Un centre initiatique de l’Angleterre du 18ème siècle
Sous la pittoresque colline de West Wycombe, petite ville du Buckinghamshire sise à l’ouest de Londres, court un vaste dédale compliqué de galeries souterraines : d’origine préhistorique, ces souterrains furent considérablement étendus et modifiés vers le milieu du XVIIIe siècle, selon un plan très minutieusement arrêté par Sir Francis Dashwood, Lord le Despencer, très grand aristocrate anglais qui devait occuper dans la seconde moitié du XVIIIe siècle (en 1762-63 d’abord, puis de 1766 à 1781) des postes politiques extrêmement importants.
C’est de 1748 à 1752 qu’avaient été si bien agencées toutes les impressionnantes galeries souterraines connues aujourd’hui encore sous leur nom suggestif de « Hell Fire Caves » (Grottes du Feu de l’Enfer), ainsi appelées parce qu’une étrange confrérie secrète — le soi-disant Hell Fire Club (« Club du Feu de l’Enfer ») — y tint ses assises.
Qu’était donc ce Hell Fire Club, qui célébra sa vie de mystères dans les dites grottes — après avoir été obligé d’abandonner ses réunions rituelles de l’« Abbaye de Medmenham », au bord de la Tamise ? Le surnom « diabolique » populaire des Chevaliers de Saint François de Wycombe (« Knights of St Francis of Wycombe » — « St Francis » étant Lord Dashwood), nom officiel du groupe, venait de la nature très spéciale des réunions de cette confrérie très fermée groupant des aristocrates, des politiciens, des écrivains et des artistes britanniques de l’époque, tous enfoncés dans l’existence très libre des riches « roués » peints par le pinceau si sarcastique de William Hogarth — qui avait été lui-même membre des « Chevaliers ».
Autour de Sir Francis Dashwood se réunissaient ainsi, à dates régulières, des hommes tels que le Comte de Sandwich (Premier Lord de l’Amirauté), le poète Paul Whitehead, John Wilkes (célèbre politicien et futur Lord Maire de Londres), etc. Benjamin Franklin ami intime de Lord Dashwood, aurait participé à certaines réunions lors de ses séjours en Angleterre.
De quoi s’agissait-il donc ? L’explication la plus facile est, certes, qu’il s’agissait d’une simple association clandestine de bons vivants raffinés se rassemblant pour des séjours « rituels » durant lesquels ils pouvaient se divertir à leur guise, user (et même abuser) de tous les plaisirs sensibles, du vin et des jolies femmes en tout premier lieu. Mais comme dans la fameuse Abbaye de Thélème magistralement décrite par Rabelais (et dont la devise, « Fais ce que voudras », avait été précisément reprise par Dashwood et ses amis), cette totale liberté sensuelle ne semble pas du tout avoir été une commode profession de foi « épicurienne » (au sens vulgaire de cet abjectif).
La preuve en est que les « Grottes du Feu de l’Enfer », où se célébrèrent les plus secrets mystères de la confrérie, n’ont pas du tout été creusées au hasard ; leur disposition même, l’agencement successif des couloirs et des salles révèle au contraire un véritable lieu d’initiation ; tout au bout du dédale, par delà une rivière souterraine (appelée le Styx par réminiscence mythologique) s’ouvrait, après la « Porte de Vie », la bizarre salle ultime appelée « Temple Intérieur », (Inner Temple) ; il s’y célébraient des rites symboliques dont le secret n’a pas encore été percé par les historiens. On notera avec intérêt l’existence d’un passage souterrain, attesté par la tradition mais non encore redécouvert, faisant communiquer les grottes avec l’église Saint-Laurent de West Wycombe, construite elle aussi selon les plans symboliques de Lord Dashwood.
Eglise présentant d’ailleurs des particularités notables : présence d’une étrange chambre secrète circulaire dans le clocher ; détails fantasmagoriques n’apparaissant que sous un certain éclairage (crépuscule, clair de lune).
S’agissait-il donc d’une société secrète, très sinistre, de Satanistes célébrant toute la série habituelle des pratiques sacrilèges antichrétiennes, y compris l’horrible Messe Noire ? En fait, l’opinion la plus probable est qu’il s’agissait plutôt d’une société secrète, non chrétienne certes — mais célébrant des rites initiatiques d’un genre particulier : on se trouve devant un groupement de filiation païenne (remontant peut-être à des mystères de l’époque pré-chrétienne) et pratiquant les rites du tantrisme dit « de gauche » — celui où l’exacerbation de la sensualité et des puissances imaginatives est pratiquée dans des buts de libération magique. Chacun des Frères devait en effet, pour chaque séjour dans l’« Abbaye », se choisir une compagne avec laquelle il participait à tous les rites secrets — jusqu’à leur point culminant — dans l’Inner Temple.

L’entrée des grottes du feu de l’Enfer à West Wycombe
D’après certaines rumeurs répandues aujourd’hui dans les milieux ésotériques d’Outre-Manche, le « Hell-Fire Club » existerait toujours ; mais son centre initiatique, extrêmement caché, se trouverait désormais dans l’Irlande méridionale. Groupement très secret, il imposerait à ses membres la prestation de serments très impressionnants — leur promettant les plus terribles châtiments en cas d’infidélité à la Confrérie, ou de divulgation.
Bibliographie :
Pas d’étude en français.
(Anonyme), Hell Fire Caves, West Wycombe (guide officiel des Grottes).
Donald Mac Cormick, The Hell-Fire Club. The story of the amorous Knights of Wycombe — Londres (Pedigree Books).
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