÉORIES ÉMISES POUR EXPLIQUER LE MODE DE GÉNÈSE DE L’HYPERTRICHOSE
Pour expliquer l’existence des hypertrichoses qui se montrent entre la naissance et la puberté et durent jusqu’à la mort, et également sans aucune altération des téguments, on a invoqué successivement la bestialité, la démonialité, l’imagination, l’hérédité et principalement l’hérédité en retour, un arrêt de développement pathologique, un trouble dans les sécrétions internes de certaines glandes. Examinons ces manières de voir.
Théorie de la bestialité
Dans l’île de Tapobrane, a écrit Pline, il est des Indiens qui s’accouplent avec les animaux sauvages et, de là, résultent des êtres mixtes, moitié hommes, moitié bêtes et velus comme ces dernières.
On relève dans l’Adja ib al Hend, ou les Merveilles de l’Inde, le passage suivant :
C’est ainsi que l’homme, en s’unissant à la panthère, à l’hyène et aux autres animaux terrestres, a donné naissance aux singes, aux Nisanis, et autres bêtes semblables.
Au moyen âge, il fallut toute l’autorité et tout le prestige d’Albert le Grand pour arracher aux tribunaux ecclésiastiques un berger qu’on allait brûler vif avec une vache, avec laquelle, assurait-on, il avait forniqué, et qui avait ultérieurement mis bas un être hybride, tenant à la fois de l’homme et du veau.
Ambroise Paré partage cette opinion.
L’an 1493, un enfant fut conçu et engendré d’une femme et d’un chien, ayant, depuis le nombril, les parties supérieures semblables à la forme et figure de la mère, et était bien accompli, sans que nature y eut rien obmis ; et depuis le nombril, avait toutes les parties inférieures semblables aussi à la forme et figure de l’animal, qui est le père, lequel « ainsi que Volateranus écrit » fut envoyé au Pape, qui régnait en ce temps-là. Cardan, livre 14, chapitre 65 de la Variété des choses, en fait mention.
Bartholin a noté qu’en 1683, à Copenhague, on condamna au bûcher ob lasciviorem cum fele jocum, une fille qui avait accouché d’une fille à tête de chat.
Delrius, Fortunatus Licetus, Jean Olaüs, Magnus et nombreux autres auteurs pensent de même.
Au milieu du XIXe siècle, Settler recommandait encore, affirmant ainsi l’intensité de sa croyance dans la bestialité, de baptiser « les monstres provenant d’une femme et d’un animal. »
De notre temps même, cette croyance n’a pas disparu dans certains départements du centre de la France. En 1908, on nous a montré, dans un petit village du Berry, une bergère qui, prétendait-on, avait accouché en cachette, dix ans auparavant, d’un enfant très velu, dont un chien était le père et que celui-ci saluait de joyeux aboiements, et léchait longuement d’une façon toute particulière, chaque fois qu’il le rencontrait, comme s’il avait reconnu en lui la chair de sa chair.
Nombre de peuples, de hordes, de clans, de tribus ne devraient, s’il fallait les croire, leur existence qu’à un acte de bestialité commis à une époque excessivement reculée.
Le simulacre d’accouplement, dit le sacrifice hindou, qui s’effectue annuellement depuis plus de cinquante siècles, et dans lequel la première épouse royale prend, pour le placer entre ses cuisses, le pénis d’un cheval immolé à coups de hache et entre les pattes duquel elle est couchée, n’a pour but que de rappeler aux Aryas qu’ils sont issus de l’union féconde d’une femme et du dieu des chevaux. Les Chippeouais, les Javanais, les Quichés, les Kirghiz Dickakomenoi sont persuadés qu’ils sont issus d’un chien qui féconda leur première mère. Les Turks du Lac d’Hoï prétendent avoir eu une louve pour mère. Un prince Kaotsche trouvant sa fille Hunjre trop belle pour les hommes l’enferma dans une tour où elle se livra au Vieux loup qui la rendit mère des Oigours. Les Aïnos, les Scandinaves, les Kachmirés croient descendre d’un ours. Les Dayaks de Lupar, pensent que leur aïeul était un cerf.
