
La question des reliures en peau humaine, qui avait déjà soulevé de nombreuses polémiques, a été agitée à nouveau, il y a quelques mois, par l’annonce faite à l’occasion de la vente de la bibliothèque de M. Chéramy, de deux volumes reliés en peau de femme.
La Bibliothèque Nationale possède, reliés également en peau de femme, une
Bible du XIIIe siècle et un texte des Décrétales, provenant de la Bibliothèque de l’ancien collège de Sorbonne. A Carnavalet figure une « Constitution de la République française an II ». Le Comité de Salut public avait accusé le journaliste Galetti d’avoir révélé l’existence des tanneries de peau humaine. Un abonné du journal de Galetti, le Journal des Lois, lui procura pour sa défense le volume dont il est question et Galetti ainsi justifié répondit par cette affiche. M. Granier de Cassagnac, député au Corps législatif sous l’Empire, le grand-père de nos confrères, possédait une lettre non moins formelle où Dufresne de la Chauvinière, ancien commissaire des guerres aux armées de la République en Vendée, affirme que plusieurs officiers portaient des culottes en peau humaine provenant des tanneries de Meudon.
Aussi énergiques furent les dénégations des révolutionnaires : on peut lire dans le Journal des Hommes libres du 13 ventôse an III : « Les représentants du peuple chargés de surveiller les opérations de Meudon font mépris des journaux qui publient que par ordre des anciens comités du gouvernement on tanne à Meudon des peaux d’hommes pour faire des bottes et des souliers. Cette calomnie est trop absurde pour que nous la réfutions. »
L’Encyclopédie, au tome XII, p. 220, édition de Neufchâtel 1765, indique le procédé de ce tannage et ajoute : « M. Sue, chirurgien de Paris (grand-père d’Eugène Sue), a donné au cabinet du roi une paire de pantoufles faites avec une peau humaine préparée par ce procédé. »
Le Dictionnaire d’histoire naturelle de Valmont de Belmare (1775) donne une recette analogue mais plus simple : « Faites macérer dans une lessive chargée en alun, vitriol romain et sel ; retirez, faites sécher à l’ombre et passez en mégie. C’est le procédé qui a probablement servi à la préparation des diverses reliures que l’on connaît en ce genre et dont les plus connues sont : le Calendrier Mexicain de la Bibliothèque Royale de Dresde ; une vie du brigand fameux Gorges Walton, à l’Athénée de Boston, reliée avec la peau même du supplicié, ainsi qu’en témoigne l’inscription sur l’un des plats : Hic liber Wallonis cule compactus est ; l’exemplaire des Géorgiques traduites par l’abbé Delille et reliées avec un fragment de la peau du traducteur, par un de ses admirateurs contemporains, M. Aimé Leroy de Valenciennes ; un Almanach des Prisons sous Robespierre », propriété d’un diplomate, M. Marcellus Pellet : Terre et Ciel, de M. Camille Flammarion, qui figure dans la bibliothèque du savant avec cette inscription : Souvenir d’une morte, en mémoire d’une admiratrice passionnée qui lui légua la peau de ses épaules afin de faire relier dans cette peau le premier exemplaire du premier ouvrage qu’il publierait après sa mort ; les Opuscules littéraires et philosophiques de Suara et Bourlet de Vauxcelles, ayant appartenu à Alfred de Musset, etc. (Mémorial de la Librairie.)