A vrai dire, la forme de débauche, caractérisée par des rapports sexuels entre l’homme et un animal, la bestialité, en un mot, ne peut être niée. Célébrée ou signalée par plusieurs poètes et philosophes grecs et latins, mentionnée à la fois par des historiens prudents et par des voyageurs, il faut en convenir, s’en sont trop souvent rapportés à des récits, dont ils n’ont pas ou n’ont pu contrôler l’exactitude, condamnée par les livres saints, sévèrement punie au moyen âge, elle est maintenant encore l’objet de sanctions pénales dans certains pays.
L’antiquité grecque et romaine a fait mention des amours d’animaux pour l’espèce humaine : d’un bélier pour une musicienne, d’un éléphant pour une femme, d’oiseaux divers pour de jeunes garçons : la passion de Jupiter, le roi des dieux et des hommes, transformé en coq, en pigeon, en cygne, en taureau pour séduire Junon, sa sœur, Phthie, Léda, Europe ; celle de Pasiphaé pour un taureau ; pour un jeune Éphésien pour une ânesse, doivent être considérés comme des cas de délire génital indiqué par Pline.
Quelle que soit la forme de la bestialité, elle est loin d’avoir disparu, même chez les peuples civilisés.
Parmi quelques tribus nomades actuelles et dans quelques-uns de nos régiments de cavalerie d’Afrique, on trouverait facilement des individus qui entretiennent un commerce sexuel avec une jument. Ce n’est pas pour rien que des pâtres portugais ont une chèvre de prédilection, et les historiens les plus dignes de foi, s’accordent à dire que les paysans de la Provence brûlèrent toutes les chèvres des villages par lesquels les troupes de Charles-Quint avaient passé.
L’accouplement d’un être humain avec un animal mâle ou femelle est donc possible, mais quel en est le résultat ? Tout donne à croire qu’il n’est jamais fécond.
De ce que, chez les bêtes, les barrières de l’espèce, du genre et peut-être de l’ordre, et chez l’être humain, celle de la race ne sont pas inviolables, il ne s’ensuit pas, nécessairement, que des relations sexuelles d’un être humain et d’une bête, doive naître un monstre reproduisant, d’une façon plus ou moins nette, un certain nombre des traits de l’un ou de l’autre ou de chacun d’eux. En cela, les anciens ne se sont pas contentés d’exagérer d’une façon démesurée, ils se sont absolument trompés. Il n’existe, et il n’a jamais existé que nous sachions, aucun hybride, ou, si on préfère, aucun métis humano-animal. Le monstre, mi-singe mi-homme, allaité par une négresse de Bornéo, et autour duquel on a fait tant de bruit, n’était au dire de Metchnikoff, qu’un jeune chimpanzé atteint de pelade.
THÉORIE DE LA DÉMONOLOGIE OU DE LA DÉMONIALITÉ
En 1318, on professait que « l’intervention du démon était la cause efficiente et directe des naissances monstrueuses ». Cent soixante-six ans plus tard, Jacques Sprenger, grand inquisiteur d’Allemagne, spécifiait « que le démon a deux façons de procréer des monstres : la première, sous forme d’incube, en pénétrant dans le corps d’un homme : la seconde, sous forme de succube ou démon femelle, qui partageait la couche des humains, en leur laissant souvent une nombreux postérité ». Quoi qu’il en soit, la possibilité d’un commerce charnel humano-satanique, duquel résultaient parfois des êtres velus, à pieds fourchus, munis de cornes et d’une queue, etc., fut un des credo du moyen âge, et dont témoignent maints arrêts des tribunaux ecclésiastiques, voire même un édit de l’empereur Sigismond. Des hommes et des femmes de tout âge furent brûlés vifs comme sorciers et comme sorcières, après avoir avoué, pour abréger ou éviter les souffrances de la torture, qu’ils avaient eu des rapprochements sexuels avec Belzébuth. Depuis le moyen âge, l’accord le plus complet s’est fait sur la Foi et la Science. Le Concile d’Ancyre a blâmé « la croyance que les sorcières pouvaient se joindre aux démons et prendre avec eux des plaisirs abominables, puisque ces choses ne sont que rêveries, illusions, loin d’être des vérités ». Léon d’Afrique, après avoir « traité d’imposture la conjonction des démons et des femmes » a ajouté que ce qu’on attribue au démon est le fait d’hommes et de femmes lascives ; que, comme les sorcières de Fez, ce sont des débauchés qui, après avoir attiré, par des propos mensongers et du consentement même des maris abusés les femmes dans leur couche, les en ont renvoyées, après avoir eu dans l’obscurité, des privautés avec elles, persuadées qu’elles étaient d’avoir forniqué avec le démon. C’est également ce que dit la Science : Rêves érotiques pris, après le réveil, pour des réalités ou des impostures : tel est ce qu’en cherchant bien on trouve au fond de toutes les histoires démoniaques d’incubes dont frissonnaient nos bons et crédules aïeux.
THÉORIE DE L’IMAGINATION
Depuis un temps immémorial a régné et règne encore partout, la croyance qu’une violente émotion, ressentie par la mère au moment où elle a été fécondée, ou pendant sa grossesse, peut retentir sur sa progéniture. A. Paré, qui a cru que les monstres, velus ou non, pouvaient être les produits de l’accouplement d’un être humain et d’une bête, a rendu également responsables de leur procréation les bélistres de l’hostière. Ces bélistres de l’hostière, auxquels le célèbre chirurgien a prêté une si grande influence, sont ces troubles psychiques, qui modifient le caractère d’une femme enceinte, et, quelquefois, à un tel point qu’elle semble même être devenue entièrement l’esclave « de la Folle du Logis », qui forge dans son cerveau, surmené et appauvri par le travail physiologique de la gravidité, des chimères de toutes sortes.
Van Swieten a connu une jeune fille sur le cou de la mère de laquelle était tombée, pendant qu’elle la portait dans son sein, une chenille, et qui avait sur le cou une saillie allongée, garnie de poils, qui ressemblait à s’y méprendre, à une chenille. Beagle a parlé d’une femme grosse qui, terrifiée par l’entrée inattendue dans sa chambre, le rasoir à la main, le menton couvert de savon, de son mari, en train de se raser, mit au monde une fille pourvue ultérieurement d’une barbe soyeuse. Dans l’état de nos connaissances, on ne peut faire appel à la théorie de l’imagination aussi discutée que discutable, que pour essayer d’interpréter les cas de pilosisme congénital et avec intégrité de la peau, chez un enfant né d’une femme qui pendant sa grossesse a éprouvé une émotion morale excessivement intense et peut n’être pas, mais qui est souvent névrosée, enfant affligé, par conséquent, et du consensus unanime des psycho-physiologistes et des médecins aliénistes, d’une tare indélébile. Dans tous les autres faits, et c’est l’immense majorité, il faut s’adresser à une autre théorie, celle de l’hérédité. La plupart des anthropo-zoologistes contemporains, pensent même que c’est à cette dernière seule qu’il faut recourir, pour arriver à expliquer tous les cas d’hypertrichose du genre de celles en question.
THÉORIE DE L’HÉRÉDITÉ ATAVIQUE
Un enfant naît velu, a déclaré un des premiers, sinon le premier, Fortunatus Licetus, parce que son père et sa mère l’étaient. On a généralement fait intervenir, pour chercher à expliquer ces cas d’hirsutisme, où la peau reste normale, et qui commencent entre la naissance et la puberté, ce que les anthropologistes français nomment hérédité en retour, et considèrent, par suite, comme des variations anatomiques, qui rentrent dans la catégorie des variations réversives, ataviques ou d’héritage. Et à l’appui de cette manière de voir, on invoque la phylogénèse, l’ontogénèse, les plus anciennes représentations de l’humanité qui existent, l’origine animale qui s’attribuent maints peuples, la fourrure épaisse qu’avaient les animaux, qui vivaient pendant la période glaciaire et celles qu’ont actuellement les animaux qui vivent sous les latitudes, dont le climat se rapproche de celui de la période glaciaire. On sait que la peau du foetus ne se rapproche pas seulement de celle des animaux par la couche des fibres musculaires striées, elle se rapproche aussi par un duvet serré de poils fins appelé lanugo, répandu sur toute sa superficie, et semblable à celui des Simiens.
A la naissance, ce duvet tombe, mais parfois il persiste. C’est à l’hypertrophie des poils lanugineux, dans les régions du corps humain où ils subsistent, et à celle des vrais poils, dans les régions du corps où ceux-ci se substituent aux poils lanugineux, que la plupart des anthropo-zoologistes attribuent l’hypertrichose qui, n’entraînant aucune altération de la peau, se montre avec la vie et ne cesse qu’avec elle. Au lieu de l’origine ancestrale mi-humaine mi-animale que s’attribuent certains peuples, il y en a et en non moins grand nombre qui s’en attribuent une exclusivement animale. Tels sont les Thibétains, les Batsimakras, de Madagascar, les Maranvars et les Katkuris, peuplades de l’Inde méridionale qui se disent nées d’un singe ou d’un lémurien ; les Esquimaux, du castor ; les Monkoailies, d’un lézard ; la plupart des tribus Yacoutes, de l’oie, du cygne et du corbeau ; les tribus du nord de la Colombie, du rat musqué ; les Klinkits, du corbeau et du loup, etc. La présence si fréquente d’animaux réels ou fantastiques (licorne, dragon, etc.) dans maintes armoiries est un vestige de l’influence persistante de cette tradition séculaire. Les bêtes que représentent les Peaux-Rouges, vivant à l’état sauvage, n’impliquent pas, dans leur esprit, l’idée allégorique ou la signification particulière que nous leur donnons maintenant a posteriori, mais expriment l’entité matérielle de la bête même, qu’ils entendent désigner et sous le vocable duquel ils se sont placés. Parmi les membres des familles nobiliaires actuelles, affinés par la civilisation, il n’y en a plus, à coup sûr, qui pensent descendre de l’animal, figurant dans leurs armoiries, mais tous tiennent à cette image, qui les distingue de la plèbe et des gens de leur caste, tout comme les Mohicans tiennent au bison dont ils portent le tatouage, et dont ils font leur manitou ancestral. C’est que, pour les uns comme pour les autres, avec un concept différent, l’intention consciente ou inconsciente, est la même, redisons le : bien honorer celui a tiré les siens du néant où ils croupissaient, pour les placer au premier rang et conserver le souvenir. Les animaux de la période glaciaire avaient, pour la plupart, une épaisse couche de poils qui les garantissait du froid. Inversement, c’est dans les climats où règne une chaleur torride, sèche comme celle d’un four, que le système pileux tend, de plus en plus, à disparaître, et disparaît même.
En Guinée et à Angora, le chien, appelé chien turc, chien de Barbarie (canis caraïbus, canis ægyptius) a la peau presque entièrement nue, noire couleur de chair ou à taches brunes. Originaire d’Amérique, où le trouvèrent Christophe Colomb et les Français, qui abordèrent les premiers en 1635 à la Martinique et à la Guadeloupe, il est encore très commun à Paysta, dans le Pérou. On rencontre aux États-Unis et au Mexique, une autre espèce de chien provenant de Chine et qui est entièrement glabre.
Si l’homme des temps géologiques a eu un pelage analogue à celui des animaux, et n’a pas conservé, comme eux, ce pelage intact, c’est parce que les animaux ont moins évolué que lui, qu’ils n’ont pas appris, ainsi que lui, à se défendre des intempéries saisonnières par les vêtements, le feu, les habitations bien closes. Ainsi, parmi les peuples septentrionaux, les Aïnos et les Oigours, sont restés velus.
Assurément, des diverses théories qui ont été émises sur le mode de genèse du pilosisme local ou diffus, la théorie de l’hérédité en retour est donc celle qui repose sur les arguments les plus sérieux.
Les poils sont des produits épidermiques, qui, de même que les écailles des poissons, les plumes des oiseaux, la carapace du tatou, les dards du hérisson, etc., constituent, dans leur ensemble, un appareil de protection, à la disparition duquel l’intelligence humaine seule a pu, nous sommes obligés de le rappeler, pallier, en découvrant le moyen de faire du feu, de fabriquer des vêtements et de bâtir des habitations.
Il est acquis qu’entre la $19^e$ et $20^e$ semaine de la vie foetale, le corps entier est recouvert d’un fin duvet qui est le lanugo. A la fin de la vie foetale, les seuls reliquats apparents de ce lanugo sont les poils du vertex et ceux des sourcils et des cils. Ce revêtement est un vestige du pilosisme des primates anciens et ce qui le prouve péremptoirement, c’est que les poils lanugineux sont comme ceux des grands hypertrichosiques congénitaux. Ceux des familles d’Ambras, de Schwe-Maon, d’Adrien Jeptichef sont, en effet, fins, drueletueux, soyeux et disposés jusqu’à un certain point, de la même façon sur la face.
THÉORIE PATHOLOGIQUE
Divers auteurs, notamment Romagna-Mañoia, sont d’avis que l’hypertrichose est due à une maladie survenue au cours de la vie fœtale, mais cette hypothèse n’est soutenue d’aucune preuve. Nous ne rejetons pas, a priori, toutefois, l’opinion défendue par Romagna-Mañoia. Mais nous nous réservons de nous y rallier lorsque qu’elle cessera d’être hypothétique. Et nous le ferons d’autant plus volontiers qu’il n’en résulterait aucun changement dans les conclusions que nous formulerons plus loin, concernant le mode de genèse de l’hypertrichose. Qu’importe, en effet, que les variations réversives soient ou non des arrêts de développement, elles n’en reproduisent pas moins, chez un être organisé et d’une façon plus ou moins fidèle, un modèle de conformation de son ontogénèse et de sa phylogénèse.
THÉORIE PHYSIOLOGIQUE
Enfin, pour les partisans de la théorie physiologique, l’hypertrichose serait déterminée par un trouble de la fonction trichogène, qui est liée à celle des glandes à sécrétion interne, thyroïde, testicule ou ovaire tout au moins. Nous nous trouvons encore là, devant une nouvelle difficulté, c’est encore déplacer la question ; ce n’est pas la résoudre. Quelle est la cause de la perturbation qui se produit dans la fonction trichogénique de chacune de ces diverses glandes ? Comment se fait-il que cette cause agisse, soit pendant la période embryonnaire, pour provoquer l’hypertrichose, soit après cette période, pour amener l’hypertrophie ou l’augmentation du nombre des vrais poils, des cheveux, des sourcils, des cils ou des poils, des aisselles ou de la région génito-anale ?
Quelle explication fournir de la prédilection que peut avoir cette cause pour la thyroïde le testicule, les ovaires ou les glandes surrénales ? Au demeurant, il ressort pour nous de tout ce qui précède qu’on doit admettre deux espèces d’hypertrichose :
– Une hypertrichose lanugineuse, caractérisée par l’hypertrophie et l’augmentation du nombre des poils lanugineux primitifs et qui tend à reproduire ou reproduit une disposition animale ancestrale. Elle est d’ordinaire générale, et quand elle est locale, s’observe dans les régions du corps dépourvues normalement de poils.
– Une hypertrichose pileuse vraie, toujours locale, caractérisée par l’hypertrophie et l’augmentation du nombre de vrais poils, des cheveux, des sourcils, des cils, des poils des aisselles ou de ceux du pubis et de l’anus, et qui est provoquée par un trouble de la fonction trichogène, qui est liée entièrement à celle des glandes à sécrétion interne, thyroïde et testicule tout au moins. La première peut être considérée comme une variation atavique et réversive puisqu’elle n’est que la persistance de l’exagération d’un état normal chez l’homme, avant la naissance chez les animaux. En est-il de même de la seconde ? Il est encore impossible de se prononcer positivement à cet égard maintenant, car on ignore encore si les vrais poils ne sont que des poils lanugineux modifiés, ou sont des poils nouveaux, alias des poils qui ont remplacé les poils lanugineux après leur chute, et n’ont par suite rien de commun avec eux.
